Critique de It’s Such a Beautiful Day [L’Etrange Festival 2013]

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It’s Such a Beautiful Day

De Don Hertzfeldt

Avec Don Hertzfeldt

Etats-Unis – 2012 – 1h02

Rating: ★★★★★

Quel est le sens de la vie ? Quelle est la place de l’individu dans l’Univers ? Les souvenirs reflètent-ils vraiment une réalité passée ? Si le temps n’est qu’une illusion, comment appréhender la mort ? Voici quelques-unes des nombreuses questions philosophiques abordées par It’s Such a Beautiful Day à travers l’existence de Bill, un personnage solitaire souffrant de troubles mentaux héréditaires.

Premier long-métrage de Don Hertzfeldt, It’s Such a Beautiful Day est l’assemblage d’une trilogie de courts-métrage démarrée en 2006 qui a affolé Sundance. Pourtant son auteur, grand nom du court-métrage animé indépendant, n’en était pas à son coups d’essai puisqu’il fut déjà nommé pour une Palme d’Or en 1998 et un Oscar en 2000. Outre l’extraordinaire qualité de son travail, il y a la personnalité intransigeante de Don Hertzfeldt qui définit sa conception de l’Art, envoyant bouler toutes les récupérations marketing pour conserver une totale indépendance. Égalitaire, ce génie ascète qui n’a même pas 40 ans va jusqu’à proposer son film sur le site de Bitter Films pour une poignée de centimes (si vous comprenez parfaitement l’anglais parlé, laissez-vous tenter).

Aussi vertigineux et émouvant qu’un Tree of Life, It’s Such a Beautiful Day se refuse à tout agnosticisme pour privilégier un rapport purement humain avec les forces titanesques qui régissent l’Univers, ce grand feu d’artifice dont les lumières qui parviennent jusqu’à nous ne sont que les vestiges d’étoiles éteintes depuis très longtemps. Avec un trait minimaliste (un rond pour la tête, des traits pour les jambes et les bras…) Hertzfeldt sonde les profondeurs de l’âme humaine avec l’acuité d’un Art Spiegelman, décrivant la déchéance de la folie avec une profonde humanité (« Je suis si fière de toi », touchant message d’amour d’une mère à son fils écrit indéfiniment sur les pages d’un cahier). On peut rire autant que l’on peut pleurer devant le portrait poignant de ce personnage luttant contre la folie et confronté seul devant le grand mur de la mort (cette singularité de l’existence où il ne reste plus qu’à regarder derrière soi et regretter tout ce que l’on n’a pas pu faire) mais qui arrive à la même conclusion que Terrence Malick : l’émerveillement, celui d’être vivant et de percevoir la réalité pour n’en garder que le plus important.

Exigeant dans sa forme, Don Hertzfeldt mélange les textures (dessins animés, pixilation) et redécoupe le cadre en « accrochant » sur l’écran plusieurs vignettes comme autant de points de vue simultanés de la réalité appréhendée par Bill. Relevant parfois d’un cinéma purement expérimental, It’s Such a Beautiful Day reste pourtant d’une clarté exemplaire par le rythme soutenu de son récit, appuyé en voix-off par Hertzfeldt lui-même. Entre fiction et essai philosophique, il rejoint la perfection d’un Chris Marker dont on pourrait facilement voir un hommage à La Jetée (une autre introspection mentale et métaphysique) à travers le plan en prises de vue réelle de l’ex-petite amie de Bill, allongée sur un lit et levant son regard vers la caméra. Les plus grandes claques cinématographiques sont celles qui laissent des traces. Avec It’s Such a Beautiful Day, je crois bien que je vais avoir mal à la joue pendant un long moment.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».