Critique de Henry, portrait d’un serial killer

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Henry : Portrait of a Serial Killer

De John McNaughton

Avec Michael Rooker, Tracy Arnold et Tom Towles

Etats-Unis – 1986 – 1h23

Rating: ★★★★★

 

Tueur en série aux pulsions meurtrières très fréquentes, Henry partage un appartement miteux avec Otis, un dealer minable qu’il a connu en prison. Se retrouvant à la rue après avoir quitté son mari, Becky, la jeune sœur d’Otis, emménage à son tour, ne tardant pas à se prendre d’affection pour Henry. Veillant à protéger Becky des inclinaisons incestueuses de son frère, Henry finit par initier Otis à son passe-temps préféré. D’une viré aux putes à l’achat d’une télévision volée, les occasions de tuer ne manquent pas pour les deux hommes. Prenant tellement leur pied, ils commencent même à filmer tout ça.

Il existe en parallèle du genre slasher un autre genre qui n’a pas vraiment de nom. Annoncé par M le maudit et surtout Le Voyeur, ce genre cherche à explorer de l’intérieur le thème du tueur en série, égrenant les meurtres tout en plongeant directement le spectateur dans la psychologie complexe du tueur. Du slasher sensible qui culminerait dans les années 80 avec la sainte-trinité constituée par Maniac, Schizophrenia et enfin cet Henry, portrait d’un serial killer qui révolta Nanni Moretti dans son Journal intime (il préfère Flashdance, nous on respecte). Car, en refusant le gore grand-guignolesque de Maniac tout en rajoutant une bonne couche d’hyper-réalisme glauque à la Schizophrenia, ce premier film de John McNaughton (Mad Dog and Glory, Sexcrimes), naviguant entre cinéma d’auteur indépendant et cinéma d’exploitation, affiche un nihilisme froid (l’humain s’accommode à l’horreur quotidienne) tout en questionnant les rapports entre la violence et sa représentation graphique. Bref, du Haneke en avance et en plus bis.

 

Si Henry tue beaucoup, il n’en garde que peu de souvenirs. Se confiant à Becky sur le meurtre de sa mère, Henry s’emmêle les pinceaux dans l’arme qu’il a utilisée (couteau ? arme à feu ? batte de baseball ?). La mise en scène épouse ce déni de l’acte sur les meurtres que Henry commet seul. Nous n’entendrons que les bruits de l’acte (des coups, des tirs, des cris) tandis que la caméra s’attarde sur les cadavres abandonnés par le tueur, les filmant comme des statues. Les meurtres deviennent plus frontaux lorsque Henry partage son intimité meurtrière avec Otis, intimité forcément sexuelle (Henry ne peut désirer une femme sans la tuer) renforcée par l’acquisition d’un caméscope (outil de libération sexuelle des années 80) qui amène à la scène la plus glaçante du film : le massacre filmé d’une famille entière. Une scène dont Otis va se repasser les images en boucle, au ralenti, pour définitivement imprimer l’acte dans sa mémoire, cultivant une forme de perversion qui n’était au départ pas présente dans son esprit.

Si Le Voyeur mettait en évidence le rapport narcissique d’un tueur face à ses actes en appuyant l’importance de la pulsion scopique (le plaisir de regarder complémentaire voire supérieur au plaisir de faire), Henry, portrait d’un serial killer fait de cette pulsion scopique le vecteur de contagion idéal, poursuivant dans un certain sens les réflexions de David Cronenberg et son Vidéodrome. Au début des années 90, des Belges menés par Benoît Poelvoorde feront leur propre version de Henry, aussi choquante mais beaucoup moins sérieuse (C’est arrivé près de chez vous). Pourtant, presque trente ans après sa sortie, Henry, portrait d’un serial killer reste un joyau noir dans le cinéma de genre.

 

The Vug

 

 

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».