Critique de The Rambler

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The Rambler

de Calvin Lee Reeder

avec Dermot Mulroney, Lindsay Pulsipher, Natasha Lyonne, James Cady

Etats-Unis – 2013 – 1h37

Rating: ★★★★★

Les films de David Lynch n’ont de cesse d’influencer toute une nouvelle génération de réalisateurs, le « film lynchien » pouvant devenir un genre en soi. Peter Strickland (Berberian Sound Studio) ou Quentin Dupieux, ces cinéastes restent marqués par l’empreinte du réalisateur. Présenté en compétition à l’Etrange Festival, comme Belenggu, thriller indonésien se revendiquant également de Lynch, The Rambler est le second long métrage de Calvin Lee Reeder, dont le premier The Oregonian, sorti en 2011, l’avait fait connaître des festivals et de leurs aficionados. Reprenant un court métrage que Reeder a réalisé en 2008 (et dans lequel il interprétait lui même le rôle éponyme), The Rambler suit l’errance d’un homme fraichement sorti et prison et foutu à la porte par sa femme, enceinte d’un autre, qui part sur les routes pour rejoindre le ranch de son frère en Orégon. Mais qui dit film lynchien, dit trip visuel et déstructuration du récit. A cet exercice, Reeder s’avère très bon élève et  son métrage, l’un des plus réussis du genre.

Déstructurant son récit comme un rêve, ou plutôt une multitude de rêves séparés par des cuts semblables à un passage de bande de VHS (à l’image de celle du vieux scientifique et de sa machine à enregistrer les rêves), Reeder nous fait traverser une succession d’images mentales, entremêlant souvenirs, fantasmes et cauchemars, parvenant à tenir l’architecture complexe qu’il met en place, et cela de la première à la dernière seconde.  En jouant sur les ruptures, quelles soient de rythmes ou de tons, Reeder segmente ainsi ces diverses images mentales et les personnifie en leur attribuant un traitement de mise en scène différents, sans que cela ne rende l’ensemble moins uniforme. Procédés qui ne sont pas sans rappeler ceux du grand David L.


(SPOILERS) Là où la clef de Berberian Sound Studio était Mulholland Drive, pour The Rambler, il faut chercher du côté de Lost Highway, et pas seulement d’un point de vue formel. The Rambler s’ouvre sur une scène au montage nerveux, rythmé par le bruit et le plan d’une machine d’usine utilisé par un taulard, entrecoupant par intervalle régulier une série de scènes de Dermot Mulroney (l’énigmatique Rambler) subissant la violence quotidienne de la prison sous diverses formes. Dans Lost Highway, Bill Pullman, coupable du meurtre de sa femme, s’imaginait en Balthazar Getty pour échapper à sa condamnation à mort. De la même manière, Mulroney est en taule, dans le coma et rêve d’une nouvelle vie. De là, le récit devient l’imbrication des différents types d’images mentales précitées. Tout d’abord, les fantasmes:  la fille, jouée par Lindsay Pulsipher (femme et actrice fétiche de Reeder) qui image la femme qu’il aimerait avoir et qui hante ses cauchemars, la vie tranquille avec son frère au ranch, probablement familial et qu’il a du fuir jeune, décision probablement à l’origine de sa déchéance. Puis les cauchemars, alimentés par les personnages horribles avec lesquels il vit en prison (le pédophile, le malade mental, le mafieux de la partie de poker, l’ambulancier sadique).  Et enfin, les souvenirs: les combats de boxe en prison, son enchainement à un lit, l’incendie.

Et la réalité dans tout ça?  La réalité, ce sont ces points lumineux dans le ciel, des points lumineux apparaissant ça et là en faisant un bip. Celui d’un cardiogramme d’hôpital. Le « Rambler » (traduire par le mec qui se balade) serait donc un taulard plongé dans le coma, suite à son agression en prison, où on l’a attaché à son lit avant d’y mettre le feu (la scène de la fille difforme, le feu, le monstre qui rampe, semblable à un grand brulé). Son nom, son crime, la raison de cet assassinat sont probablement disséminés dans des analogies et métaphores visuelles, mais une seule vision n’est pas suffisante pour comprendre un film aussi riche. (FIN DES SPOILERS)

Le film lynchien, reposant sur le principe de le fugue psychogénique, est en plein essor. Après le diptyque Wrong /Wrong Cops de Quentin Dupieux et le sublime Berberian Sound Studio de Peter Strickland, la « Lynch Academy » peut se targuer de compter en ses rangs un nouvel élève fort prometteur en la personne de Calvin Lee Reeder.  Aussi riche que complexe, The Rambler est un bijou, le genre de film qui vous poursuit des heures entières, jusqu’à ce que vous ayez replacer les pièces du puzzle. Une pure réussite!

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.