Critique de Beaucoup de bruit pour rien

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Much Ado About Nothing

de Joss Whedon

Avec Amy Acker, Alexis Denisof, Clark Gregg, Fran Kranz, Nathan Fillion et Reed Diamond

Etats-Unis – 2012 – 1h48

Rating: ★★★☆☆

Le prince Don Pedro, de retour de guerre, rend visite à Leonato, seigneur de Messine, avec ses compagnons d’armes, Claudio et Benedict, ainsi que son frère bâtard Don Juan.  Alors que Claudio s’éprend d’Hero, la jeune et vertueuse fille de Leonato et se destine à un mariage heureux avec elle, Don Juan complote avec ses suivants afin de rendre impossible leur union. Pendant ce temps, Don Pedro, Claudio et Leonato jouent un tour à Bénedict pour qu’il avoue ses sentiments à Béatrice, nièce de Leonato.

Joss Whedon est un homme étonnant. Showrunner à succès, réalisateur geek next gen, il a acquis avec Avengers une respectabilité et la crédibilité qu’Hollywood lui refusait depuis les 90’s, précipitant les sorties ciné de films qui somnolaient dans les tiroirs depuis 2/3 ans. Ainsi, en 2012, le monde entier a pu ainsi jouir de la découverte de La Cabane dans les bois, qu’il a conçu avec son copain Drew Goddard. Cette année, Avengers 2: Age of Ultron étant déjà dans les tuyaux pour une sortie 2015, il s’agit d’un projet bien singulier, l’adaptation moderne de Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare qui connait aujourd’hui une sortie en salles. On est bien loin des super-héros, des guerilla interstellaires ou des malédictions zombiesques.  Aimant relevé les défis, Whedon se lance alors dans un sacré challenge: tourner en noir et blanc une adaptation moderne mais conserver le texte initial de la pièce, idée aussi proche que très opposée à celle que Baz Lurhman a mis en place avec son Roméo + Juliette.

Ainsi, le réalisateur a donc choisi de tourner dans un noir et blanc peu contrasté, tout en nuances de gris, lui conférant une photo rappelant les films des années 50 – début 60, choix appuyé par une bonne partie de la BO, dont les orchestrations jazzy classe renforcent la crédibilité.  Un parti pris qui s’avère intéressant, la comédie de Shakespeare étant une comédie de moeurs pouvant aisément trouver écho dans la moralité rigide de la société de l’époque.  Pourtant, sans que cela ne soit nécessaire, Whedon inclut des éléments purement contemporains (ordinateur, téléphone , etc.), brisant ainsi l’ambiance rétro, rendant anachroniques et peu crédibles certains éléments des dialogues ou de l’intrigue. Ce n’est pas tant le texte en langue de Shakespeare qui pose souci au final, mais ce déséquilibre entre le sujet d’un point de vue moral et sociétal et l’époque supposée durant laquelle se déroule l’action. A la différence d’un Hamlet, d’un Roméo et Juliette ou d’un Othello, Beaucoup de bruit pour rien est une comédie de moeurs, portant sur des sujets bien moins intemporels ou universels que les tragédies pré-citées. Maintenir son action dans la rigidité des early 60’s aurait en effet pu pallier à ces spécificités.

Le concept même du film, un film en N&B et en anglais du XVIIe siècle demande au spectateur d’accepter un pacte de lecture compliqué et peu habituel. D’un point de vue graphique dans un premier temps, le choix d’un noir et blanc peu contrasté, très lumineux et éthéré, que l’on a plus réellement l’habitude de voir depuis des décennies. Puis le choix de garder le texte. Bonne idée en soi si l’on sait l’exploiter (a t-on déjà réussi à le faire réellement?) mais qui peut juste devenir une entrave dans la compréhension du film. Ainsi, difficile de crédibiliser ou d’étoffer des personnages quand on doit mettre en scène des soliloques et des dialogues dans un vocabulaire datant d’il y a 400 ans. Pourtant, grande force du Théâtre, c’est le texte en lui même, de par sa puissance narrative, qui permet de rentrer dans le film et dans l’intrigue.

Mais Joss Whedon n’en est pas pour autant un tâcheron. Bien au contraire, il fait preuve d’une belle ingéniosité , offrant dans sa mise en scène des fulgurances bien amenées, notamment dans sa manière de réhabiliter l’aspect comique de certaines scènes qu’il rend délibérément burlesques. Il cherche à pallier l’immobilité de ses protagonistes, notamment pour les (nombreux) soliloques et parvient à plus d’un moment à tirer la modernité des traits d’humour du grand Will. Appuyé par un casting surprenant, la plupart des acteurs venant de l’écurie Whedon (comprendre, ils ont tous joué dans une de ses séries et/ou films) livrant une belle interprétation d’un texte difficile, en particulier Amy Acker, Alexis Denisof (Wesley de Angel!) et Fran Kranz (Marty de La Cabane dans les Bois).

Belle intention, belle idée de départ, beau défi, adapter le texte original d’une pièce de Shakespeare, filmé comme un film de la fin des années 50, mais qui se déroulerait de nos jours. Pourtant, ce n’est pas toujours l’intention qui compte et le résultat souffre de certains choix discutables, créant des anachronismes gênant  la crédibilité de l’ensemble. Néanmoins, Whedon sait être un réalisateur inventif et un directeur d’acteur brillant, parvenant à éviter l’écueil du théâtre filmé.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.