Critique de The Wicker Man [PIFFF 2013]

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The Wicker Man

De Robin Hardy

Avec Edward Woodward, Christopher Lee, Diane Cilento, Britt Ekland, Ingrid Pitt

Royaume-Uni – 1973 – 1h39

Rating: ★★★★★

Le sergent Neil Howie, fervent catholique promis à un pieu mariage, se rend sur une petite île écossaise, Summerisle, pour enquêter sur la disparation d’une enfant signalée par une lettre anonyme qui lui était personnellement adressée.

Film culte pour plus d’une génération, fleuron du Fantastique britannique, The Wicker Man en a bavé avant d’atteindre ce statut et la reconnaissance qui va de pair. Film maudit pour son réalisateur, qui a le plus grand mal à sortir de l’ombre de sa création, film maudit dans son exploitation (il ne sortit jamais au cinéma en dehors du Royaume Uni et ne fut visible en dvd en France qu’en 2007), The Wicker Man demeure, bien plus que les péloches de la Hammer, la référence première pour les réalisateurs de fantastique britannique actuels, que ce soit Edgar Wright (Hot Fuzz), Christopher Smith (Black Death) ou encore Ben Weathley (Kill List).

Scénarisé par Anthony Shaffer, auteur du Limier et du script de Frenzy d’Hitchcock, The Wicker Man témoigne à la fois d’un scénario de génie, combiné au savoir faire d’un artisan contentieux en la personne de Robin Hardy, et servi par les interprétations brillantes d’Ed Woodward et de Christopher Lee (dont c’est le film préféré de toute sa filmo), et les ravissants minois de Diane Cilento, de la mythique Ingrid Pitt ou de la jeune Britt Eckland, compagne de Peter Sellers et de Rob Stewart (qui tentera de faire disparaître le film, afin que ne soit plus admirée la danse nudiste de sa chérie). Mais au delà de ce casting de choix, ce qui peut expliquer un tel ancrage dans la culture britannique tient au sujet même du film: rapprocher les idéaux new-age, très en vogue à l’époque, des cultes païens celtiques, de cette identité ancestrale tombée en désuétude à l’arrivée du Christianisme. Le film se tisse donc autour de l’affrontement de deux civilisations, avec des systèmes et rituels religieux différents, deux conceptions de la Morale, de la Justice. Le sergent Howie image ainsi la foi catholique inébranlable, au point de pratiquer l’abstinence avant le mariage, représentant de la Justice et de l’Ordre moral, confronté à une communauté reposant sur des valeurs inverses à celles enseignées par la Chrétienté. Vénérant un panthéon de dieux figurant les éléments naturels, le Soleil, la déesse des Champs, le Dieu de la Mer, etc, cette communauté semble de prime abord pacifiste et sans problèmes dans sa structure sociale. Aucun crime, aucun meurtre n’y est commis et la sexualité y est débridée, décomplexée du carcan chrétien, revenant à la conception de phallisme (culte voué au pénis)  présente dans bon nombre de religions anciennes, y compris chez les romains, berceau de notre civilisation.

L’une des idées de génie du film est d’associer cette religion à des chansons folk paillardes, omniprésentes dans le films, vantant la fertilité de la terre et des Hommes, ôde à l’Amour charnel et à la fécondité. Ainsi, les racines celtes du Royaume-Uni se trouvent rapprochées de cette partie de la culture du pays les ayant le plus assimilées, à savoir la musique. Riche d’un tas d’instruments, part indispensable des rituels païens, cette musique devient dans le film, des hymnes religieux. Guidée par Lord Summerisle, homme distingué et lettré, cette communauté païenne figure un retour stricto-senso à la culture originelle, revendiquant une identité culturelle plus « pure », en accord avec les croyances premières en des Dieux Anciens qui font partie du folklore celtique.  Délestée des contraintes du sens moral catholique, cette micro-société repose sur un système basique mais constitue un havre de paix pour ces habitants, reposant sur un hédonisme naïf et des principes très libertaires. Jouant sur le contraste de l’absence d’ouverture d’esprit de l’étriqué sergent Howie et de la bonhommie apparente de la communauté, The Wicker Man n’est pas dans sa forme un film d’Horreur classique. Lumineux, bercé des airs folk fabuleux de Paul Giovanni (la BO entière est un chef d’œuvre), le film se présente d’abord comme un mystère, une enquête en immersion dans un milieu plus qu’accueillant et sympathique.  Le final seul prend une tournure horrifique, amplifiée par un revirement de situation glaçant, basculant ainsi dans une insoupçonnable horreur.

Présenté dans son final cut au PIFFF 2013, dont la version diffère peu de celle que l’on trouve  en DVD si ce n’est pour l’ajout de quelques scènes et le montage différent de certaines, The Wicker Man fait partie de ces films cultes dont on ne se lassera jamais. Film séminal ayant influé sur des générations de réalisateurs, The Wicker Man, à l’instar de Massacre à la tronçonneuse outre-Atlantique,  a façonné un pan du cinéma fantastique britannique, devenant un point d’ancrage pour  l’Horreur moderne.

 

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.