Critique de L’Etrange couleur des larmes de ton corps

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L’Etrange couleur des larmes de ton corps

De Bruno Forzani et Hélène Cattet

Avec Klaus Tange,  Manon Beuchot et Anna d’Annunzio

France/Belgique/Luxembourg – 2013 – 1h42

Rating: ★★★★★

Un homme revient de l’aéroport et rentre chez lui. L’appartement est désert et sa femme a disparu. La police ne faisant pas grand-chose, il décide de mener son enquête auprès des résidents de l’immeuble. Plus il avance, plus le mystère s’épaissit…

Révélé il y a quatre ans avec leur sensitif Amer, le duo franco-belge Hélène Cattet/Bruno Forzani était attendu comme les nouveaux messies du cinéma de genre avec leur approche néo-surréaliste du giallo. Logique donc qu’entre temps de grands noms du cinéma fantastique avant-gardiste  se soient rattachés à leur nouveau projet. On retrouve ainsi Koen Mortier (Ex-Drummer, Soudain le 22 mai) à la production tandis que Peter Strickland (Berberian Sound Studio), l’équivalent britannique du duo, est venu proposer… l’enregistrement d’un cri. L’excitation qui accompagnait L’Etrange couleur des larmes de ton corps de festival en festival était donc  justifiée. Oubliez Amer car Bruno Forzani et Hélène Cattet passent directement au niveau orgasmique sans lâcher une once de leur singularité.

Fonctionnant comme un album de rock psychédélique qui se jouerait indéfiniment (la BO référentielle n’a rien à envier à celles de Tarantino), L’Etrange couleur des larmes de ton corps propose un vrai scénario de giallo, avec sa rythmique meurtrière, sa sexualité latente, ses fausses pistes et ses retournements de situation (là où Amer se voulait un hommage évocateur au bis italien en trois tableaux dont un seul était véritablement consacré au thriller transalpin). Libre comme l’air, le scénario passe d’un personnage à l’autre, nous perdant dans un labyrinthe sensoriel dont plusieurs visions seront nécessaires pour réellement comprendre le fin mot de l’histoire.

Bien plus bavard qu’Amer, L’Etrange couleur des larmes de ton corps dépasse le simple cadre de l’hommage au cinéma horrifique italien pour s’imposer comme une vrai œuvre-méta post-hitchcockienne. Si l’influence de Dario Argento est toujours palpable (Inferno en tête), Cattet et Forzani ouvre leur monde cinématographique aux autres héritiers d’Alfred Hitchcock. On retrouve l’utilisation des split-screens chère à Brian De Palma, la terreur d’appartement instaurée par Roman Polanski et, surtout, les expérimentations de David Lynch (notamment ses courts-métrages), rappelant que le duo est bien plus surréaliste que fanatique obsessionnel du giallo. Fourmillant d’idées visuelles d’une cohérence sémiologique sans faille (il fallait oser le tueur de giallo sortant d’une boite à chapeau), L’Etrange couleur des larmes de ton corps reste une expérience cinématographique exigeante comme on en voit quasiment plus, à vivre impérativement sur grand écran, le son à fond les ballons. Beau, puissant et complètement jouissif.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».