Critique de 9 Mois Ferme

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9 Mois Ferme

D’Albert Dupontel

Avec Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel, Nicolas Marié

France – 1h22 – 2013

Rating: ★★★★☆

Avant de penser en termes de comédie au stade de l’écriture, Albert Dupontel cherche simplement à raconter une histoire. Sans se limiter à un genre en particulier, il innove. Comme pour ses autres films son postulat de base est d’ailleurs ici bien plus proche du drame que de la comédie. Bernie racontait l’histoire d’un type quittant l’orphelinat et se retrouvant seul en pleine ville à la recherche de son géniteur, Le créateur celui d’un écrivain dépressif en quête d’inspiration, Enfermé dehors celui d’un sans domicile fixe venant à trouver un uniforme de police et Le Vilain celui d’un gangster décidé à emmerder sa pauvre mère. 9 mois ferme conserve lui aussi cette optique dramatique en narrant l’histoire d’une femme qui apprend être enceinte suite à une relation avec un dangereux criminel. Si son cinéma est avant tout catalogué comme appartenant au registre de la comédie, 9 mois ferme démontre à quel point il sait manier le genre en y insufflant une palette de genres des plus variés.

Bien loin de vouloir se conformer à offrir une photocopie de la réalité, il la déforme, l’expérimente et en fait constamment un champ d’essai. Plus terre à terre néanmoins que son compère et idole Terry Gilliam dans les univers qu’il traite, il a pour sa part toujours conservé un questionnement social où reviennent constamment le thème des origines et des clivages qu’elles façonnent, thème fort présent dans ses œuvres. Ainsi, dans 9 mois ferme, une juge en passe de grimper un échelon dans sa carrière est confrontée à celui qui nous est présenté comme une raclure, un ennemi à la bonne marche du système. Encadrant cette confrontation, le monde de la justice est dépeint de manière sordide, un univers où les avocats et juges ne sont pas présentés sous les traits habituels de ces personnes droites sur elles, aux failles invisibles, mais plutôt comme des beaufs qui font justice à tout sauf à eux-mêmes. A ce titre, le personnage d’Ariane Felder, interprété par Sandrine Kiberlain, impose dès le départ cette vision préconçue pour peu à peu s’en émanciper au cours du récit. Le film n’a pourtant jamais comme but principal d’être un réquisitoire contre l’univers judiciaire, il s’en sert simplement et efficacement comme cadre où le ton employé se permet d’appuyer des pensées contestataires.

Le metteur en scène condense son récit en 1h20, un peu court hélas même si cela reflète certainement son choix d’offrir à nouveau un film brut et direct. Pas de fioritures, la machine est rapidement mise en marche et carbure à un rythme effréné. Versant un peu moins dans l’humour noir que dans certains des autres films du réalisateur, 9 mois ferme penche néanmoins davantage vers le gore grand guignolesque à travers une scène amenée à devenir culte, dans laquelle Bob Nolan (aussi classe à prononcer que Mickey Willis) tergiverse sur les différentes morts possible du vieil homme dont il est accusé du meurtre. Malgré ça, 9 mois ferme est peut-être le film de Dupontel le plus ancré dans un certain réalisme, l’ensemble des cartooneries qui lui sont chères ne prenant place que lors de ces extrapolations en dehors du récit principal, que ce soit dans cette scène ou dans les extraits télévisés. Si l’on excepte le passage chez le médecin légiste, le film adopte une démarche où la comédie est bien plus ancrée dans une réalité quotidienne. Alors que Bernie et Le créateur étaient des œuvres plus radicales et plus marginales, 9 mois ferme semble confirmer un style narratif et visuel qu’il s’est approprié depuis Enfermés dehors, tout en prenant un malin plaisir à virer un peu plus dans le trash.

Albert Dupontel nous ressert une nouvelle fois cette recette qui fait en grande partie son talent, à savoir un cinéma inspiré et empreint d’un style unique où les classes sociales se mélangent, où la comédie et la satire se complètent avec brio et où la douce folie de son auteur imprègne l’écran.

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).