2013: une année SF

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Ça devait être la grande année de la SF. Certains disaient même que 2013 serait l’équivalent d’un été 82 (un été durant lequel étaient projetés aux Etats-Unis Mad Max II, E.T., Blade Runner, The Thing, Tron, Star Trek II…) tant on salivait d’avance devant la salve de titres annoncés. Mais, entre le geek et le cinéphile, il y a parfois un monde. 2014 ayant sonné, il est grand temps de trier le grain de l’ivraie et de voir si 2013 a confirmé toutes les espérances SF.

 

La fin du monde est derrière nous

2012 est passé. La fin du monde n’a pas eu lieu et le thème de l’apocalypse a perdu tout  intérêt mercantile. Certes, Seth Rogen et ses potes nous ont convié à une dernière fête (This is the End), tout comme la joyeuse bande d’Edgar Wright (The World’s End) pour deux comédies fantastiques au sujet tellement proche qu’on pourrait se demander s’il ne s’agit pas là d’un pari tenu des deux côtés de l’Atlantique.

Tom Cruise seul sur Terre dans "Oblivion"

Passée la fin du monde, place à l’après. La Terre est ravagée et l’homme n’y a plus sa place. Deux blockbusters post-apocalyptiques, assez similaires encore, avec des acteurs scientologues dedans, nous ont proposé un portrait lointain de notre planète laissée à l’abandon. D’abord Oblivion de Joseph Kosinski (dont on attendait, après le moyen Tron Legacy, de savoir ce qu’il valait avec une histoire bien à lui) avec Tom Cruise en agent de maintenance quasi-solitaire. Ensuite After Earth où l’imprévisible M. Night Shyamalan faisait crasher les Smith père et fils sur une Terre désertée depuis un millénaire.

Si Oblivion présente une première partie impressionnante, toute en blancheur immaculée et aérienne, le film est en définitive écrasé par ses emprunts scénaristiques trop lourds (notamment  Moon et ses clones) pour voir en Kosinski un bon directeur artistique à défaut d’un bon auteur SF. Dommage. Mitigé également le post-apo selon Shyamalan. Bon, on avoue que l’on en attendait assez peu de sa part tant l’ancien prodige du cinéma fantastique donne l’impression d’en avoir plus rien à foutre depuis des plombes.

Nos amis les extraterrestres

En 2013, les extraterrestres ne nous voulaient toujours pas de bien. Et ils se sont arrangés pour nous envahir le plus sournoisement possible. Comme dans Le Dernier pub avant la fin du monde. Après avoir rendu hommage à Wicker Man avec Hot Fuzz, les sympathiques Edgar Wright, Simon Pegg et Nick Frost ont conclu leur trilogie Cornetto en faisant un clin d’œil à un autre classique du cinéma fantastique anglais, Le  Village des damnés tout en s’inscrivant dans les grandes invasions extraterrestres insidieuses (Invasion of the Bodysnatchers). Comme toujours chez Wright, il s’agit une nouvelle fois d’une comédie générationnelle où le héros doit passer à l’âge adulte sans céder au conformisme ambiant. Plutôt bien vu.

Un alien pas sympa du "Dernier pub avant la fin du monde"

Malin également le Dark Skies des studios Blumhouse (Paranormal Activity, Insidious) qui, comme Phénomènes paranormaux (The Fourth Kind) avant lui, part d’un thème ouvertement SF pour faire quelque chose qui relève du cinéma d’épouvante pur jus, ramenant l’invasion des zeta-réticuliens dans le registre de la maison hantée. Plus frontal, Guillermo Del Toro nous a fait surgir des aliens géants du fond de l’océan attendus de pied ferme par des robots, eux-aussi géants, chargés de leur casser la gueule. Avec l’ode au gigantisme que constitue Pacific Rim, plus besoin de longs voyages spatiaux quand on a les failles spatio-temporelles à sa disposition. On a reproché au film de n’être qu’un Goldorak vs Godzilla.  Oui, c’est Goldorak vs Godzilla ! Oui, c’est complètement débile ! Et oui, c’est très bien quand même, Del Toro étant aussi doué (peut être même plus) dans l’actioner geek à la Blade ou Hellboy que dans le conte horrifique façon Le Labyrinthe de Pan. Ça nous change un peu des Transformers.

Pendant ce temps dans l’espace…

La vie, y’en a partout dans l’Univers (enfin, en théorie…) Dans le système solaire, les experts sont d’accord pour dire qu’il devrait peut-être y en avoir dans les épaisses couches de glace d’Europe, le satellite de Jupiter. Bon, on n’a jamais foutu les pieds donc on ne sait toujours pas. Un found footage fauché intitulé Europa Report nous invite à faire le voyage. Bon, on ne voit pas grand-chose des trucs à tentacules qui grouillent sous la glace et l’expédition finit forcément mal dans ce film du Péruvien Sebastian Cordero qui pourrait presqu’être un prequel de Monsters. Le film sort en DTV dans quelques jours.

Continuant sur la lancée de son premier Star Trek, J.J. Abrams livre un deuxième volet qui n’a pas suscité le même enthousiasme général que le premier. De belles images mais peu d’émotion au final… Même constat chez Zack Snyder avec son Man of Steel où Superman amorce son troisième retour sous le parrainage de Christopher Nolan. Un scénario confus, reprenant des idées de la maison d’en face (Thor, Avengers), pour un film qui donne l’impression d’arriver après la bataille en dépit des audaces graphiques, parfois pompières, tentées par le réalisateur de 300 et Watchmen.

La base d'entraînement de "La Stratégie Ender"

Le space opera de l’année est peut-être à chercher du côté de productions plus modestes dans leurs intentions et plus bad ass sur leurs personnages. Retour gagnant pour Vin Diesel qui endosse à nouveau les lunettes de Riddick dans un troisième volet, toujours réalisé par David Twohy, qui s’assume comme une pure série B, décomplexée, gore et donc jubilatoire. Idem de l’autre côté du Pacifique avec Space Pirate Captain Harlock, plus connu en France sous le nom d’Albator, revenu le temps d’un copieux long-métrage en images de synthèse pour la fête de Noël. Après Space Battlefield Yamato (issu d’un autre classique du mangaka Leiji Matsumoto), le Japon continue la ré-exploration de sa culture pop et on ne viendra pas s’en plaindre.

On attendait enfin légitimement beaucoup de l’adaptation du génocidaire La Stratégie Ender, le bouquin cultissime d’Orson Scott Card où l’on entraîne les gamins à faire la guerre des étoiles contre les aliens. Du jeu, de la guerre… Le film qu’en a tiré Gavin Hood est calibré pour les fans de Hunger Games (les adolescents donc) et louche plus vers le récit d’initiation scolaire à la Harry Potter que vers le cynisme froid d’un Starship Troopers. Pas une purge non plus, mais bon… même le deuxième Hunger Games s’est révélé plus intéressant.

Luttes des classes

En ces temps de crise permanente, Hunger Games – L’Embrasement a donc surpris par sa dimension politique où les lois du jeu changent pour garantir le maintien du système en place, s’attardant  sur la légitimité relative des lois auxquelles les individus doivent se soumettre. Plus décevant, Upside Down n’a fait qu’effleurer les enjeux politiques de son sujet (un clivage sociétal entre le monde d’en haut et celui d’en bas). Heureusement, deux dystopies se sont particulièrement distinguées cette année sur le thème de la lutte des classes.

Après son cultisme District 9, le réalisateur sud-africain Neill Blomkamp clive à nouveau le monde en deux : les pauvres agonisant sur Terre tandis que l’élite prospère éternellement dans une station orbitale. Traitant davantage du problème de l’accès aux soins pour tous que du simple partage des richesses, Elysium annonce un nouveau type de blockbuster, celui du XXIe siècle : geek, cosmopolite, engagé, conscient et ouvert sur le quart et tiers-monde.

Des lendemains qui puent dans "Elysium"

Un courant dans lequel on pourrait inclure l’autre grande dystopie de l’année : Snowpiercer – Le Transperceneige du sud-Coréen Bong Joon-ho où l’Humanité toute entière  tient  dans un train gigantesque traversant des paysages glaciaires et apocalyptiques. A la verticalité d’Elysium, Snowpiercer répond par l’horizontale : les riches en tête de train et les pauvres en queues pour une révolution qui se fera latéralement (les pauvres tentent de gagner l’avant).

Deux films majeurs au sujet et aux enjeux proches dont je me garderai bien d’en mettre un plus en avant que l’autre, chacun présentant au final des qualités et des défauts que l’autre n’a pas. Plus subtil dans sa critique sociale, Snowpiercer souffre de son budget serré (bien qu’il soit l’un des plus importants du cinéma coréen) et d’un scénario tellement comprimé qu’il ne laisse en définitive que très peu de place à l’action. Visuellement splendide, Neill Blomkamp nous offre quelques-unes des plus belles scènes SF de l’année bien que sa vision du monde soit trop manichéenne et ses personnages rapidement esquissés. Mais je chipote juste pour chipoter, hein ! Elysium et Snowpiercer restent au final deux œuvres complémentaires et importantes du cinéma SF contemporain.

L’aventure intérieure

Et la SF du dedans alors ? Celle qui sonde l’être l’humain avant de regarder les étoiles ? Quelques films nous ont conviés vers les voyages introspectifs. D’abord l’étrange et très original Cloud Atlas des frères Wachowski et de Tom Tykwer qui a littéralement dynamité le film choral, devenant meta-choral avant même d’être SF. Adapté du bestseller de David Mitchell, le film suit une dizaine d’âmes dans leur évolution à travers leurs incarnations successives. Certaines s’améliorent, d’autres pas et quelques-unes ont accès à la rédemption. Narrativement, c’est impressionnant – le montage parvenant à faire plusieurs intrigues dans un entrelacement assez compliqué mais pourtant fluide. Dommage que le message philosophique du film soit si mièvre et convenu (le  Bien c’est bien, le Mal c’est mal et l’amour c’est c’qu’il y a d’plus beau).

Une des magnifiques images de "Cloud Atlas"

Aussi geek dans sa démarche, aussi  beau dans sa forme et aussi louable dans ses intentions, Real signait le retour cinématographique de Kiyoshi Kurosawa. Un personnage dans le coma partage son monde intérieur avec l’être aimé, connecté pour l’occasion à son subconscient.  Un monde peuplé de plésiosaures et de morts-vivants assez long à se mettre en place à cause d’un twist median qui ne sert à rien sinon justifier l’interminable première heure. Sur le thème de l’illusion partagée avec un comateux, il y avait également le film lithuanien Vanishing Waves de Kristina Buozyte que personne n’a vu ici (Bah, c’est ballot d’en parler alors non ? On essaiera de rattraper ça !).

Y tu mama tambien

Mais la vraie figure de ces voyages introspectifs a été pour 2014 celle de la mère. Oui, la maman, la mama, la matrone…  D’abord avec Le Congrès, film sublime de l’Israélien Ari Folman (Valse avec Bachir) inspiré de Stanislas Lem (Solaris) mêlant cinéma d’animation (sous la haute influence de grands noms français comme Paul Grimault et René Laloux) et prises live pour retranscrire la projection mentale d’un monde halluciné par un gamin condamné à la surdité et la cécité. C’est dans ce monde qu’évolue sa mère (Robin Wright dans son propre rôle), perdue dans cette réalité oppressive où le monde du cinéma et les drogues pharmaceutiques ne font plus qu’un. Un beau portrait féminin pour l’un des sommets du genre cette année.

Sandra Bullock en position foetale dans "Gravity"

C’est un autre portrait de maman que l’on retrouve dans le phénoménal Gravity d’Alfonso Cuarón. Ou deux si on prend en compte le parallèle entre son héroïne, mère meurtrie par la mort stupide de sa fille, et la Terre, notre planète mère, berceau de l’Humanité, maltraitée dans ses plus hautes sphères par cette pollution dont nous sommes les seuls responsables. Survie et renaissance sont les deux lignes directrices de ce film à la simplicité évidente, en parfaite cohérence avec les thématiques écolo-maternelles du  précédent film du réalisateur mexicain, Les Fils de l’homme qui réduit à nouveau la frontière entre blockbuster spectaculaire et cinéma d’auteur pour un voyage à la recherche de soi dans des conditions plus qu’extrêmes.

Objectif 2014

En définitive, peu de films se sont révélés à la hauteur des espérances qu’ils ont suscitées. Ca nous apprendra à nous exciter comme des puces ! Mais ça devrait être différent en 2014. Jugez plutôt : Interstellar de Nolan, Godzilla de Gareth Monsters Edwards, Les Gardiens de la Galaxie par James Super Gunn, Upstream Color de Shane Primer Carruth (on espère…), Noah par Aronofsky (quoi c’est pas de la SF ?), Edge of Tomorrow (un espèce d’Elysium avec Tom Cruise), Jupiter Ascending (le nouveau Wachowski), La Planète ses Singes-L’Affrontement, X-Men-Days of the Future PastLa Ferme des animaux d’Orwell par Andy  Serkis, le retour de RoboCop… S’il y a un truc dont j’ai horreur,  c’est de m’enflammer pour rien. Néanmoins, mon instinct me dit que 2014 sera l’équivalent d’un été 82…

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».