Critique: All Cheerleaders Die

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All Cheerleaders Die

De Lucky McKee et Chris Sivertson

Avec Caitlin Stasey, Sianoa Smit-McPhee, Brooke Butler, Amanda Grace Cooper, Reanin Johannink, Tom Williamson

Etats-Unis – 2013 – 1h30

Rating: ★★★★☆

Un groupe de pom-pom girls reviennent à la vie grâce à une camarade de classe sorcière, pour se venger des joueurs de foot américain de leur lycée, responsables de leur mort.

Lucky McKee (The Woman) et Chris Sivertson (The Lost), c’est une amitié de longue date. En 2001, les deux compères réalisent avec une caméra, leurs potes et leur familles et quelques biffetons un scénario écrit à quatre mains, All Cheerleaders Die. Le résultat tourné en vidéo (consultable en VO dans les limbes d’internet en farfouillant bien) s’apparente plus à un Z, le duo affutant leurs armes sur un projet bon enfant, jamais réellement destiné à diffusion. Un délire entre potes. La question d’un remake, douze ans plus tard, ne se pose donc pas vraiment, McKee et Sivertson ne faisant que ré-exploiter leur scenario mais avec des moyens. Et avec ce budget, les deux buddies choisissent délibérément de faire une véritable série B, hommage au fantastique des 90’s,avec les effets spéciaux qui vont avec.

On pourrait penser que All Cheerleaders Die est une comédie horrifique, mais ce serait mal connaître le cinéma des deux potos. Bien que le film offre des gags, on est bien loin de Detention. Moins gore que ce dernier, le film n’en reste pas moins pesant, les deux compères ayant pour habitude de faire basculer leurs histoires dans une violence sourde, brutale, nous plongeant irrémédiable dans l’horreur. Fidèles à leur thème de prédilection, la violence des hommes envers les femmes, le duo dresse dès l’ouverture de leur film un portrait à peine caricaturé des cheerleaders, ces gamines de 16 ans ultra sexualisées par ce système qui ne les sélectionne que pour leur sex-appeal et leur athlétisme, conditionnées pour être objet de fantasme. Elles s’autoproclament elles même « bitches », là où les mecs sont des « dogs ». Revenues d’entre les morts, les petites nanas s’affranchissent totalement de ce carcan social et du joug des hommes, devenant ainsi de véritables beautés venimeuses.

Comme souvent chez McKee, les hommes sont présentés comme lâches, misogynes, ne supportant pas le refus d’une femme, en devenant même fous et ultra violents, de vraies bêtes, ayant comme chef de meute un indicible connard. En partant de stéréotypes éculés par la culture pop, les deux cinéastes caractérisent leurs personnages par des actes forts et marquants, des choix moraux discutables, esquissant ainsi une psychologie des persos bien plus fine que de prime abord. La culpabilité ou son absence, l’indifférence devant la mort, la futilité des sentiments, bref l’adolescence dans toute sa splendeur.

Comme The Lords of Salem ou Les Sorcières de Zugarramurdi de Alex de la Iglesia, All Cheerleaders Die présente la sorcellerie comme un pouvoir très féminin, contrebalançant le machisme surpuissant des garçons qui les entourent, s’avérant une belle alternative à la force physique de ces derniers. Loin d’être un simple ressort scénaristique, la sorcellerie devient alors acteur essentiel dans cette lutte de pouvoir. En héritiers cinématographiques de Jack Ketchum, les réalisateurs n’en oublient pas néanmoins l’enseignement premier de l’univers du sombre écrivain: la violence est inhérente à la nature humaine, elle est réelle, presque palpable. Le fantastique passe au second plan, révélant une brutalité ordinaire, au service d’un constat réaliste sur une société pas si moderne que ça quand elle cède à des soubresauts aussi primitifs. On aurait aimé que le film dure plus longtemps, certaines idées ayant mérité d’être plus exploitées.

Lucky McKee est un des meilleurs réalisateurs d’Horreur actuels, l’ayant prouvé par deux fois avec les extraordinaires May et The Woman. Chris Sivertson est un excellent artisan, ayant acquis sa réputation avec le brillant The Lost et l’exploit Lindsay Lohan dans I Know Who Killed Me. Forcément, de leur collaboration, il ne peut ressortir que de très bonnes idées. All Cheerleaders Die en regorgent, certaines auraient même mérité d’être approfondies. Mais comme toujours, les deux copains aiment et savent parler des femmes, de la brutalité qui leur est imposée, faisant de leur film bien plus qu’une simple série B. Récemment Lucky McKee déclarait qu’il ferait peut être un film avec un homme pour héros. Espérons qu’il reviendra vite à son thème de prédilection, ils sont si peu à savoir  parler des femmes comme lui.

Lullaby Firefly

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.