Critique de 12 Years a Slave

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12 Years a Slave

de Steve McQueen

avec Chiwetel Ejiofor, Benedict Cumberbatch, Michael Fassbender, Lupita Nyong’o

Grande Bretagne / Etats-Unis – 2013 – 2h14

Rating: ★★★★★

12 Years a Slave est l’adaptation de l’autobiographie de Solomon Northup, fils d’esclave affranchi, né libre et réduit en esclavage en Louisiane pendant 12 ans, après avoir été vendu par deux arnaqueurs. Séparé de sa famille, privé de sa liberté et de ses droits, Solomon se doit de se taire pour survivre, d’un labeur à l’autre, d’un maitre à l’autre.

Jamais l’esclavage n’avait été montré avec une approche aussi réaliste et sensitive. Steve McQueen ne cherche pas à attendrir son spectateur, à l’émouvoir à lui en tirer les larmes de force, il sait qu’il n’en a guère besoin, tant son sujet, son message est fort. On a pu lire tout et n’importe quoi sur 12 Years a Slave. Certains lui reprochent sa violence, d’autres son manichéisme, d’autres son aspect dramatique.  Comme bien souvent lorsqu’un film touche là où il faut, les réactions qu’il suscite sont souvent exagérées. Manichéen? Non, McQueen ne l’est jamais, renvoyant chacun de ses personnages face à ses propres contradictions (le bon maitre qui ne rend pas la liberté / le mauvais maitre fou et esseulé / le « bon nègre » qui refuse d’être battu / l’intendant qui boit pour supporter ce qu’il inflige aux esclaves…), chaque protagoniste, Solomon en tête, étant en permanence en contradiction avec ses valeurs et sa morale, sa conscience, bridées, brisées par un système de déshumanisation, où l’esclave est tout au plus considéré comme du bétail, au pire, comme un simple outil.. Quand à la violence, ce n’est qu’un réalisme cru, un souci de véracité, à la hauteur de la violence quotidienne que représentait l’esclavage. Les sacrifices des esclaves de confort, la résignation des esclaves des champs, McQueen dresse un portrait des différentes sphères de la hiérarchie qui régnait au sein des plantations, schématisant les rapports difficiles et les conflits qui pouvaient sévir au sein de cette organisation (la jalousie d’un intendant, de la maitresse, les sévices corporels, la maltraitance qui pouvaient en découdre).

Il est intéressant de réfléchir sur le pourquoi du choix de cette histoire en particulier. L’histoire de Solomon Northup se situe dans une période charnière et très particulière, avant l’abolition de l’esclavage, où les affranchis et les hommes nés libres étaient intégrés à la société des États du Nord, alors que l’esclavage était si fort dans les États du Sud, qu’un noir ne pouvait y être qu’un esclave. Cette période étrange où une partie de familles affranchies ou libres pouvait même s’enrichir à en devenir des bourgeois alors qu’un noir sans maitre en Louisiane était immédiatement pendu car considéré comme esclave en fuite. Cette différence rend l’histoire de Solomon Northup d’autant plus injuste, qu’il était né homme libre, sans que cela ne signifie quelque chose une fois le Sud atteint. Né libre, Solomon illustre au final n’importe lequel d’entre nous.

C’est bien d’injustice dont nous parle McQueen, faisant de la question identitaire de l’esclavage une parabole pour en figurer l’universalité et l’intemporalité.  Sommes-nous choqués lorsque Solomon, enchaîné par ses ravisseurs, se voit demander des papiers de liberté qu’il ne peut produire. Le sommes-nous autant lorsqu’il s’agit du contrôle de papier d’un immigré ? Nous sentons-nous concernés par le malheur d’autrui ? Notre nature humaine nous pousse à tout faire pour survivre, quitte à commettre des actions qui nous répugnent. Mais notre humanité n’est-elle pas aussi dans notre capacité à nous indigner ? A ne pas laisser les choses se faire sans protester? C’est à cette corde sensible que fait appel le cinéaste britannique. Il n’a guère besoin de tirer les larmes au spectateur, mettant sa mise en scène au service de son histoire, avec le soucis d’un documentariste, faisant oublier sa caméra et son point de vue, pour toucher à la narration de faits, ne cherchant pas à ménager son spectateur, mais à réveiller son indignation, garder en alerte sa conscience morale.

Steve McQueen prouve de nouveau qu’il est un cinéaste important de notre époque. Non content d’avoir livré deux premiers films ayant impressionné la critique, Hunger et Shame, le cinéaste livre avec ce troisième métrage le film le plus réaliste et le plus réfléchi sur l’esclavage jamais réalisé, tout en offrant à son film une dimension et un discours bien plus universel et humaniste. Bénéficiant en prime d’un casting fabuleux,  Michael Fassbender, brillant comme à son habitude, Chiwetel Ejiofor et la découverte Lupita Nyong’o, livrant chacun des prestations bluffantes, 12 Years a Slave n’a pas volé ses neuf nominations aux Oscars 2014. On croise les doigts.

 Lullaby Firefly

 

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.