Critique de Runaway Train

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Runaway Train

D’Andrei Konchalovsky

Avec Jon Voight, Eric Roberts et Rebecca De Mornay

Etats-Unis – 1985 – 1h51

Rating: ★★★★★

C’est l’histoire d’un autre train, celui de Runaway Train. Ce train, qui file à vive allure au milieu de paysages enneigés, n’a pas de pilote et affole les agents d’aiguillage qui redoutent une catastrophe imminente. Dans ce train, il n’y a personne ou presque : deux évadés en pleine cavale, rejoints par une jolie mécanicienne qui leur explique la gravité de la situation. En effet, s’ils ne trouvent pas un moyen d’arrêter ce train, c’est la mort garantie. Ajoutons à cette situation rocambolesque un gardien-chef bien furieux qui poursuit ses fuyards en hélicoptère et l’on obtient l’un des films d’action les plus injustement oubliés des années 80.

A la base, il s’agit d’un scénario d’Akira Kurosawa qui essaie de réaliser le film aux États-Unis dans les années 60. On pourra faire de la prospective uchronique en essayant d’imaginer l’impact qu’aurait pu avoir Runaway Train sur l’histoire du cinéma si l’approche hollywoodienne de Kurosawa avait porté ses fruits puisque le film se fera sans lui, près de vingt ans plus tard, produit par la Cannon, la société de production toute couillue de Menahem Golan et Yoram Globus, spécialistes du grand écart artistique (de Chuck Norris à Jean-Luc Godard pour donner deux extrêmes). Le projet est convié au réalisateur soviétique Andrei Konchalovsky, une personnalité artistique elle aussi singulière puisque son œuvre s’étend d’Andrei Roublev de Tarkovski à Tango et Cash avec Stallone. Le scénario de Kurosawa est également remanié par trois scénaristes dont le romancier Edward Bunker (vous savez, M. Blue dans Reservoir Dogs de Tarantino) qui apporte son expérience du monde carcéral à une histoire qui s’amplifie en violence.

Si l’ambition de Kurosawa était de proposer une nouvelle vision du cinéma populaire américain, le Runaway Train de Konchalovsky peut alors être considéré comme un petit miracle cinématographique. En effet, si le film reste un actioner sans temps mort, il se nourrit généreusement des différents apports culturels qui le compose pour proposer quelque chose de foncièrement atypique. Les thématiques de Kurosawa (la nature majestueuse, la perfectibilité de la nature humaine, la rédemption par le sacrifice) et toute leur résonance shakespearienne viennent s’accorder à un film d’action bad ass mais aussi humaniste (John Voight y gagnera un Golden Globe) que Konchalovsky vient refroidir de son esthétique toute sibérienne. Il prouve à une époque où le film d’action s’uniformise sous le poids des Stallone et des Schwarzenegger qu’il est possible de concilier les impératifs d’un film à grand spectacle aux exigences d’un film d’auteur.

Avec Police Fédérale Los Angeles de William Friedkin sorti la même année, Runaway Train est donc un exemple rare d’actioner moderne d’avant la déferlante Die Hard, déblayant les pistes d’une nouvelle vision du film de genre. Des pistes qui ne seront en définitive guère suivies, si ce n’est que bien plus tard par une poignée de réalisateurs talentueux venus de Corée de Sud…

Runaway Train ressort au cinéma en copie restaurée le 4 septembre. Plus d’infos  sur le site de Carlotta

The Vug

 

 

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».