Critique de Nymphomaniac Vol.1

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Nymphomaniac : Volume I

De Lars Von Trier

Avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skasgard, Stacy Martin, Shia LaBoeuf

Danemark, Allemagne, France, Belgique – 2013 – 1h58

Rating: ★★★★☆

Une femme erre, blessée dans une rue qui semble être dans une ville européenne. Elle est recueillie par un homme célibataire d’un certain âge. Elle s’appelle Joe, il s’appelle Seligman. Après avoir repris des forces, Joe décide de raconter sa vie et ce qui l’a amené à être semi-inconsciente dans la ruelle où elle a rencontré Seligman…

Au lieu du refrain de la chanson du groupe hip hop féminin Salt-n-Peppa, titre de la critique, on a droit à du Rammstein. Dommage, cela aurait été une soupape lors du film, un moment pour détendre l’atmosphère. À travers de multiples flashbacks, nous découvrons la construction d’une identité d’une jeune femme qui semble vivre exclusivement à travers sa sexualité. D’un éveil enfantin et ludique (jouer avec l’eau habillé ou monter à la corde) à une première expérience sexuelle froide (renforcée par des intertitres) aux techniques de dragues féminines (merci pour le tuyau), la sexualité devient métaphore de tout et de rien. Symbole de pêche à la mouche, symbole d’un morceau de Bach à trois voix ou référence hérétique et satanique, l’analogie baroque de Lars Von Trier amuse autant qu’elle choque. Pourtant cette oeuvre est aussi marquée de la même intention poétique que les précédents films du danois : expression de la nature, des saisons, travail formel (une partie en noir et blanc) ainsi que l’acceptation de ce qu’on ne peut changer…

La nouveauté, à mon sens, est la construction dialectique. Du postulat basique conversationnel Joe/Seligman, le metteur en scène semble interroger la figure d’autrui, la figure de l’autre. Bien que se montrant indifférente aux autres de manière générale, Joe a des amants particuliers même si elle ne retient principalement que la première lettre de leur nom. Amant félin, amant attentionné connaissant le plaisir féminin, ou amant pot de colle, l’anti-héroïne pose un regard quasi-scientifique ou naturaliste sur ses partenaires sexuels, avec beaucoup de précision mais détaché pour empêcher l’empathie ou la sympathie du personnage, qui se définit elle-même comme une personne méchante et négative. On la verra pourtant pleurer la mort de son père et n’avoir aucun lien avec sa mère, sûrement pour bien souligner le complexe d’Electre (complexe d’Oedipe pour les filles). Mais dans l’autre, il y a aussi les gens cocus, les gens bafoués. Et cela donne une prestation magistrale  – et cela faisait un moment qu’on ne l’avait pas vu à ce niveau – d’Uma Thurman en femme trompée, apparaissant en mère fraîchement célibataire mais divorcée. D’un ironie acide, incisive et bien écrite, on la voit trimballer ses trois garçons jusqu’à chez Joe, afin de leur expliquer le changement de vie qu’ils vont avoir avec leur mère et, de cette séquence, il n’y a qu’à la fin qu’explose l’hystérie. De plus, ajoutons la bonne prestation de Christian Slater qu’on n’avait pas vu depuis un moment.

Dans une certaine mesure, on pourrait rapprocher le projet Nymphomaniac au film Guilty of romance de Sono Sion : une femme tente de s’affirmer, tant pis si cela passe par le sexe car la société ne lui permet pas autrement. Pourtant l’ingrédient secret du sexe, n’est-ce pas l’amour ? Ce truc qui déforme les choses selon Joe?

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…