Critique Les Sorcières de Zugarramurdi

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Las Brujas de Zugarramurdi

d’Alex de la Iglesia

Avec Hugo Silva,Carmen Maura, Carolina Bang, Macarena Gomez, Mario Casas, Carlos Areces, Terele Pávez

Espagne – 2013 – 2h

Rating: ★★★★★

Alex de la Iglesia est de loin un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, réalisateurs de genre ibérique actuel. En constante progression, son travail s’affine de film en film, s’éloignant de la culture bis de ses débuts sur la forme, mais conservant cet esprit libre et fun qui la caractérise.

Les Sorcières de Zugarramurdi, suivant la fuite improvisée par un duo de casseurs et le gamin de l’un d’eux, se retrouvant coincés à Zugarramurdi, village peuplé de sorcières en voulant rejoindre la frontière française,  égale la Trilogie Cornetto d’Edgar Wright. Lancé par une scène d’ouverture burlesque, le film ne perd jamais son aspect comique, enchaînant gags aussi fous qu’inventifs et dialogues tordants, jouant comme Wright sur le détournement des codes, tout en n’oubliant pas de disséminer le gore nécessaire à toute bonne comédie horrifique. De la Iglesia est parfaitement à l’aise dans l’exercice, l’utilisation du gore à des fins potaches étant une récurrence de ses films, même les moins comiques. Le scenario s’avère d’une richesse incroyable, le réalisateur n’ayant jamais peur d’assumer et de porter son délire jusqu’au bout, tout en le maîtrisant.

Bien qu’il puise dans le folklore de son pays, la chasse aux sorcières qui eut lieu dans la ville de Zugarramurdi en 1610, Iglesia ne manque pas dès le générique d’évoquer figures féminines célèbres et iconiques de toute époque  et de tout pays (la Vénus de Willendorf, Frida Kahlo, Greta Garbo en Mata-Hari, Merkel, Thatcher…) et ça n’a rien d’un hasard, les femmes étant le thème central de son film.  En prenant ce fait historique, le réalisateur nous rappelle que ces chasses aux sorcières visaient en général les femmes, que l’obscurantisme misogyne désignait comme principale cause de tous les maux.

Avant même de nous présenter ses sorcières, le cinéaste décrit aux détours de dialogues entre hommes la vision de la femme du point de vue de l’homme moderne, sans tomber dans le machisme, avec une justesse qui fera sourire plus d’une demoiselle. Les femmes les traquent, semblant capable d’entrer dans leur tête, elles régissent leur vie, les envoutent. De quoi aisément la rapprocher de la figure mythique de la sorcière, ensorceleuse détentrice de pouvoir, libre du joug des hommes.  En la confrontant à la femme moderne, telle que la vivent les hommes, le cinéaste, bien que prenant des chemins détournés, tisse au final une très belle ode à la femme, ses personnages masculins finissant par accepter ce qu’ils aiment le plus chez leurs femmes, ce qui fait leur féminité: leur caractère.

Fort d’un casting haut en couleurs, regroupant Carmen Maura, actrice fétiche d’Almodovar, le hit boy du moment Hugo Silva (The Body), Terele Pávez (Le Jour de la Bête, Mes chers voisins), Macarena Gomez (Dagon, Sexykiller), Javier Botet (Mama…dans Mama), Carlos Areces (héros de Balada Triste), et la sublime Carolina Bang (compagne et muse de de La Iglesia), ce nouveau cru ne dément pas le grain de folie légendaire de son réalisateur. Barré et totalement assumé, Les Sorcières de Zugarramurdi est à inscrire au panthéon (très privé) des comédies horrifiques réussies, maîtrisant aussi bien les codes de l’Horreur que ceux de la comédie, livrant un résultat détonant. Une pure merveille!

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.