Que justice soit faite… ou retour sur Death Sentence et Harry Brown

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"Vigilante" de Bill Lustig (1983)

C’est bon pour la morale !

S’il y a bien un sous-genre que je surkiffe, mon cher, et je sais que tu commences à me connaître par cœur à ce sujet, c’est bien le revenge movie et son pendant « individu lambda qui va prendre les armes pour nettoyer son quartier des sales bandes raclures qui y ont élu domicile », le vigilante movie, tous deux, dans leurs meilleurs instants, ultra-violents et particulièrement ambigus, et c’est justement en cela, parce qu’ils sont souvent extrêmement borderlines, qu’ils sont,  de fait, à ce point passionnants. Je me permettrai d’ailleurs, en guise d’introduction, d’éclaircir rapidement quelques éléments, afin de répondre de but en blanc aux quelques pisse-froid et autres tenants d’une idéologie bien-pensante dégoulinante et nauséabonde qui pourraient m’accuser, dans les lignes de cette double chronique, de faire l’apologie de la loi du Talion, de la galvaniser, en en faisant un idéal de justice, ou mieux dit, d’injustice, car j’en soulignerai ici l’intérêt artistique avant tout mais également la porté intellectuelle.

Car non content de nous offrir de purs moments de cinéma de genre décomplexés et référentiels avec un sens souvent proprement génial de la mise en scène, les deux opus qui nous intéresseront dans ces quelques paragraphes, témoignent à la fois d’une promesse badass jubilatoire, mais aussi et surtout d’une véritable réflexion, d’un regard angoissant et angoissé porté sur notre société, d’une peinture désenchantée et terriblement anxiogène de notre monde, et du devenir chaotique de l’homme. Toujours sur le fil, nous renvoyant à la gueule nos contradictions morales, notre voyeurisme morbide, notre relation finalement fragile et éphémère avec la justice, en même temps que nombre de critiques aveugles les taxent systématiquement de fascistes, ces péloches apparaissent comme de véritables marches funèbres, et tout cela rend définitivement absurdes, quand bien même l’ambiguïté reste de mise, toutes accusations d’immoralité portées sans aucun fondement rationnel contre elles. Mais, avant d’aller plus loin, notons immédiatement cela, le cinéma de genre, du point de vue de la narration, participe de l’amoralité.

Généralités

Le revenge movie est genre, nous le disions, à susciter immanquablement la polémique, dans la mesure où le canevas narratif de base propose de nous conter les péripéties d’individus prêts à tout pour faire subir les pires tourments à ceux qui ont détruit leur vie, décimé leurs proches, à prendre les armes pour devenir des justiciers ultra-violents, des machines à tuer n’ayant plus rien à perdre puisqu’ils ont de fait tout perdu ! Des métrages qui, par leur concept même, dérangent donc, eu égard à un propos toujours à la limite, jouant sur l’ambiguïté de leur message, mais qui, pour la plupart, s’inscrivent, non dans la démonstration d’un discours idéologique propre à défendre la justice sauvage, mais dans une démarche souvent amorale menant finalement le spectateur, par un questionnement élaboré à partir de ce qu’il vient de voir, à prendre une posture morale.

"J'ai rencontré le diable" de Kim Jee-woon (2010)

Les exemples sont extrêmement nombreux, du mythique Vigilante de William Lustig, au jouissif mais funèbre Death Sentence de James Wan dont il sera question ici en détail, en passant bien sûr par le tétanisant et jubilatoire J’ai rencontré le diable du coréen Kim Jee-woon, sorte d’aboutissement ultime, d’excroissance paroxysmique violemment ironique du revenge movie, dont l’amoralité et le nihilisme absolu du récit nous triture les entrailles en même temps qu’il s’avère moralement profondément salvateur. Parlons quelque temps d’amoralité, si tu le veux bien mon ami : Machiavel, dans le Prince, pose ainsi comme qualité fondamentale du Prince qu’il doit pouvoir être  »non buono » que nous pouvons traduire tout simplement de la manière suivante : non bon. Mais, par non bon nous n’entendons pas mauvais mais non moral. De même non moral ne signifie pas immorale mais amorale, en ce sens donc, il doit pouvoir être au-dessus de la morale ordinaire. C’est donc grâce au fait qu’il doit pouvoir être au-dessus de toute morale qu’il peut exercer au mieux son rôle politique : et c’est ce qui confère au cinéma de genre, me semble-t-il, son discours éminemment subversif et politique, bien plus pertinent parfois que nombre de films qui se réclament en avoir un, qui assènent à coup de masse des marqueurs idéologiques propres à flatter le bobo en manque de légitimité intellectuelle.

Donc le cinéma de genre est amoral au sens où il ne répond pas aux critères de la moralité ordinaire, et ce à plus forte raison parce qu’il est le genre esthétique par excellence ; abstraction faite d’un quelconque contenu moral, il ne fait que mettre en scène des faits sans toujours leur donner de raisons, de justifications, ce qui aura pour conséquence qu’il soit accusé et condamné de par sa violence, aux yeux de beaucoup, gratuite, de par le fait qu’il montre trop, là où finalement la monstration n’est pas nécessairement un mal (n’est-ce pas justement la gratuité de l’acte qui le rend encore plus horrible et donc objet entre autre du cinéma d’horreur, mais, plus généralement, du cinéma contant des histoires tragiques, horribles ?), et alors comporte toujours une part de suggestion même dans les œuvres gores les plus explicites. Chez Dario Argento le meurtre est élevé au rang d’art parce qu’il n’est justement soumis à aucun critère moral : il est un moment purement esthétique. Dans le cas de Profondo Rosso (Les Frissons de l’Angoisse)en 1975, de Suspiria en 1977, et de Ténèbres en 1983, les films sont entièrement construits autour des monstrueuses scènes de meurtres à tel point que celles-ci constituent en elles-mêmes des petits films totalement indépendants esthétiquement, ayant coupé tout lien avec la narration générale : l’intrigue générale, même si parfaitement écrite et d’une grande complexité, est un prétexte aux meurtres.

"Old Boy" de Parck Chan-wook (2003)

Le final d’Old Boy de Park Chan-wook (qui cite d’ailleurs à de nombreuses reprises le Comte de Monte-Cristo de Dumas, récit de vengeance fondateur s’il en est…), est également totalement amoral en ce sens qu’il s’achève sur une happy end qui n’en est pas une : Oh Dae-su ayant découvert que conditionné par l’hypnose, il avait été amené à tomber amoureux de sa fille, et à avoir des rapports sexuels avec elle, il décide par l’hypnose de nouveau d’oublier cette révélation, le climax traumatisant, afin de vivre sans subir la souffrance insupportable de l’inceste. Sa fille le rejoint, tout deux s’enlacent, elle lui murmure :  »Je t’aime, Oh Dae-su ». Générique. Tout cela est éminemment malsain et pourtant ce n’en est pas pour autant immoral, mais amoral, une histoire sombre et cruelle nous est racontée, il cherche à nous choquer bien sûr, mais ne fait pas l’apologie de l’inceste, tout comme Kim Jee-woon ne prône pas la loi du Talion, ou Dario Argento le meurtre, bien au contraire.

Il me semble que nombre de critiques, de spectateurs, ont oublié une des valeurs fondamentales du cinéma qui est principalement celle de nous raconter une histoire, nous avons perdu le contact avec la fiction qui ne prétend qu’à être une fiction sans que celle-ci ne soit porteuse d’un idéologie ; une fiction pure, un divertissement débarrassé de toutes considérations auteuristes  au sens établi par la Nouvelle Vague (qui, et cela n’engage que moi, Truffaut mis à part, a fait plus de mal au cinéma qu’il n’a fait de bien et notamment en affirmant la stricte dichotomie, naïve et manichéenne, voyant s’affronter cinéma de genre et cinéma d’auteur, cinéma de divertissement, populaire au sens péjoratif du terme et cinéma intellectuel et donc noble, comme deux entités inconciliables) qui suscitera certainement une pensée après coup, mais ne nous impose pas quelque chose d’autre que ce qu’elle nous conte, et dans un sens, le récit de vengeance constitue une forme de narration artistique idéale (et les exemples dans la littérature classique sont très nombreux), très puissante, dans la mesure où elle convoque pléthore d’éléments dramaturgiques et narratifs propres à nous impliquer, à nous embarquer avant même de nous concerner (au sens idéologique) : crimes commis sur ceux que nous aimons, injustice, honneur, violence, damnation ou rédemption, … sont autant d’idées qui, brassés toutes ensembles dans une œuvre de fiction, touchent, brutalisent, passionnent, galvanisent et, au terme, certes, peuvent pousser à une  réflexion.

Death Sentence de James Wan

"Death Sentence" de James Wan (2007)

L’existence de Nicholas Hume, père de famille comblé et costard-cravate bien installé, est plutôt confortable. Un soir, alors qu’il fait le plein d’essence avec son fils aîné, Brendan, la boutique du pompiste est braquée par un gang et Brendan est assassiné sauvagement. Le coupable, Joe Darly, est arrêté, mais, faute de preuve, il est rapidement libéré. Pour Nick, il n’est pas question qu’il puisse s’en tirer ainsi. Rongé par la douleur et assoiffé de vengeance, il décide de prendre les choses en main et de punir lui-même l’assassin de son fils. Il abat Joe froidement dans une ruelle sombre, et tente de reprendre une vie normale auprès de sa femme et de son second fils. Nicholas croit que tout est fini, mais la violence engendre la violence : le grand frère de Joe, Billy, le chef du gang, est sur ses traces ; le mécanisme infernal de la vengeance s’est mis en marche, on ne peut dès lors plus l’arrêter, personne n’en sortira indemne.

James Wan est connu pour être un metteur en scène malin, revisitant les genres les plus codés et les retravaillant avec déférence, mais aussi et surtout avec inventivité, en collaboration avec son comparse Leigh Whannell, avec qui il écrit ses métrages depuis le début de sa carrière. Après qu’ils se soient attaqués à ce qui deviendra, radicalisé, le torture-porn, qu’ils mâtinèrent dans ses meilleurs instants de giallo, pour ne pas le citer Saw (qui eut d’ailleurs dû rester un effort unique, un high-concept en somme), puis aventurés dans l’hommage maladroit mais finalement assez réjouissant aux madeleines de la Hammer avec l’inégal Dead Silence, les deux compères reviennent avec Death Sentence, retour tonitruant et absolument jouissif au vigilante movie de la grande époque.

Déclaration d’amour à la fameuse saga des Justicier dans la Ville de Micheal Winner avec Charles Bronson dont l’ambiguïté très discutable, l’inconscience absolue de certains opus, la nullité abyssale mais touchante de certains volets (Le Justicier braque les dealers) et la fuck you attitude salvatrice de l’ensemble en font incontestablement un mythe tout autant qu’un immense plaisir coupable ; pur actionner aux séquences de violence dantesques, brutales et barbares en même temps que peinture désespérée d’un monde courant irrémédiablement à sa perte où l’homme s’aliène progressivement, victime d’une asphyxie sociale insupportable. Death Sentence est tout cela à la fois, fait très mal en même temps qu’il offre de purs moments de kiffs ultra-référentiels : Kevin Bacon retrouvant la gestuelle de Bronson, crâne rasé à la De Niro dans Taxi Driver, règlements de compte au fusil à pompe, ambiance glauque, photographie quasi-monochrome dans des paysages suburbains délabrés, … Tout est prétexte à ressusciter tout un pan du polar hardcore, à nous faire voyager entre seventies et eightees, à donner le maximum, et ce avec une générosité sans borne et une maîtrise du plan et de la séquence au cordeau (notons, et tu t’en rappelles forcément, la poursuite dans le garage et son plan-séquence génialissime et vertigineux).

Divertissant, Death Sentence l’est à coup sûr ! Mais il est aussi bien plus que cela, quand bien même il se refuse à un quelconque discours moralisateur, à prendre la pause auteuriste, à formaliser son regard posé sur le monde dans lequel se déroule son récit : le divertissement est total et, en filigrane, c’est de l’homme que Wan nous parle, de la société au cœur de laquelle il évolue, rongée par l’argent et la violence, une société courant inexorablement à sa perte, subissant presque déjà une apocalypse. En témoignent ces actes barbares perpétrés dans les rues bondées de passants qui n’y prêtent même plus attention, ces décors faits de bâtiments sans âmes qui vivent, aux couleurs tristes, en ruine : tout ne semble que saletés et décombres. Wan ne verbalise encore une fois jamais ces éléments, nous raconte avant tout sa tragique et passionnante histoire de vengeance et de sang, mais, sourdement, laisse planer un malaise…

Malaise qui résonne dans le personnage de Nicholas Hume, brillamment interprété par Kevin Bacon, qui ne fait que s’autodétruire pendant l’heure trente de métrage au terme de laquelle nous ne pouvons que constater que nous venons d’assister purement et simplement à une tétanisante marche funèbre ! A partir de là, je te le demande mon ami, car moi, je te l’avoue, je ne comprends pas, et cela à tendance à me mettre en rogne, comment certains ont pu y voir une quelconque apologie de la loi du Talion, des dérives ultra-sécuritaires, une démonstration fasciste… ? Bien au contraire, si l’on pose l’esprit ne serait-ce que quelques secondes, comme nous venons de le faire, sur Death Sentence, si nous tentons de prendre du recul sur le pur divertissement et le grand bonheur qu’il a pu nous conférer, il est indéniable que la démarche de Wan est totalement morale : la vengeance mène son personnage principal à sombrer, à se détruire.

Renversons alors la proposition, si la vengeance n’a d’autre conséquence que d’annihiler l’individu qui la pratique, alors la vengeance n’est pas moralement bonne, elle est donc immorale. Nul besoin d’être un éminent penseur pour déduire cela (oui, je l’admets mon ami, cet article est, pour sa part, quelque peu vengeur vis à vis de certains écrits et certaines paroles desquels j’ai pu prendre connaissance). Donc, encore une fois, ne confondons pas récit et discours, apprécions Death Sentence pour ce qu’il est et bien plus, un putain de bon film, un plaisir pur, un exercice de style brillant qui transcende presque la structure qu’il investit, fait un bien fou tout en nous brutalisant intelligemment. Je te le dis mon ami, tout cela, c’est déjà mortel !

"Harry Brown" de Daniel Barber (2009)

Harry Brown de Daniel Barber

Harry Brown est un ancien marine à la retraite. Veuf, il vit seul dans un quartier difficile de Londres. Chaque jour, il est le témoin de la violence quotidienne, des agressions en tout genre, des trafics qui s’opèrent aux yeux de tous mais dans l’indifférence générale. Il évite cependant soigneusement toute confrontation et invite son vieil ami Leonard, harcelé par un gang d’adolescents à la dérive, à en faire de même. Le jour où l’inspectrice Frampton lui annonce le meurtre de Leonard, Harry, dévasté, ne peut que constater l’impuissance de la police à faire respecter la loi, à protéger les citoyens. Un soir, en rentrant du pub, il se retrouve face à un junkie qui le menace d’un couteau. Malgré les effets de l’alcool, Harry retrouve d’anciens réflexes. Cet événement va agir sur lui comme une prise de conscience, il décide de mener sa propre enquête et de prendre les armes pour venger la mémoire de son ami.

Harry Brown, le premier film de Daniel Barber est une œuvre que j’affectionne tout particulièrement et s’avère encore plus intéressante qu’elle ne l’est déjà dans la mesure où on l’évoque en lien avec Death Sentence de James Wan. Si on se permet de mettre en parallèle les deux métrages, on remarque aisément le gros défaut de la seconde, Harry Brown, en même temps que sa plus grande qualité, sa spécificité la plus attachante et la plus courageuse : en effet, Daniel Barber est un metteur en scène extrêmement doué, cela se voit, dès l’introduction, façon found-footage, il met la barre très haute, envoie du très lourd ! Il en sera de même pour toutes les séquences de violence qui scanderont le métrage (rappelons simplement la séquence de l’achat de l’arme dans la cache du dealer, absolument géniale), elles seront constamment absolument parfaites, je dirai, si tu me permets de nouveau l’expression, mortelles ! Mais, et là est également le petit point noir du film, comme nous l’avons écrit plus haut, Daniel Barber est un metteur en scène extrêmement doué, et il lui arrive de temps à autre d’en jouer, de sortir de son histoire, de se laisser aller à se regarder filmer… En cela, Harry Brown est un film de genre qui, contrairement à Death Sentence, ne s’assume pas vraiment, cherche parfois une légitimité à son récit en prenant une pause auteuriste maladroite, prend un point de vue presque naturaliste, certes grâce à des plans et des cadres magnifiques, mais qui nuit à l’immersion dans l’histoire qui nous est contée, tend à se justifier. Et pourtant, il n’a nul besoin de cela, Harry Brown est un grand film comme cela, en tant que pur récit de justicier, et quel justicier !

Michael Caine est immense, compose une nouvelle icône de genre et ce de manière immédiate, avec son charisme hallucinant, ressort le parka noir de La Loi du Milieu, et prend la responsabilité du nettoyage express du quartier. Comme chez Wan, le climat est morbide et moribond, l’environnement urbain en décomposition, la société est gangrénée, mais, et là Harry Brown prend sa propre voie, la vengeance offre, à son personnage principal, une rédemption. Final autrement plus dérangeant et polémique, mais qui, intelligemment, demeure du domaine de la narration pure, ne s’engouffre jamais dans la brèche d’un discours ultra-sécuritaire. Daniel Barber laisse volontairement planer le doute sur la conclusion du film, sur une morale à tirer de tout cela, il ne fait que relever, rendre compte des conséquences du déroulé de son histoire, des actes de Harry, sur son climax. Il ne juge aucun de ses personnages et donc ne catégorise aucun de leurs agissements, ni comme mauvais, ni comme bons. L’ambiguïté et le refus de céder à un manichéisme facile constituent des choix couillus, très fortement mis en avant dans le but de susciter une réaction et une réflexion chez le spectateur, sans lui offrir sur un plateau d’argent une réponse claire et unique. La démarche de Barber est d’autant plus courageuse qu’elle se pose donc à la merci des critiques prêts à jaillir sur cette faiblesse qui, si on prend le temps d’y réfléchir, constitue finalement une force.

Certes, Harry Brown  ne se place pas dans une posture morale simple, ne sous-entend pas que la vengeance est mal, mais il ne dit pas non plus le contraire (il s’agit un peu de ce qui a pu être violemment reproché au pourtant excellent Citadel de Ciaran Foy dont le final maintient tout aussi volontairement une ambiguïté toute relative). Daniel Barber se fait presque l’avocat du diable en refusant de trancher, d’apporter un discours rassurant, tout fait, dans le but, et le résultat est là puisque nous en parlons ici, de susciter des réactions, des réflexions. Du même coup, quand bien même il se trouve souvent le cul entre deux chaises, Harry Brown se veut un divertissement sec et brutal, un polar hardcore s’inscrivant dans une longue et respectable tradition, un objet cinématographique badass, tout comme le Death Sentence de James Wan, comme on n’en fait de moins en moins. Il prend des risques autant sur le fond que sur la forme, se refuse à rentrer dans un moule consensuel, souhaite, avant tout, nous passionner pour l’histoire d’un personnage esseulé et brisé, qui trouvera dans la violence et le sang la rédemption, un parfait anti-héros somme toute, qui correspond, d’une certaine manière, parfaitement à la cruauté de notre société qui a finalement les héros de fiction, imaginaires, qu’elle mérite, héros qui, par leur violence systématique, l’abjection dont ils sont la main, remettent constamment en cause ces fondements de manière nécessaire en ne donnant, et ce à juste titre, aucune réponse. Alors non, Harry Brown n’est pas un film qui prône la vengeance, il est une œuvre de genre, amorale, très maîtrisée, parfois maladroite, mais toujours honnête, sincère et généreuse, qui engendre, après visionnage, un questionnement moral amenant à réfléchir sur les principes même de cette morale, ce qui est, tu en conviendras, ainsi que le déclame à raison la Compagnie Créole : « bon pour la morale ! ». C’est bien cela non ?

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.