Critique de Snowpiercer, Le Transperceneige

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Rating: 3.7/5 (7 votes cast)

 

Snowpiercer

de Bong Joon-ho

Avec Chris Evans, Song Kang-ho, Octavia Spencer, John Hurt, Jamie Bell, Ed Harris

Etats-Unis/Corée du Sud/ France – 2013 – 2h05

Rating: ★★★★★

 

Pour lutter contre le réchauffement climatique, un nouveau produit, le CW7, a été mis en place dans le monde entier. Mais les effets secondaires ont provoqué une nouvelle ère glaciaire. Depuis 17 ans, l’humanité vit à bord d’un train, qui fait le tour du globe, le Transperceneige…

2013 semble être une année science-fiction : du monde virtuel cyber punk anticipationiste du Congrès d’Ari Folman, au mecca (ou mecha) design spatial et organique d’Elysium, en passant par les robots géants de Pacific RimLe Transperceneige nous propose un contexte post-apocalyptique steampunk, en huis-clos en plus. De l’extérieur au froid mortel ou punitif (brisant la glace ou les membres), l’intérieur est soigneusement travaillé. Par conséquent chaque wagon a sa particularité et représente un domaine sociétale : une salle de classe, une serre pour fruits, légumes et plantes, un bar-restaurant, des boutiques, une boîte de nuit, une station balnéaire ou un cabinet médical…Et de cette ligne droite du véhicule, des obstacles viennent courber le chemin du héros et de ses adjuvants. Entre le ludisme distillé, avec les indices papier dans la nourriture et cette effet-impression de nouveau niveau de jeu à chaque nouvelle porte de wagon ouverte, se pose des thèmes sérieux et graves. Le plus évident est la lutte des classes. En effet, chaque wagon est aussi marque de classe ou d’échelon social. Par conséquent, le contraste entre l’allure de bidonville du dernier wagon avec les résidents (limite cannibales) vêtus de haillons et la volonté d’élégance des autres résidents qui continuent comme avant le cataclysme, notamment la porte-parole pince sans-rire jouée par merveilleusement par Tilda Swinton. Les autres acteurs – Chris Evans prenant de plus en plus d’épaisseur, Octavia Spencer, Jamie Bell, John Hurt et le grand Song Kang-Ho – ne sont pas en reste.

De cette lutte des classes, il est par la suite traité du fascisme, avec la séquence prenante de la milice cagoulée (voilà comment on met en scène un chaos socialo-urbain et une insurrection ou une désobéissance civique et civile, monsieur Nolan car là était le défaut de The Dark Knight Rises) et l’attitude despotique et dictatorial du « leader-président » invoquant le déterminisme et justifiant le travail prolétaire à la chaîne, même pour les enfants. De plus le fameux Wilford, créateur du train et roi avec carrosse ferré mais sans couronne, est avant tout un chef d’entreprise, à qui on a donné ou légué le pouvoir. Et des divers propos des opposants, vient l’idée la plus sophistiquée : la question de l’équilibre, un terme revenant souvent dans la bouche des bourreaux mais devenu incompréhensible pour les victimes. Et ce terme est aussi utilisé chez Nikolaï Kondratiev ou John Maynard Keynes dans leurs théories économiques. Car je ne vous apprends rien qu’ils ont stipulé tous les deux, que la crise est une partie intégrante du fonctionnement économique libérale (en même temps y a-t-il un autre type d’économie ?). En clair, « cet équilibre », dans le film de Bong Joon-ho, est un système injuste et avec une stabilité précaire, telle notre modèle démocratique républicain et libéral. Par conséquent, on peut regarder Transperceneige comme une déformation violente de ce modèle, tout en faisant écho à la crise actuelle.

Alors préfériez-vous un équilibre galvaudé qui semble marcher sur des rails ou une tentative d’insurrection qui peut malheureusement mener à l’anarchie totale ? Il semble que nous ayons tous déjà fait le choix, telle est la dure condition humaine, André Malraux et Ousmane Sembene, reposez en paix.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…