Double critique The Collector / The Collection

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Rating: 4.0/5 (1 vote cast)

 
 

The Collector

de Marcus Dunstan

Avec Josh Stewart, Karley Scott Collins, Madeline Zima et Andrea Roth

Etats-Unis – 2009 – 1h30

Rating: ★★★★☆

 

 

La maison des otages…

 

Marcus Dunstan est un type sympa, qu’en penses-tu mon ami ? On lui pardonnera volontiers un passé peu, mais alors très peu glorieux, au profit d’une carrière actuelle plus réjouissante. Lauréat de la saison 3 du Greenlight Project avec son compère Patrick Melton pour le scénario du trop cynique pour être honnête Feast, déporté sur la franchise Saw après que James Wan et Leigh Wannell aient enfin fuit le navire déjà bien trop longtemps après le naufrage de la saga, le scénariste de l’improbable Saw IV, du tout pas gore Saw V, de la boucherie bien nommée Saw VI, et de l’hilarant Saw 3D a dans l’idée de proposer son projet de préquelle à la fameuse franchise torture-pornesque : The Midnight Man. Le scénario sera rejeté. Qu’à cela ne tienne, Dunstan veut mener à bien la chose et remanie tout son travail afin d’effacer toute trace de la mythologie créée par Wan et son compère Wannell : The Collector est né ! Autant te le dire de suite : bien sûr toutes ressemblances avec le soap opéra en sept épisodes du cinéma d’horreur ne sont absolument pas fortuites ! The Collector est roublard et racoleur, certes, mais, et là différence avec Saw, il roublarde et racole d’une manière fort étonnamment généreuse et jouissive !

Arkin croule sous les dettes et celles de sa femme. Pour remédier à cette situation catastrophique qui risque de lui faire perdre sa fille, il décide de cambrioler la maison de son patron… C’était sans compter la présence d’un tueur sadique, attifé façon fin de soirée SM, séquestrant la famille dans ses murs et s’étant permis quelques aménagements du meilleur goût dans l’immense baraque : il l’a piégé de la cave au grenier. S’engage alors un face à face hardcore à la mécanique certes imparfaite mais sacrément efficace.

 

 

On peut reprocher bon nombre de défauts à l’œuvre. Un scénario minimaliste : en même temps le jeu du cinéma de genre est de revisiter voire de transcender ce type de structure narrative ultra simple et galvaudée, codée, par une mise en scène pensée. Parlons justement de mise en scène : Dunstan n’est certainement pas un grand réalisateur mais on trouve ça et là pléthore de petites idées percutantes, de séquences de tension parfois parfaitement jubilatoires, de fulgurances gores relativement inventives. Dunstan joue la carte du slasher premier degré (ou presque) brut de décoffrage, mâtiné de home invasion assaisonné à la sauce torture-porn. Mais ne te fourvoie pas, ce dernier aspect est purement anecdotique, les sévices sont assénés avec parcimonie, ne sombrent jamais dans un systématisme stérile, et la part belle est faite à une narration bien huilée et montée intelligemment, en crescendo, jusqu’à un final cathartique et ma foi plutôt cruel, même si évidemment relativement attendu. Tout cela ne se prend pas la tête, revendique ouvertement et humblement son simple statut de pur trip bis régressif qui essaie de faire son taf’ le mieux possible pour plaire par tous les moyens à son public… of course, souvent cela marche à donf’, parfois cela se vautre lamentablement, mais le tout transpire une certaine sincérité touchante qui donne volontiers envie de pardonner les maladresses. Générique intéressant mais propre à tuer un épileptique, photo inégale qui frôle de temps à autre le médiocre la faute à une utilisation pas toujours heureuse de filtres dégueulasses, excès de ralentis embarrassants,… Qu’à cela ne tienne, le cocktail extrême violence jouissive car complètement gratuite, tension palpable, et suspens en huis-clos radical, fonctionne parfaitement, et, c’est important, le croque-mitaine, à la lisière du fantastique, bigrement taré et sadique, est foutrement charismatique. Le DTV est un succès, ce qui donne du grain à moudre à Dunstan qui enchaîne avec une suite plus ambitieuse, car bénéficiant d’un budget nettement supérieur, The Collection, qui lui donnera l’occasion de se laisser aller à des délires personnels autrement plus spectaculaires.

 
 
 
The Collection

de Marcus Dunstan

Avec Josh Stewart, Emma Fitzpatrick, Lee Tergesen et Christopher McDonald

Etats-Unis – 2012 – 1h22

Rating: ★★★☆☆

 

 

Le château de l’araignée…

 

Dunstan pour le second volet de ce qu’il envisage comme une trilogie (le scénario de Collected s’est vu achevé en avril dernier) s’en donne à cœur joie : l’ambiance est bien plus à la fête, aux délires gores second degré ultra-référentiels, au massacre à grande envergure ! L’idée est presque de donner une alternative caustique, quasi-carnavalesque à l’univers du premier opus en se permettant tout, et parfois n’importe quoi, avec toujours une générosité qui fait plaisir à voir ! La structure narrative choisie pour sa séquelle est celle d’Aliens, le retour, soit un commando, un survivant pour les mener au monstre, un affrontement dans son antre, une politique du plus : plus gore, plus spectaculaire, plus fun,… Les pièges se multiplient, le bodycount explose, le sang coule à flot… Le Collectionneur devient un tueur de masse qui, en guise d’amuse-bouche, débite une foule d’adolescents crétinoïdes avec un rabatteur de moissonneuse-batteuse dans une boîte de nuit (histoire dixit Marcus  »de faire table rase des clichés » dès l’introduction). Mais venons-en tout d’abord à ce dont il s’agit…

 

La fille d’un milliardaire est enlevée par le Collectionneur après que celui-ci ait mis à exécution l’un de ses pièges dans la susnommée boîte de nuit. Arkin, qui a réussit à échapper à son bourreau, est approché par un commando qui, sous la menace, le contraint à le mener là où il fut séquestré, à la collection, pour retrouver la fille de son employeur. Le maître des lieux ne va évidemment pas se laisser faire…

 

Alors là, autant te le dire très vite mon cher lecteur, tout cela est bien sûr complètement décérébré ! C’est gore, très gore, c’est délicieusement improbable et définitivement référentiel. On pourrait effectivement reprocher à Dunstan un laisser-aller tel qu’il nous mène irrémédiablement à chaque instant aux confins du port’nawak, mais, le résultat s’avère tellement jouissif que toutes tentatives de défragmentation vénère de l’objet apparaîtrait comme complètement vaine car témoignerait d’une mauvaise foi absolue de ma part, ce qui peut parfois m’arriver, je te l’accorde. The Collection est le genre d’œuvre qui défie, et ce non sans un certain génie, toute analyse critique. Ses pires travers sont ses plus grandes qualités, du cœur du moindre faux pas jaillissent de purs moments de plaisirs coupables totalement indispensables aux cancres et autres cinéphages gravement atteints que nous sommes. Que le scénario soit d’une nullité abyssale, pour le coup, on s’en balance ! Que les situations qu’il décrit sentent bon l’énorme joint de la veille coupé à la générosité, excuse-moi, mais pour ma part, je dis oui ! Certes, l’argent rend Dunstan beaucoup moins pertinent en terme de mise en scène : le lieu unique imposé pour le premier volet l’obligeait à jouer de manière intelligente avec ses cadres, son montage, pour le transcender, ce qu’il réussissait d’ailleurs parfois brillamment, là, trop libre peut-être, il semble se noyer dans les méandres des couloirs de son train fantôme, dans les délires qu’il abrite. Tout semble très fragile, et certaines idées, pourtant bonnes, tombent à plat, la faute à une mise en image bancale.

 

 

Dès lors le Bis frôle parfois le Z quand bien même nombre de séquences viennent brutalement faire remonter le métrage dans l’alphabet, car des fulgurances, malgré tout il y en a, et, force est de constater, qu’elles fonctionnent, et souvent même extrêmement bien ! La diversité des mises à mort toutes plus sanglantes les unes que les autres et des sévices bien dégueulasses ne peuvent que titiller notre penchant sadique en même temps qu’elle vient chatouiller allègrement nos zygomatiques. Of course, la tension n’est plus du tout au rendez-vous, la pantalonnade grand-guignolesque est de mise, le rythme se doit d’être toujours plus soutenu, sans temps mort (mais des morts tout le temps), les péripéties les plus absurdes s’enchainent dans la joie et la bonne humeur ! On reconnaîtra un étonnant effort d’univers de la part de Dunstan qui cherche coûte que coûte à sortir des sentiers battus du slasher en apportant une certaine démesure carnavalesque que n’aurait pas renié le Tobe Hooper de Massacre à la Tronçonneuse 2. Monumentale erreur, cette séquelle s’est vue octroyer une sortie en salle soldée par un four monumental, il n’y a guère qu’en DVD que ce genre de péloche gentiment déviante et débile trouve un public, public dont nous faisons bien sûr toi et moi partie ! Collected, l’ultime chapitre, peine à trouver un financement, espérons que nous aurons la chance de le découvrir dans quelque temps voir le jour, Dunstan n’a pas encore abattu toutes ses cartes, je suis sûr d’ailleurs, cher lecteur, que, comme moi, tu te languis de voir la direction sanglante évidemment que prendra une saga certes mineure mais foutrement réjouissante car généreuse et sincère, et c’est suffisamment rare pour qu’elle mérite amplement que nous la soutenions !

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.