Critique d’Obsession

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Obsession

de Brian De Palma

avec Cliff Robertson, Geneviève Bujold et John Lightgow

Etats-Unis – 1976 – 1h38

Rating: ★★★☆☆

 

 

Michael Courtland, riche homme d’affaire, veuf depuis que sa femme fut assassinée par ses ravisseurs qu’il avait essayé de rouler sur la rançon, rencontre lors d’un séjour en Italie Sandra, sosie de sa défunte épouse.

Disciple fasciné par Hitchcock, Brian De Palma demeure très influencé, et ce dès le début de sa carrière, par le maitre du suspense, livrant ainsi des sommets de films hitchcockiens, comme Sister ou Pulsion ou simplement des scènes magistrales, dans le respect des préceptes de Hitch (Blow Out, Body Double ou encore la scène d’ouverture de Snake Eyes). Dans cette filmographie fructueuse, Obsession est considéré comme un film mineur du cinéaste américain, coincé entre les sorties des deux films qui l’installèrent dans le Panthéon du Nouvel Hollywood,  Phantom of the Paradise, son fim le plus flamboyant et son premier succès commercial, et Carrie, film qui le fit connaître des fans de ciné de genre.  De quoi passer facilement à la trappe le classicisme d’Obsession,  déviant alors de la  trajectoire de young hit boy habituel.  Là est peut être le reproche communément fait au film, plus qu’inspiré par Vertigo, chef d’oeuvre ultime d’Hitchcock.

Ainsi, bon élève, De Palma se paie les services de Bernard Hermann, grand compositeur des célèbres scores de Hitchcock, instaurant la filiation, non seulement dans le scenario (l’amour perdu retrouvé sous les traits d’un sosie), mais également dans l’ambiance, la bande originale n’étant bien sûr pas sans rappeler les élans mélancoliques et oniriques de Vertigo. La mise en scène se veut dès lors très classique et classieuse, à l’image de celle d’Hitchcock. Et c’est là que le bas blesse quelque peu car en voulant trop être classieux, Obsession en devient presque trop pompeux, notamment en choisissant de miser davantage sur le drame que sur le thriller.

En voulant schématiser, si Vertigo se compose en 2/3 Madeleine, 1/3 Judy, soit 2/3 thriller, 1/3 drame, Obsession adopte le schéma inverse, s’ouvrant sur une première et très courte partie suspense (l’enlèvement de sa femme) pour aboutir sur 2/3 de drame, évoluant de la romance à la résolution. Déséquilibre malencontreux, cette seconde partie souffre de longueurs, tardant à entrer dans le vif de son sujet et manquant de punctums, la plupart survenant dans le dernier quart d’heure, tel un jubilé fantastique, à la hauteur du cauchemar de Sister.

Pourtant, au delà de ce classicisme, probablement dû à une trop grande volonté de se rapprocher de son mentor, Obsession recèle déjà de ce goût pour la perversion, le vice,  l’ambiguité. Mais ici, point de pathologie, ni de déviance mentale pour expliquer cette dérive. Ici, le vice n’est pas un choix délibéré mais une tournure malencontreuse et ironique des choses. De Palma en joue aisément, livrant alors un final complètement fou, empruntant au film romantique ses codes de mises en scène (la caméra tourne autour du couple qui s’enlace), tout en sous-entendant une résolution terrifiante.

Trop proche de son modèle pour parvenir à imposer la De Palma’s Touch, Obsession souffrait en son époque, le Nouvel Hollywood, d’un classicisme trop désuet et demeure moins marquant ou abouti que certains films du cinéaste, particulièrement ceux de ses prolifiques 70’s. Néanmoins, le film demeure formellement très beau, recélant de scènes ingénieuses dénotant de la virtuosité de leur créateur. Ressortant en copie restaurée inédite sous l’impulsion de Carlotta, la découverte d’Obsession sur grand écran ravira tout de même les fans du maitre du suspense et d’un de ses disciples les plus doués.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.