Critique de Re-Animator [PIFFF 2013]

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Re-Animator
De Stuart Gordon
Avec Jeffrey Combs, Bruce Abbott, Barbara Crampton, David Gale et Robert Sampson
Etats-Unis – 1985 – 1h26
Rating: ★★★★★

L’année 1985 est un millésime pour les films de zombies. George A. Romero parque les derniers survivants de la fin du monde dans un silo à missiles avec l’étouffant Le Jour des morts-vivants tandis que Dan O’Bannon lâche une horde de zombies toxiques dans l’hilarant Retour des morts-vivants. Mais ce sont pourtant deux outsiders qui vont décrocher le jackpot. En effet, avec l’outrancier Re-Animator, le réalisateur Stuart Gordon et le producteur Brian Yuzna vont transcender le cinéma gore, comme Sam Raimi et son Evil Dead avant eux, en repoussant les limites de la bienséance.

Librement inspiré de la nouvelle de H.P. Lovecraft, Herbert West, réanimateur, le film décrit les ravages causés par un étudiant en médecine et le sérum qu’il a inventé, permettant de ramener les cadavres à la vie. Malheureusement, les êtres ré-animés se révèlent être des zombies idiots et agressifs. Rival de son génial élève, le machiavélique Dr. Hill va tenter de tirer parti de la situation. Si la nouvelle initiale était déjà une parodie du Frankenstein de Mary Shelley, le film de Stuart Gordon ajoute d’énormes doses d’humour, d’érotisme et de gore à l’univers sérieux et suggestif de Lovecraft. Un second degré qui permet de faire passer les pires horreurs possibles.

Fauché au possible, Re-Animator réduit les décors (et les zombies) pour mieux abolir les frontières du bon goût. Fraîchement ré-animés, les zombies sèment la terreur, le plus souvent à poil tandis que la tête décapitée du Dr. Hill tente de pratiquer un cunnilingus sur une fille dénudée et terrifiée, horreur décuplée par la participation du père zombifié de la victime. Conservant le cynisme de Lovecraft, le « héros » de l’histoire, Herbert West, n’est pas en reste. Arrogant, borné, menteur et même meurtrier, il n’est guidé par aucun idéal si ce n’est celui de prouver la suprématie de sa découverte, quel qu’en soient les conséquences.

Du gore qui fait mal, du sexe sans tabou, des héros qui n’en sont pas… Gordon et Yuzna ignorent qu’ils ouvrent en grand les portes du cinéma splatterpunk, deux ans avant Hellraiser de Clive Barker. Car, tout en s’inscrivant dans l’atmosphère grandiloquente des productions de la Hammer, Re-Animator remet au goût du jour le nihilisme de H.P. Lovecraft, donnant corps à l’horreur moderne qu’il faut généralement imaginer, voire extrapoler, dans les textes de l’écrivain. Sur le même ton, Gordon poursuivra ses adaptations lovecraftiennes (From Beyond, Dagon) toujours épaulé par son ami Brian Yuzna qui cherchera quant à lui à prolonger le délire gore qu’ils ont eux-même inventé (La Fiancée de Re-Animator, l’ahurissant Society).

The Vug

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Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».