La Trilogie Hostel

Dead and breakfast

 

La trilogie Hostel aura fait couler beaucoup de sang et d’encre, elle aura fortement divisé, elle aura aussi su nous faire explorer diverses contrées de l’excellence à la bouse innommable, et peut-être est-ce, d’une certaine manière, l’une de ses qualités : avoir fait débat, avoir relativement déchaîné les passions, nous avoir offert une large palette qualitative en nous permettant d’apprécier pleinement ses meilleurs instants au vu de ses pires. Au cours de ces quelques lignes, je m’attellerai, si tu veux bien, cher lecteur, à revenir sur les trois chapitres d’une saga qui est devenue, avec l’heptalogie Saw, le porte-étendard d’un sous-genre souvent conspué eu égard à son concept, il est vrai, pas toujours justifiable : je veux bien sûr parler du torture porn. En réalité, je m’attarderai bien plus sur les deux premiers volets, tu le comprendras, mon cher collègue Nico Darko ayant déjà consacré une critique tout à fait juste au sujet du troisième. Je me permettrai cependant, afin que cet article tienne ses promesses, à savoir de balayer l’ensemble de la saga Hostel, d’écrire tout de même quelques mots sur l’ultime travail rendu par Scott Spiegel. Mais, cela, nous y viendrons plus tard. Revenons aux origines, si tu me permets l’expression. Eli Roth est un jeune réalisateur roublard entré dans l’écurie Tarantino après qu’il eût mis en scène en 2002 le très surestimé Cabin Fever (dont la suite sera d’ailleurs confiée à Ti West en 2011, malheureusement pas beaucoup plus brillante même si un chouïa plus fun), narrant les péripéties d’une bande de jeunes décérébrés, obsédés par le cul et la beuh, confrontés, dans une cabane perdue au milieu de la forêt, à un virus dévoreur de chair particulièrement retord et à un groupe de rednecks psychopathes. C’est complètement con, ça fait parfois mouche, et notamment lorsque ça se permet quelques incursions absurdes et quelques fulgurances gores particulièrement dégueulasses, mais, au final, ça nous en touche une sans bouger l’autre ! D’autant plus que Roth, encore assez inexpérimenté à l’époque, offre une performance de mise en scène pour le moins approximative, pas tellement inspirée, voire carrément à la ramasse, nous laissant parfois plus l’impression que nous assistons à un film shooté par un groupe de potes lors d’une soirée beuverie dans la cave miteuse de mémé. En l’état, je te l’accorde, c’est rigolo, le cocktail touché rectal, mioche coiffé comme Patrick Juvet qui fait du kung-fu en hurlant  »Pancakes », séance de rasage de gambettes version hardcore, peut prendre si tant est que nous ayons le même degré d’alcoolisation que les protagonistes. Cependant, ce premier effort apparaît fort anecdotique, d’une connerie abyssale donc appréciable pour les quelques cancres du fond dont je fais partie, s’avère réalisé avec des moufles après une bonne grosse cuite à la Kro, et, contrairement à ce que beaucoup de critiques purent en dire à l’époque, ne révèle absolument pas un talent du cinéma d’horreur, bien au contraire.

 

Hostel

de Eli Roth

Avec Jay Hernández, Derek Richardson, Eythor Gudjonsson

Etats-Unis – 2005 – 1h30

Rating: ★★☆☆☆

Contre toute attente, c’est sous l’aile de Quentin Tarantino que Eli Roth revient en 2006 (soit deux ans après le Saw original, un an après Saw 2 et la même année que Saw 3, la machinerie torture porn hollywoodienne commençant tout juste à s’emballer) avec Hostel, présenté d’ailleurs cette même année au Festival de Gérardmer. L’oeuvre se trouve très vite précédée d’une petite réputation de projet gore subversif à ne surtout pas mettre entre toutes les mains. Examinons donc, mon très cher ami, de quoi il retourne.

Deux étudiants américains, Josh et Paxton, décident de se lancer à la conquête de l’Europe, un voyage duquel ils souhaitent retirer pléthore d’aventures et de sensations fortes. A Prague, on leur révèle l’existence d’un lieu paradisiaque pour qui veut s’adonner à un séjour de débauche. Ils vont vite découvrir qu’ils ont été piégés par une mystérieuse organisation, qu’ils sont devenus la marchandise d’un service proposé à de riches hommes d’affaires : on offre à ces derniers la possibilité, s’ils paient le prix fort, de torturer et de tuer un individu lambda, un touriste enlevé lors de son séjour dans un petit hôtel.

Autant le dire immédiatement, le premier opus de Roth est loin de rendre justice à sa réputation. Certes, la péloche n’est pas catastrophique, loin de là, elle s’avère même bien mieux maîtrisée visuellement que Cabin Fever, mais manque encore une fois cruellement de maturité. Le concept, pourtant intéressant, se limite à la stricte note d’intention, ne dépasse pas le stade de la blague bête et méchante de sales gosses qui, ne l’assumant pas vraiment, courent se réfugier dans leur chambre en attendant de se faire gentiment disputer par papa la morale. La violence n’est jamais dérangeante, ne pose à aucun moment les questions que pourtant devrait légitimement poser pareil sujet ; on reste dans le domaine de la potacherie gore sympathiquement dégueulasse qui amuse, c’est à n’en pas douter, cependant la péloche se refuse catégoriquement à se lancer ne serait-ce que dans le quart des considérations que nous pourrions attendre d’un vrai film d’horreur se réclamant pourtant subversif.

Roth joue la carte de la provocation facile, s’amuse à transgresser les interdits un à un, mais ne semble pas les comprendre vraiment. Il en résulte donc un métrage divertissant, mais complètement inoffensif, quelque part entre American Pie et un ersatz pas toujours réjouissant d’eru guro (n’est pas Takashi Miike qui veut ; à ce titre, le réalisateur du brillant Audition fait, à mi-parcours, un caméo plutôt amusant), qui eût gagné à être traité avec plus de sérieux et d’ironie macabre, moins de légèreté adulescente, à bras le corps, afin de sortir de sa condition d’oeuvre gore régressive, parfois franchement fun, mais souvent décevante eu égard à ses promesses. Notons tout de même qu’Eli Roth nous offre avec ce premier chapitre un film de bien meilleure facture sur tous les plans, bien moins beauf’ et cul que son précédent travail, un petit peu encore quand-même faut pas non plus déconner, c’est la crise m’sieur-dame, faut bien racoler pour remplir les salles ! Après du divertissement décérébré, je dirai, et tu es certainement d’accord avec moi, c’est toujours bon à prendre et, en la matière, Roth ne s’en sort pas trop mal, à l’image de ce dernier acte en mode évasion puis vengeance bourrine assez jubilatoire, comme la chute de cette grosse blague débile mais finalement assez drôle. Cependant, est-ce cohérent ? Le traitement est-il pertinent ? « Tout ça pour ça ?! », s’interroge-t-on lorsque défile le générique de fin.

 

Hostel : Chapitre 2

de Eli Roth

Avec Lauren German, Bijou Phillips, Heather Matarazzo, Jay Hernandez, Jordan Ladd, Roger Bart

Etats-Unis – 2007  – 1h34

Rating: ★★★★☆

Alors là, rien ne me laissait ne serait-ce qu’envisager une pareille séquelle ! Contre toute attente, Hostel : Chapitre 2, fait très mal ! Eli Roth signe avec ce second opus, de très loin, sa meilleure péloche, et, en prime, un excellent film d’horreur véritablement transgressif, et, bien conscient qu’il ne peut prendre le parti de se reposer sur ses minuscules lauriers d’offrir une nouvelle fois une potacherie gore sympathique mais complètement à côté de la plaque, se lance dans un projet autrement plus malsain et dépressif. Enfin, il décide d’assumer son projet, de le mener jusqu’au bout avec une radicalité tordue qui fait plaisir en même temps qu’elle fait souffrir.

L’idée géniale, qui semble-t-il aurait été soufflée par Tarantino à Roth, est la suivante : orchestrer un double récit. Soit d’une part une trame identique à celle du premier mettant cependant en scène un groupe de jeunes femmes donc bien plus sensibles et attachantes. D’autre part, nous sommes conviés à suivre l’itinéraire meurtrier de deux costard-cravate, de l’autre côté de la barrière si tu me permets l’expression, en route pour tuer afin de définitivement se prouver et prouver au monde entier qu’ils sont de redoutables loups. Deux narrations qui vont se répondre, s’entrecroiser avant de se renverser dans un final tétanisant d’ironie féroce, sans concession. Dès lors il apparaît que Roth maîtrise parfaitement son sujet, le met en scène enfin avec maturité, laissant progressivement s’effacer le gore grotesque pour le remplacer par une violence bien plus sèche, implacable, nihiliste. Glauque, morbide, elle devient l’excroissance symptomatique d’une humanité déliquescente, où les rapports humains sont annihilés, aliénés, régis par le fric. On était loin d’imaginer que le réalisateur de Cabin Fever était capable de nous peindre pareil tableau au moyen d’un véritable point de vue de mise en scène, d’une écriture soignée et jusqu’au-boutiste, se permettant même quelques parenthèses à la limite de la pose métaphysique.

Bien sûr, le gore burlesque n’a pas totalement disparu mais explose par petites touches subtiles qui finalement ne font que servir le propos désespéré du film, ne le désamorcent jamais, quand bien même nous sommes amenés à sourire, celui-ci s’avère crispé, le rire est nauséeux exception faite peut-être du caméo joussif de Ruggero Deodato. Les séquences de torture ne sont jamais drôles, incitent irrémédiablement à détourner le regard, déploient une imagerie macabre et perverse (héritée entre autre du fantastique italien des années 70-80) suintant la sexualité profondément déviante. Eli Roth préfère, et c’est ce qui lui fut à tort reproché, jouer sur une dialectique suggestion/monstration assez génialement menée, pas d’effusions de sang ni d’exposition de barbaque inconsidérées, la parcimonie est de mise, il fait preuve d’une retenue graphique qui en dit beaucoup plus long sur la souffrance et le devenir chaotique de l’homme que n’importe quelle amputation des doigts à la tronçonneuse par un vieux nazi filmée en gros-plan. Certes, ce second chapitre n’est pas dénué de défauts, un rythme parfois bancal, quelques scènes maladroitement amenées (la scène du train, la mise à mort de l’enfant), mais ces quelques erreurs de parcours ne viennent en rien ternir l’ensemble ; notons au passage que le fait que les protagonistes soient des héroïnes décuplent la force d’un pan du récit qui aurait pu s’avérer redondant mais, au contraire, se renouvelle et surtout témoigne d’un attachement à ses caractères féminins bien moins artificiel, touchant (leur mort laisse un goût amer), une véritable émotion se dégage ce qui est, tu me l’accorderas, assez rare dans le genre où nous sommes habitués à voir le bodycount explosé sans n’en avoir rien à foutre.

Hostel : Chapitre 2 est donc, tu l’auras compris, à mes yeux une réussite exemplaire, rare dans le petit monde du torture porn, un travail d’écriture par instants brillant (et notamment lorsqu’il s’attelle à présenter des quiproquos assez jubilatoires), qui décide de ne pas nous caresser dans le sens du poil, de ne pas flatter nos bas instincts mais de nous mettre en face de nos responsabilités, de notre voyeurisme abject, sans, à aucun moment, nous ménager. L’expérience est donc désagréable au plus haut point, et la blague finale, faisant écho au récit de vengeance gonzo de l’original, plombe sciemment l’ambiance comme jamais, sonne le glas de l’incommensurable folie dans laquelle s’empêtre l’humanité dont la bestialité, il est nécessaire de le rappeler, est constitutive.

 

Hostel : Chapitre 3

de Scott Spiegel

Avec Kip Pardue, Brian Hallisay, John Hensley, Sarah Habel, Chris Coy

Etats-Unis – 2007 – 1h28

Rating: ☆☆☆☆☆

Ici nous serons bien plus succincts, je te renvoie, mon ami, à l’article de Nico Darko. Pour ce dernier tour de bobine, c’est Scott Spiegel, pote du clan Raimi et de Tarantino depuis belle lurette, ayant commis entre autre le très fun Intruder en 1989 mais aussi le nullissime Une Nuit en Enfer 2 en 1999, et producteur des deux premiers opus, qui reprend le flambeau, et, force est de constater que… pour un putain de bon film d’horreur, il faut se taper pas mal de grosses bouses !

Hostel : Chapitre 3 raconte exactement la même histoire que le premier, délocalisée à Las Vegas en utilisant le prétexte ultra éculé de l’enterrement de vie de garçon, résultat : des blagues de cul niveau maternel et du sexe littéralement insipide. Le reste c’est du DTV bas de gamme, mis en scène comme un épisode de Joséphine, ange gardien, avec une malhonnêteté qui, à ce stade, force le respect. Non, vraiment rien à se mettre sous la dent : le fait d’asséner la torture en public, public votant et pariant pour le déroulement et l’issue de la séance de sévices, le procédé eût pu s’avérer très fortement intéressant, mais hélas, trois fois hélas, est expédié en dix secondes chrono, n’a strictement aucune influence sur le déroulé de l’horreur, horreur qui ici est quasiment aux abonnés absents et s’avère filmée avec une indigence extrêmement irritante.

On assiste impuissant à une démonstration de vide proprement scandaleuse, nulle tension ici bas, nul cinéma, même pas un brin de violence ou de gore à la limite pour se consoler : il n’y a définitivement rien à sauver ici, ce troisième chapitre inutile relève du pur foutage de gueule sur pellicule mis en chantier pour des raisons bassement mercantiles. En réalité, je n’ai pas grand chose à dire sinon que tout cela est navrant, honteux, inintéressant. Considère, mon cher lecteur, qu’Hostel n’est qu’un diptyque, que ce dernier opus n’existe pas, qu’il est une version tournée au mépris de tout par un réalisateur qui n’en avait visiblement rien à branler, un résidu de fond de pellicule infâme, même pas drôle, une purge indigne qui mérite toute notre indifférence. Une bien triste manière de faire suite à un excellent second chapitre ! Du gâchis ! A bon entendeur salut !

Naughty Bear

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.