Critique de Macabre

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Rumah Dara

des Mo Brothers

Avec Ario Bayu, Shareefa Daanish, Julie Estelle, Ruly Lubis

Singapour / Indonésie – 2009 – 1h35

Rating: ★★★★☆

Bon, aujourd’hui mon très cher et fidèle ami, finie la ravissante et innocente poésie à la naïveté bouleversante, les voyages oniriques au cœur de paysages somptueux, l’amour, la tendresse, la douceur, et foule d’autres bons et beaux sentiments… et place à la brutalité gratuite, au sadisme primaire, à l’ultra-violence régressive, au gore extrême et ses flots ininterrompus d’hémoglobine, … Dans ces lignes, j’ai décidé de revenir, et j’espère fortement que cela te plaira mon cher adepte de déviances en tout genre, sur une œuvre complètement survoltée, aussi désespérément crétine qu’absolument jubilatoire, un gros trip de sales gosses archi-référentiels, aussi racoleur que finalement sincère et touchant. Il sera ici question du bien nommé Macabre des faux brothers indonésiens Mo : d’un côté il y a Timo Tjahjanto, responsable du très court mais particulièrement marquant car profondément tordu L… is for Libido dans la foisonnante anthologie ABC of Death, et, avec le gallois expatrié en Indonésie Gareth Evans (The Raid), de l’excellent segment d’une seconde anthologie, found-footagesque cette fois-ci, Safe Heaven dans VHS 2. De l’autre, son comparse, Kimo Stamboel, responsable pour sa part… bah de pas grand chose, si ce n’est des projets avec son pote, qu’il retrouvera d’ailleurs quelques années plus tard (cette année somme toute) pour tourner une coproduction niponno-indonésienne prometteuse, The Killers. Notons au passage, et ce  avant de nous engager un peu plus dans le vif du sujet, et c’est un petit élément qui a son importance, que Macabre est avant tout un court-métrage réalisé par les deux compères en 2007 et intitulé Dara, qu’ils décideront deux ans plus tard de développer en format long-métrage. Pour les petits curieux, et je te connais mon ami, Dara, l’oeuvre originale si l’on peut dire,  a trouvé sa place dans une anthologie, Yakut : Faces of  Fear, film omnibus sorti de manière assez confidentielle en 2008, et produite par ce très cher Brian Yuzna !

Un groupe de six jeunes gens part en virée au beau milieu de la campagne indonésienne. En chemin, ils croisent Maya, une fille étrange errant sur la route, qui prétend avoir été la victime d’une agression. Trop bons, trop cons, ils décident de faire un petit détour, afin de la raccompagner chez elle, dans une immense bâtisse perdue au cœur de la forêt… Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils foncent tête baissée dans un traquenard qui va tourner au massacre…

Autant le dire tout de suite, Macabre est gore, très gore ! « Il envoie le steak » comme disent les jeunes, au sens propre du terme bien sûr ! Tu l’auras très certainement compris mon cher lecteur, le scénario est un prétexte, on s’en bat littéralement les couilles de cette structure de slasher matinée de survival ultra-basique ; comme nous l’avons souvent fait remarquer, que le récit soit squelettique et archétypal, à la limite, on s’en balance, c’est justement cela le défi du cinéma de genre, transcender un matériau de base galvaudé parfois à l’extrême par le seul pouvoir de la mise en scène. La répétition des schémas, des situations, n’est pas un mal, bien au contraire, c’est au cœur même de ces histoires de croque-mitaines dégénérés codées, connues, usitées, et, osons le dire, mythologiques, que peut s’opérer un véritable travail cinématographique, artistique, sur l’image, et, pourquoi pas, sur le sens. Ici, la quasi-totalité des personnages sont de pures fonctions, toutes velléités de caractérisation se voient irrémédiablement sacrifiées sur l’autel du divertissement pur et dur, certes tragique, mais avant tout grotesque, grand-guignolesque, décomplexé, et donc jouissif ! J’écris, tu le noteras, la « quasi-totalité des personnages », en effet, les deux héroïnes en belles exceptions qui confirment la règle sont écrites, mine de rien, avec soin, et, le récit horrifique avançant, elles se révèlent attachantes, leur martyre ne nous laisse dès lors plus du tout indifférent, bien au contraire, nous souffrons avec elles, pour elles.

Au-delà de ça, si tu trouves que tout cela fleure bon les slashers seventies et eighties tout aussi bruts de décoffrage que délirants, eh bien tu as parfaitement raison : les Mo brothers citent tour à tour avec un respect total Massacre à la tronçonneuse pour son pendant premier degré, mais également sa suite comme alternative caustique et survoltée au genre, Macabre s’achevant sur un duel féminin féroce et dantesque à la tronçonneuse qui n’est pas sans rappeler la joute magistralement out of this world opposant Dennis Hopper  à Leatherface clôturant de manière tout aussi survoltée le second épisode de la saga mythique de Tobe Hooper en 1986 ! Inutile de mentionner qu’en chantres passionnés du grand-guignol, Timo Tjahjanto et Kimo Stamboel font littéralement exploser le bodycount, multiplient les meurtres graphiques sauvages et improbables, mais particulièrement inventifs notamment dans leur mise en image : décapitation à la tronçonneuse, amputations dans tous les sens, explosions de crâne à la pelle, démantibulations, énucléations, trépanation, … Bref ça gicle sévère, ça repeint murs sols et plafonds, les bourreaux sont sacrément coriaces, en prennent plein la gueule, et passent leur temps à se relever bien que leur corps fût calciné ou déchiqueté quelques minutes plus tôt ! Nul besoin de chercher une quelconque logique dans tout cela si ce n’est celle du fun total et absolu ! A aucun moment les Mo Brothers ne prétendent renouveler le genre, ils le redécouvrent en long en large et en travers, offrent aux fans de délires gores ce qu’ils attendent mais ne se reposent cependant pas sur cette myriade de clins d’œil complices adressés aux spectateurs : le travail formel, quand bien même il ne tient pas du génie, loin de là, est de très bonne facture et se permet même quelques beaux instants que je te laisse, mon très cher lecteur, découvrir et apprécier…

Évidemment, Macabre, malgré ces innombrables qualités n’est pas exempt de défauts, j’en développerai ici un principalement car il nuit, à mes yeux, à une totale adhésion au métrage, pour le nommer ici, parlons de la gestion de l’espace. Comme dans le très intéressant et tout aussi hardcore  A l’intérieur d’un autre duo, français cette fois-ci, Alexandre Bustillo et Julien Maury (avec lequel Macabre entretient d’ailleurs des liens très étroits et troublants), ou l’excellent et jubilatoire You’re Next d’Adam Wingard, le véritable problème se situe dans la manière de poser et d’explorer le cadre de l’action, à savoir, dans les trois cas, une maison de taille relativement importante. Trois conceptions de la mise en scène différentes certes, mais un point commun : les plans serrés ! Dès lors, rares sont les cadres qui permettent de contempler l’environnement, tout au plus un pan de mur d’une pièce, mais impossible de saisir, de concevoir véritablement un semblant de plan des lieux, ajoutons que l’on passe d’une pièce à l’autre, d’ailleurs toutes plus identiques les unes que les autres dans le cas de Macabre,  sans jamais expérimenter le trajet qui les sépare : au mieux cela peut donner une impression de cadre labyrinthique (You’re Next tend vers cela mais réussit à moitié son pari), au pire, c’est un bordel sans nom et on ne sait jamais où l’on se trouve. Cela pose problème lorsqu’il s’agit de susciter une angoisse : ne sachant pas où celui que nous appellerons le méchant se situe, et surtout le gentil auquel nous nous identifions, on ne peut vraiment savoir, comprendre si celui-ci est en danger, est proche ou non de la menace, est loin de la sortie ou au contraire si il s’en éloigne, la dramaturgie du métrage, de son récit, s’en trouve dès lors profondément bouleversée pour ne pas dire parfois totalement annihilée !

Je vais me permettre mon cher lecteur de te confier un exemple qui me semble assez parlant et qui, je le pense, ne t’en dévoilera pas trop au sujet de Macabre : au milieu du métrage, un groupe de flics (comme d’habitude complètement à la ramasse) fait une descente dans la maison de la famille de rednecks (tu découvriras pourquoi et comment), ils se séparent et explorent les lieux car ils trouvent les propriétaires des lieux quelque peu… suspects… L’un d’eux découvre une pièce dans laquelle est posée sur une table du matériel de visionnage et quelques bandes super 8. Il décide de les projeter… elles contiennent quelques éléments importants quant à la révélation du mobile des meurtriers. Cette séquence est entrecoupée de discussions tendues ayant lieu dans l’entrée entre le chef de la brigade et certains des membres de la famille. Le flic prenant connaissance des bandes, où est-il ? Il semble être au rez-de-chaussée dans une pièce mitoyenne de l’entrée, elle est plongée dans le noir mais semble recevoir la lumière du vaste vestibule, et on entend de manière plus que proche les discussions dans le salon… il semble que le rez-de-chaussée soit une enfilade de pièces sans porte, juste de larges encadrures. Donc est-il en vue des tarés, d’autant plus que la machinerie en marche fait grand bruit ? Dans ce cas-ci pourquoi personne ne semble réagir à quelques mètres de lui alors qu’il est tout de même en position d’une preuve à charge de leur culpabilité…

Encore une fois, on ne sait jamais si l’on doit stresser ou pas, si le personnage est en danger ou en sécurité ; la séquence qui eût dû être un pur moment de tension, à plus forte raison parce qu’elle révèle un des très rares arcs narratifs du scénario, nous en extirpe, met à mal notre propension à la suspension d’incrédulité aussi forte soit-elle… Et tu verras mon ami que ce genre de situations maladroites pullulent dans la péloche ! Ajoutons que la maison est très peu meublée, et la plupart des objets qui y sont entreposés y sont parce qu’ils serviront un moment ou à un autre. Peut-être qu’avec ma mauvaise foi habituelle, j’exagère un poil, mais juste un poil… Rappelle-toi juste, mon ami, dans A l’intérieur cet unique commode dans un long couloir totalement vide… Pourquoi ? Pour bloquer la porte de la salle de bain dans laquelle se cache l’héroïne, pardi ! Bref, deux petites remarques un peu pointilleuses, je te l’accorde, mais je souhaitais tout de même les évoquer l’espace d’un paragraphe. Il me semble que nous avons ici des éléments qui se présentent de manière suffisamment régulière, récurrentes, dans le cinéma d’horreur pour que nous prenions le temps de les étudier succinctement.

Bon, pas besoin de pinailler, de pousser bébé dans un bain d’acide, Macabre, c’est du très bon ! Rien ne vaut un plaisir cinématographique et horrifique oldschool, déférent et généreux, fabriqué avec soin, qui jamais ne te prend pour un con, bien au contraire… Of course, je ne conseille l’objet qu’aux fans hardcore d’horreur sans fioriture, sans prétexte autre que sa narration minimaliste, directe et un brin décérébrée. En même temps, les Mo Brothers n’ont aucune prétention si ce n’est celle de nous divertir en nous balançant à la gueule du gore en cascade saupoudré d’une bonne dose d’humour noir souvent bien sentie ! Le constat est sans appel : en la matière nos deux compères déchirent !

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.