Critique de All Is Lost

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Rating: 5.0/5 (2 votes cast)

 

All Is Lost

De J.C Chandor

Avec Robert Redford

Etats-Unis – 2013 – 1h45

Rating: ★★★★★

Après le magistral Margin Call, film choral sur le monde de la finance, J.C. Chandor change radicalement de bord pour son second long métrage. Un seul acteur embarqué, pas (ou presque) de dialogue et de l’eau à perte de vue. Tiré d’une histoire vraie, All Is Lost raconte les mésaventures d’un marin (Robert Redford) victime d’avaries à répétition lors d’une virée en solitaire.

Le film s’ouvre sur un flashforward, un monologue désespéré aux allures de testament. A peine mis à l’eau, tout semble déjà perdu. Le ton est donné, on peut larguer les amarres et commencer à dériver.  Avec ce monologue d’ouverture, et la seule vraie occasion d’entendre la voix de Redford, Chandor prend le soin pervers de ne nous distiller aucune information sur son personnage. C’est finalement l’une des grandes forces du film. Aucun jugement n’est donc possible, on embarque avec un total inconnu et on se surprend à entrer en totale empathie avec quelqu’un dont on ne sait absolument rien. Une empathie facilité par le cadrage, souvent serré, grâce auquel Chandor évite le cinéma carte postale, et se focalise sur le corps fatigué, décrépit, de son héros. C’est sans doute là le vrai thème du film, la vieillesse et le renoncement à la vie. Une vie que notre Robert Redford, bluffant du haut de ses 77 ans, ne semble absolument pas résolu à abandonner.

 All Is Lost est une plongée dans le corps affaibli de Bob le Magnifique, plaçant le spectateur comme acteur de chaque scène, raisonnant et  lutant avec le marin pour tenter de survivre. All Is Lost est donc un « survival movie » qui évite les pièges du genre. Chez Chandor, on ne parle pas avec un ballon de volley-ball.  D’ailleurs, on ne parle pas du tout. Seuls les vagues et les râles de notre compagnon d’infortune, rythment l’expédition. Radical certes, mais fichtrement immersif.

Difficile depuis quelques mois de ne pas comparer chaque survival au phénomène Gravity. Mais All Is Lost est un survival épidermique qui refuse de jouer la carte du spectaculaire ou du consensuel. Si les deux films peuvent se retrouver sur la radicalité de leur synopsis, ils semblent habités par des motivations totalement opposées.  Là où Cuaron cherche à scotcher le spectateur au fond de son siège, Chandor cherche lui, à le tirer vers l’écran, à l’embarquer. All Is Lost n’est pas une attraction foraine, mais plutôt une expérience sensorielle, filmée sous la forme d’une magnifique ode à la vie.

Zelig

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About Zelig

Curiosité de la nature et énigme pour la science, Zelig possède la faculté de se fondre au décor en toutes circonstances. Les scientifiques se sont résignés à interrompre tous tests, jugés trop dangereux, lorsque « l’ homme-caméléon » s’est transformé en étron après avoir été trop longtemps exposé à un film de Christophe Barratier. Ce furent les deux pires minutes de l’existence de cet Zelig, qui pour tenter d’oublier, fut contraint de trouver refuge dans l’alcool. Reconverti pilier de bar bénévole, vous pouvez croiser cet étrange énergumène, au détour d’une virée nocturne.