Critique de Rewind This! [L’Etrange Festival 2013]

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Rewind This!

de Josh Johnson

avec Atom Egoyan, Mamoru Oshii, Frank Henenlotter, Jason Eisener, Roy Frumkes, Shôko Nakahara, Cassandra Peterson, Lloyd Kaufman

Etats-Unis – 2013 – 1h34

Rating: ★★★★☆

Il y a vraiment des choses que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. C’est le cas de la VHS, avec laquelle ceux de plus de 25 ans ont grandi et dont ceux de plus de 30 ans peuvent témoigner de la révolution technologique qu’elle a engendré.  Rewind This! donne la parole à ces fans collectionneurs qui écument les brocantes pour compléter leur collection, à ces réalisateurs et producteurs qui ont pu conquérir les publics des vidéoclubs et à ceux qui ont pu développer leur cinéphilie grâce à elle.

Véritable phénomène de société, la VHS a permis non seulement aux films de connaître une vie en dehors des salles, mais également une démocratisation de l’accès aux films, par le biais des vidéoclubs et a marqué durablement les générations de cinéphiles qui ont connu ses 15 ans d’existence. Ainsi, le film s ‘ouvre sur un collectionneur de VHS chinant dans un marché aux puces à la recherche de vieilles cassettes VHS, ouvertement kitsch si possible. Dès le départ, Johnson nous amène à ce constat: les collectionneurs de VHS ne cherchent pas un film en particulier, mais un archétype de la VHS, de ces morceaux de nostalgie de vidéoclubs où l’on choisissait son film en fonction de la jaquette et qui recélait bien souvent un nanard ou un bis bien kitsch, sans grand rapport avec l’illustration du boitier. Les intervenants du film font partis de ces nostalgiques et dépeignent ainsi comment l’avancée technologique avait modifié leur consommation de films, voir même pour certains, ouvert des opportunités inouïes pour faire leur film, comme c’est le cas de Frank Henenlotter (Basket Case, Frankenhooker ou Elmer, le Remue-méninge), de Roy Frumkes (Street Trash) ou de Lloyd Kaufman (Troma). Le film s’axe alors sur les origines de la VHS et comment elle a gagné le marché sur son concurrent le Betamax, de meilleure qualité mais avec des cassettes plus courtes (à peine 1h à l’époque, là où la VHS parvint rapidement à atteindre les 4h).

Au delà de l’objet de collection, la VHS est donc également une démocratisation, à la fois sur un plan créatif que du point de vue du consommateur, notamment le consommateur de films X qui n’avait alors plus besoin de se choper la honte à l’entrée du ciné spécialisé de son quartier pour accéder au sésame rose. Comme le souligne un intervenant, le support d’un film ne marche que s’il est utilisé par l’industrie du porno (cf Canal + en France). Pour les autres, cela signifiait surtout pouvoir posséder le film, le voir quand l’envie lui en prend. Et puis la VHS, c’est aussi la liberté de faire ses films. N’importe qui pouvant faire un film avec sa caméra de salon et le monter avec deux magnétos. Pour appuyer son propos, Johnson va prendre deux exemples frappants, celui d’une bande de gamins qui ont refait intégralement Les Aventuriers de l’Arche perdue avec leurs dix petits doigts et la caméra familiale et de David The Rock Nelson, cinéaste autodidacte qui se définit comme le Ed Wood du 21eme siècle.

Objet culte apparu dans une période vraiment cool, il a eu un impact incroyable sur la culture pop et sur notre génération.  Rien que vous et moi, fans de cinéma de genre, en sommes la preuve, nos premiers émois cinéphiliques étant souvent liés aux jaquettes épouvantablement alléchantes qui fleurissaient sur les rayons horreur de notre vidéoclub (dans le mien, ils étaient à côté de la caisse, comme pour donner un goût d’interdit supplémentaire).  Pourtant, aussi culte soit-elle, la VHS demeure périssable, comme toute bande, et  son contenu voué à disparaître.  C’est donc un vrai paradoxe que met en avant le film, le paradoxe de cette nostalgie qui pousse à collectionner l’objet, à l’opposer à l’immatérialité froide du support numérique, alors que les bandes vont se détériorer et qu’à la base, c’est un support moins performant et moins précis que le Bétamax.  Le film se termine ainsi, sur cette question de disparition des supports pour aller vers un tout-numérique, que la plupart des intervenants voient d’un mauvais œil, « On n’achète pas un support numérique, on le loue », en conclut même l’un d’eux.

En retraçant l’histoire de la VHS, Rewind This décrit l’impact qu’elle a eu sur le cinéma, sa consommation et la créativité de ceux qui le font. Voilà qui expliquerait cette nostalgie du cinéma 80’s qui nous frappe depuis quelques temps. Peut-être ne regrettons pas tant la qualité des films de l’époque que l’époque en elle-même.

 Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.