Critique de Prisoners

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Prisoners

De Denis Villeneuve

Avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Terrence Howard

Etats-Unis – 2013 – 2h33

Rating: ★★★★★

Banlieue de Boston, un automne. Deux fillettes s’amusent à l’extérieur avant le repas de Thanksgiving. Mais après le repas, elles sont introuvables, le grand frère de l’une d’elles, se souvient alors avoir vu dans la rue un vieux camping-car à l’arrêt, les deux couples parents se lancent à la recherche du véhicule…

Ce long-métrage est d’abord une enquête. En effet, un flic célibataire et solitaire traque deux enfants kidnappés, du suspect idéal au suspect anodin, c’est un récit basique et classique sur la question des délinquants, prédateurs ou agresseurs sexuels. Il n’empêche que la mise en scène de Denis Villeneuve jouant sur les détails, des plans vides de personnes où apparaissent seulement des objets, souvent dans un mouvement de travelling ou zoom avant, se révèle très métaphorique. C’est le malaise humain, le malaise urbain, un phénomène de basculement  pour les petites gens sans importance menant une vie on ne peut plus normal dans des quartiers moyens. Et de plus, cela crée une ambiance froide et brute loin du tire-larmes « s’attaquer à des enfants est très mal et lâche » (prends-ça dans tes dents Spielberg et Eastwood) mais tellement réaliste à rendre cette enquête étrange. Car de ces plans cités au-dessus, à qui appartient ce point de vue ?  Est-ce celui de Dieu ?

Car l’être suprême est omniprésent dans le film. Dans l’espoir de retrouver les filles, dans la colère et la rage du suspect idéal relâché, dans le doute de la loi du talion. Seul l’inspecteur semble loin de cette considération, bien que plus rationnel, il est aussi ou tout autant pataud que les autres personnages, excepté Keller Dover, joué par Hugh Jackman. Dans cette prestation animée par la volonté de recherche de vérité (à double sens, celle de l’enquête et celle de Dieu) d’un père, le personnage ose l’impensable : la torture et la séquestration. Ce qui amène à un magnifique portrait de ce qu’est l’Amérique d’aujourd’hui : la fin justifie les moyens, avec ou non le recours de Dieu. Au même titre que sous les mandats de George W. Bush, la torture était permise pour soutirer toute information (Guantanamo), le film dans un récit microcosmique et psychodramatique, réfléchit dessus avec une extrême justesse sur ce fait et le terme extrême n’est pas de trop (la cage en carton dans la salle de bain…). On constate alors un reflet négatif de l’Amérique, parce qu’il est le pays occidental avec le plus haut taux de crime et pourtant sa devise est « In God we trust », cette Amérique qui nous fait peur, obscurantiste et fonctionnant très mal : le pays a aussi un grand taux d’affaires non élucidés dont un service particulier s’occupe, les « cold case ».

Plus fort que David Fincher avec son Zodiac, Denis Villeneuve participe avec NWR (vous savez qui c’est) au thriller d’auteur contemplatif et métaphysique. Et j’ai toujours eu cette impression qu’à la phrase de Jésus-Christ sur la croix « Pardonne-leur Seigneur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » un murmure dirait « Si mon fils, ils le savent… »

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…