Critique de We Are What We Are

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We Are What We Are

 

de Jim Mickle

avec Ambyr Childers, Odeya Rush, Kelly McGillis, Nick Damici, Bill Sage, Michael Parks

Etats-Unis – 2013 – 1h45

Rating: ★★★★☆

 

Déjà remarqué à l’Etrange Festival en 2011 avec son second long, Stake Land, Jim Mickle revient cette année avec We Are What We Are, variation sur le même thème de Ne nous jugez pas du mexicain Jorge Michel Grau, datant de 2010 et lui aussi en son époque présenté à l’Etrange Festival. Variation sur un même thème plutôt que remake, car Mickle ne choisit pas de refaire ou de transposer l’histoire de cannibale de Grau, mais de n’en reprendre que les grandes lignes (le point de départ de l’intrigue, mais pas plus).

Ainsi, le film de Mickle s’ouvre sur la mort de la mère, laissant derrière elle ses deux filles et son jeune fils, à la charge de son mari un peu barjo et atteint de Parkinson. Ils devront alors perpétuer un rite macabre que leur famille exécute depuis des générations.

Scénarisé de concert avec son acolyte Nick Damici  (qui interprète ici le shérif Meeks et avec lequel il avait déjà écrit Mulberry Street et Stake Land), We Are What We Are délaisse la dimension sociale de la copie originale pour s’attarder bien plus sur l’aspect religieux de son histoire. En effet, le cannibalisme de sa famille est une marque de ferveur religieuse, dûe à une superstition tenace perdurant depuis des générations.  Là où Grau préférait rester vague sur le pourquoi du comment de ce rituel, Mickle préfère tout de même donner une explication par le biais d’un flashback. A la manière d’un Red State (avec qui il partage l’acteur Michael Parks, gourou pour l’un et médecin enquêteur pour l’autre), We Are What We Are veut nous parler de fanatisme, de ce poison qui se répand de siècle en siècle dans l’intimité des familles américaines, au plus profond des campagnes. En un sens, cette famille, les Parker ne sont ni plus ni moins que des rednecks et c’est là la grande force du film et qui justifie en soi l’adaptation de Mickle. Plutôt que de les présenter, selon l’usage, comme des sadiques idiots, crasseux et dérangés mentalement, le film préfère nous plonger dans leur quotidien, leur souffrance et le poids que représente leurs obligations religieuses. « We Are What We Are » sonne telle une fatalité, qu’aucun membre de la famille ne semble vraiment prêt à remettre en cause, tant la ferveur du père paraît inébranlable.Car la foi justifie leurs actes et leurs âmes seront lavées de leurs pêchés, si, paradoxalement, ils continuent leur rituel sanglant. Belle métaphore en cette époque où les guerres d’idéologie ressemblent à des guerres de religions.

Servie par la superbe photo de Ryan Samul, son chef op’ habituel, la réalisation de Mickle n’est pas sans rappeler celle d’un Lucky McKee ou d’un Jeff Nichols. Sachant aussi bien filmer des scènes contemplatives que des scènes de suspense ou d’horreur pure, le réalisateur parvient à capter les émotions de ses personnages dans des silences.De la même manière, la scène du repas (grande absente de la version de Grau, quand on y pense), suscite le dégoût et la révulsion chez le spectateur sans gore, ni dialogue. Juste un habile jeu de montage et de mise en scène.  Le film s’avère moins gore et moins glauque, mais ne perd pas pour autant de son aspect horrifique qui parvient surtout dans le dernier acte.

Plus maitrisé que Stake Land, We Are What We Are prouve une nouvelle fois que Jim Mickle est un nom à suivre dans l’Horreur américaine actuelle. Là où la version Grau rappelait Morse, celle de Mickle s’inscrit dans une lignée de nouveau cinéma horrifique américain aspirant lui aussi à un cinéma de genre plus auteur. Dans cette optique, le réalisateur offre ainsi un film vraiment beau, assimilant rednecks et fanatisme religieux, sans chercher à enfoncer l’aspect monstrueux de ces personnages, mais en préférant au contraire leur conférer une humanité.

 Lullaby Firefly

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.