Critique de L’Autre monde [L’Etrange Festival 2013]

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The Other World

De Richard Stanley

Avec Scarlett Amaris et Richard Stanley

France – 2013 – 1h27

Rating: ★★★☆☆

Quelle carrière atypique que celle du réalisateur sud-africain Richard Stanley. Auteur de deux petits films fantastiques devenus cultes en vingt ans (le cyberpunk Hardware et le diabolique Souffle du démon),  viré du tournage de L’Île du Dr. Moreau (le navet avec Brando), il se consacre depuis à des documentaires ésotériques : la quête du Graal par les Nazis (The Secret Glory), les rites vaudous (The White Darkness)…

Ecrit avec sa copine New Age Scarlett Amaris, L’Autre monde s’intéresse à un petit coin du sud-ouest de la France au riche passé historique. Entre les communes de Rennes-le-Château (connue pour le mystérieux trésor de l’abbé Saunière), Montségur (haut-lieu cathare qui cacherait le Saint-Graal) et Bugarach (célèbre lieu ufologique et hypothétique refuge pour une fin du monde qui n’a pas eu lieu), il se passerait des trucs bien étranges. D’ailleurs, Richard Stanley et Scarlett Amaris y ont également vécu des choses peu banales (une rencontre avec la déesse Escarmonde, la vision d’une porte vers un autre monde). Bon, je ne saurai dire s’ils se foutent de notre gueule ou s’ils ont juste ingéré des hallucinogènes particulièrement puissants, mais le couple se met en scène, se confessant face à la caméra, habillant leur récit de témoignages d’autres personnes, illuminées (le baba-cool sorcier Uranie, un Anglais qui a trouvé la Vierge dans son jardin)  ou pas (les maires qui voudraient voir arriver des touristes « normaux » dans leurs communes).

Produit avec les moyens du bord par les joyeux drilles de Metaluna, L’Autre monde ressemble à un reportage de France 3 Midi-Pyrénées qui aurait été filmé par une bête de chef-op’ (l’incontournable Karim Hussain) et remonté par des fumeurs compulsifs de beuh (c’est qu’une image, hein, aucun jugement personnel sur la monteuse Pauline Pallier). Ça part dans tous les sens et ça tourne souvent autour du pot dans une logorrhée ésotérique fumeuse qui ne cherche pas vraiment à formuler une théorie New Age à partir des éléments apportées, le comble étant le témoignage anonyme d’un type se laissant aller dans l’emphase à grands coups de comparaison pour décrire la région (« Une toile d’araignée, un piège ») sans nous confier une expérience clairement concrète (« A vous de comprendre », scandé presque désespérément à plusieurs reprises) .

Car avec sa dramatisation permanente (les DVD de Fulci accrochés en guise d’avertissement à Richard Stanley – des ennemis comme ça, j’en veux tous les jours), culminant avec une séquence de found footage en caméra thermique assez flippante, Stanley cherche avant tout à capter un état d’esprit, celui des illuminés qui viennent du monde entier dans ce triangle formé par Montségur/Rennes-le-Château/Bugarach pour trouver de prétendues réponses menant vers un autre monde. D’ailleurs, pourquoi chercher un autre monde alors que l’on en a déjà un ? Une question que l’on peut appliquer en définitive à ceux qui attendent le Paradis, à ceux qui fuient la réalité en prenant de la drogue (comme Uranie, fracassé jusqu’à la dernière bobine), à ceux qui aiment perdre du temps à écouter des histoires loufoques (comme moi). Jouant le jeu de son propre concept, Richard Stanley entremêle le fantasme au réel et fait de L’Autre monde une fausse enquête ésotérique pour nous faire rencontrer de vrais êtres humains, marginaux ou pas, qui sont libres car rêveurs. Rêver, c’est déjà combattre la fatalité.  Alors, rêvons, les amis !

 

                The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».