Critique de Miss Zombie

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Miss Zombie

 

de Sabu (Hiroyuki Tanaka)

avec Ayaka komatsu; Makoto Togashi, Toru Tezuka

Japon – 2013- 1h25

Rating: ★★★★☆

 

Présenté hors compétition dans l’édition 2013 de l’Étrange festival, Miss Zombie, dernier long métrage du cinéaste japonais Sabu (Hiroyuki Tanaka) s’avère contre toute attente être l’une des pépites de la sélection.

Teramoto reçoit dans un colis une jeune femme atteinte d’un virus qui l’a transformée en Zombie. De nature peu agressive il décide de la garder et lui confie des taches domestiques dans sa demeure familiale. Accueillie par sa femme et son fils comme un être humain à part entière, sa condition va déclencher dans l’entourage des réactions violentes.

Hiroyuki Tanaka, découvert en France avec son premier long métrage sorti en 1997 Postman Blues est peu connu en dehors des frontières du Japon, travaillant majoritairement pour le marché de la vidéo. Ce n’est que très récemment qu’il a fait parlé de lui avec la sélection de son précédent film Bunny drop adapté du manga de  Yumi Unita présenté au festival Kinotayo en début d’année.

Miss Zombie peut être vue avant tout comme une variation thématique de Théorème de Pasolini: un intrus s’incruste au sein de la cellule familiale bourgeoise et l’a fait imploser en révélant la nature cachée des individus qui la compose.

Cette intruse est ici une jeune femme atteinte d’un virus qui l’a rendu amorphe, incapable de communiquer, insensible à la douleur, et pourtant consciente de la violence, des mots, gestes et coups qu’elle reçoit. Loin d’avoir le comportement type de l’anthropophage agressif responsable de sa triste condition, elle conserve une silhouette de femme gracile et séduisante marquée de nombreuses cicatrices comme autant de stigmates du mal qu’elle a enduré.

Cet être innocent, sans conscience morale ou de libre arbitre va susciter de vives réactions dans son entourage: de l’empathie, de la curiosité, du désir assumé ou refoulé, de la jalousie, la haine et du mépris.

Sabu adopte un parti pris de mise en scène aussi audacieux que risqué: il raconte son histoire comme autant de scénettes répétitives qui marquent le quotidien de cette famille bourgeoise rythmée par la cadence lancinante de la démarche de la jeune femme zombie, et du son de son labeur domestique qui donne à cette ritournelle entêtante une sensation hypnotique.

Filmé avec un noir et blanc très contrasté, l’image du long métrage subjugue par la beauté de ses plans, la géométrie parfaite de ses cadres, l’architecture épurée de ses décors, et la beauté naturelle de ses paysages, le film a été tourné dans un village au pied du Mont Fuji.

Ce contraste est en parfait adéquation avec ce personnage hors norme coincé entre la vie et la mort, dont le destin va basculer au milieu du métrage quand un événement tragique va réanimer cette étincelle de vie qui demeure en elle, et dans un autre temps pousser un des personnages principaux dans une profonde dépression qui le rendra limite léthargique.

De cette écriture qui fonctionne en vases communicants, le réalisateur s’interroge sans présomption sur la nature humaine, le rôle de la femme au sein de la société japonaise, la maternité, la vie, la mort.

Miss Zombie n’est pas un film facile à aimer d’une part à cause de la lenteur de son rythme, de son apparente monotonie, de son minimalisme presque austère, et pourtant vit dans ce long métrage une histoire riche de personnages et de thématiques passionnantes. Ce film confirme le talent évident d’un cinéaste capable avec une telle économie de moyens de transcrire à l’écran un film d’une beauté formelle époustouflant, et un regard sur la société moderne aussi perspicace que brillant.

Mart1

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