Critique de V/H/S 2 [L’Etrange Festival 2013]

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VHS 2

de Simon Barrett, Jason Eisener, Gareth Evans, Gregg Hale, Eduardo Sanchez, Timo Tjahtjanto et Adam Wingard

Avec Lawrence Michael Levine, Kelsy Abbott et Adam Wingard

Etats-Unis/Canada/Indonésie – 2013 – 1h36

Rating: ★★★★☆

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Les anthologies font partie de mes péchés mignons. Faire le tour en deux heures de plusieurs points de vue sur un concept commun, est un exercice toujours passionnant à contempler, quand bien même souvent le résultat est inégal. Je dirai même, et peut-être me suivras-tu cher lecteur sur ce point, que c’est au cœur même de cette inégalité que réside finalement la fraîcheur toute singulière de l’idée d’anthologie, format qui, selon certains, renferme en son sein l’avenir d’un cinéma d’horreur de plus en plus sclérosé…Pour ma part, je n’en serai jamais aussi certain et ne m’engagerai donc pas dans ce genre de débat pour l’heure… quoique, peut-être que, cher ami, nous y reviendrons dans quelques lignes l’espace d’une digression en temps voulu. Tout d’abord, rentrons dans le vif du sujet, puisqu’ici il nous incombe de discuter, non en priorité du bien fondé ou non de l’anthologie, mais d’une œuvre précise, collective, et séquelle pour le moins attendue par une horde de cinéphages adeptes de bis gorasses. Ne maintenons guère le suspense puisque de toute manière le titre de cette article l’a déjà annihilé de but en blanc : il sera dans ces lignes question de VHS 2. Pour ceux qui ne seraient pas au courant de la chose, je vous renvoie à l’article de mon cher collègue et néanmoins ami, The Vug, qui s’attela, il y a quelques temps, à une critique très juste du premier volet que j’avais pour ma part pu découvrir cette année à Gérardmer, tardivement, dans une salle obscure à l’architecture dirons-nous… approximative.

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La redécouverte en DVD, pour ne pas parler de découverte tellement la séance vosgienne ne m’avait pas permis de contempler plus d’un quart de l’image projetée, fut bénéfique, le spectateur adepte d’horreur graphique en tout genre ayant été comblé par la générosité et l’humilité du projet quand bien même certains des segments, deux pour être plus précis, frisaient l’indigence sur tous les plans (pour ne pas citer le pire, l’essai de Ti West, une déception à la hauteur du talent du monsieur, mais ici il n’est que remarquablement inutile). Revenons tout de même avant tout sur le concept, l’argument de l’effort groupé, l’exigence fondamentale ayant donné vie à la double anthologie, si tu me permets l’expression : le found-footage. Tu sais que ce n’est en général pas ma tasse de thé (étant donné la horde de purges indignes qui naissent régulièrement dans son juron), mais, qu’à cela ne tienne, la curiosité reste heureusement un de mes vilains défauts, et puis notons tout de même que je suis convaincu, exemple à l’appui, que le concept offre, ouvre de nombreuses possibilités passionnantes, si l’on prend le temps bien sûr de réfléchir à la chose. Après un premier volet donc plutôt majoritairement pertinent, mais je te laisse encore une fois le soin d’aller consulter l’article de The Vug à ce sujet, il me tardait de découvrir les nouvelles aventures des caméras amateurs qui grésillent. Et ma foi, je ne suis pas mécontent de ce que j’ai pu de nouveau rencontrer, car VHS 2, non content de nous présenter une version (pas toujours mais souvent) améliorée de son prédécesseur, s’avère bien plus maîtrisée en terme de mise en scène, joue sur nos attentes avec une malice inespérée, et nous réserve quelques purs instants de jouissance façon FPS, mixant donc intelligemment, ce que nous n’avions pu voir depuis le génial Rec de Balaguero et Plaza, la grammaire du cinéma et celle du jeu-vidéo.

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Concernant le scénario, on prend les mêmes et on recommence, et là est toujours le défaut majeur de l’objet. Soit deux individus s’infiltrant à la nuit tombée dans une maison déserte : des amoncellements des fameuses VHS parmi lesquelles se cachent l’objet de l’intrusion, des magnétoscopes dans tous les coins de pièce, des téléviseurs enneigés. Une seule solution, les visionner toutes jusqu’à tomber sur la bonne. Les images qui défilent, les histoires qu’elles racontent ont de quoi glacer d’effroi.

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Autant être clair immédiatement, ce n’est toujours pas pour son fil rouge que brille l’anthologie : encore une fois, il n’est présent que pour meubler le cut entre les segments par un minimum de narration et, même si une conclusion amusante vient le clore, il n’en demeure que purement artificiel. Alors certes, on peut lui reconnaître un chouïa plus de travail que sur son prédécesseur, mais pas de quoi se pignoler. En ce qui concerne les quatre bandes étranges que nous allons pouvoir aborder (deux de moins que dans VHS, ce qui n’est honnêtement pas plus mal, le rythme se trouvant bien plus ramassé), la diversité des situations, des narrations, des menaces, des environnements, confère une fraîcheur et une richesse toutes particulières au résultat générale. Tandis qu’Adam Wingard (You’re Next) se fait lui-même greffer une caméra expérimentale dans l’orbite suite à un accident et se met à voir des fantômes particulièrement retors, Gregg Hale et Eduardo Sanchez (le second quasiment invisible depuis son fondateur Blair Witch Project) proposent une promenade sur la tête d’un zombie de son vivant adepte de BMX, filmant ses exploits à l’aide d’une caméra vissée sur son casque. Ces deux premiers efforts, quoique inoffensifs, s’avèrent plutôt intéressants dans le cadre des deux sous-genres qu’ils abordent, incarnant, non sans un certain talent, deux petits ride fortement sympathiques, parfois très inventifs qui abusent certes des jumpscares artificiels, mais arrivent cependant parfois à susciter une réelle tension. Et puis mine de rien, ça envoie à la pelle des fulgurances gores bien senties, de manière totalement décomplexée : énucléation, trépanation, éviscération, amputation…

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Viennent Gareth Evans (The Raid) et son comparse Timo Tjahtjanto (Macabre), qui, en quinze minutes, vont nous asséner une claque monstrueuse, un thriller paranoïaque et apocalyptique, véritable œuvre expérimentale tentant de concilier le plus intelligemment du monde grammaire cinématographique et vidéo-ludique. En résulte une descente cauchemardesque à la première personne, ultra-anxiogène mais absolument jouissive, au cœur d’un bunker occupé par une secte satanique où, chose rare, le spectateur est définitivement impliqué au point de se sentir prêt à interagir avec ce qui se passe à l’écran. L’hybridation, même si imparfaite, fonctionne de manière inédite, la mise en scène viscérale de Gareth Evans et Timo Tjahtjanto faisant quasiment oublier l’idée même de caméra, de tournage : nous sommes dans les personnages, nous sommes les personnages plongés dans une situation terrifiante réellement inextricable. C’est avec le processus d’identification qu’ils s’amusent, et ce, de manière délicieusement sadique. Peut-être pourrions-nous reprocher la chute, certes drôle et bien amenée, mais brisant quelque peu l’horreur si savamment montée et menée en amont. Il n’en demeure pas moins que Safe Heaven est un effort radical et passionnant, certainement le meilleur morceau des deux anthologies confondues. Enfin, Jason Eisener nous comble avec son ultime segment, en dessous de ce qui précède mais tout de même foutrement réussi et flippant ! Une invasion extraterrestre tonitruante à dos de chien (!) qui confirme irrémédiablement le talent de l’auteur de l’excellent Treevenge et du complètement décérébré et hallucinant Hobo with a Shotgun, au passage de très loin le meilleur métrage post-Grindhouse. La mise en scène est inventive, les effets-spéciaux extrêmement convaincants et la tension est maintenue de bout en bout malgré, il faut l’admettre, un scénario trop sommaire pour ne pas dire littéralement absent. Mais finalement de ce dernier point noir, on s’en tape pas mal, Eisener nous offrant une sacrée fuite dans les bois parcourue de très belles visions d’horreur.

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Le temps est venu de conclure. VHS 2 est loin d’être parfait, cela va sans dire, mais l’anthologie est excellente, et contient dans ses rangs quelques beaux, très beaux moments de fantastique et d’horreur hautement expérimentaux, et rien que ça, cela fait très plaisir. Du reste, le divertissement est de haute qualité et renvoie aux chiottes les tripes à l’air la plupart de la production found-footagesque actuelle. A la fois décomplexé et pourtant mûrement réfléchi, le résultat fait honneur au format qui, nous en parlions plus tôt, selon certains, pourrait supplanter le cinéma d’horreur traditionnel actuellement en perte de vitesse, de repères.

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Prenons quelques lignes en guise d’ouverture pour répondre à cela : pour ma part, cher lecteur, je pense que l’anthologie apporte une certaine fraîcheur mais, comme nous le disions, le corollaire de cette fraîcheur est l’inégalité inhérente au projet collectif, donc au regroupement de talents aux méthodes et sensibilités différentes qualitativement j’entends, et, il me semble que rien ne vaut un métrage comportant une unicité du langage, du point de vue, de la narration : le cinéma n’est pas la télévision ou internet, il n’est pas un zapping constant, tout du moins il peut l’être à des occasions ponctuelles, les anthologies, et c’est en cela qu’elles offrent un moment original, un courant d’air frais au cœur des « récits uniques », si tu me permets l’expression. Elles sont avant tout de purs exercices de style, des jeux pour et entre initiés, des variations sur un thème, dont la capacité à narrer, à immerger dans un univers, reste malheureusement extrêmement limitée la faute à la durée tout aussi limitée des segments présentés : à peine nous y serions-nous enfin immergés que déjà nous passerions à toute autre chose. Un jour peut-être qu’une anthologie hors du commun pourrait surpasser les quelques pistes problématiques que je viens de t’esquisser, et peut-être même que celle-ci serait capable de se hisser à la hauteur d’un métrage à « la narration unique », elle serait une anthologie qui réussirait à créer de l’unicité au sein de la pluralité. Certes, VHS 2 pourrait se présenter d’une certaine manière comme un recueil de vidéos qui sont autant de témoignages différents d’une (supposée) seule et même apocalypse, mais tout cela demeure du domaine de l’interprétation, nul élément ne manifeste clairement pareille volonté, le résultat apparaît trop décousu pour abonder véritablement dans ce sens.

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.