Critique de La Malédiction de Chucky

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.0/5 (5 votes cast)

.

Curse of Chucky

de Don Mancini

Avec Danielle Bisutti, Jennifer Tilly, Brad Dourif, Fiona Dourif

Etats-Unis – 2013 – 1h37

Rating: ★★★★☆

 

Une fois n’est pas coutume, c’est à ce qui ressemble au revival d’une saga horrifique d’antan que nous avons affaire, ce qui, en ces temps de pénurie d’imagination chronique à Hollywood, ne nous surprend absolument plus. Mais, mon ami, pour qu’il y ait lieu de parler de revival, encore eût- il fallu que la saga dont il sera question dans ces lignes ait donnée signe de décès ou tout du moins d’un assoupissement prolongé proche de l’encéphalogramme plat. Dans le cas qui nous intéresse, dans la famille des sacrées belles raclures du cinéma de genre, je demande le gosse rouquin, ce sale petit enfoiré de Chucky, la poupée en salopette possédée par l’âme d’un tueur en série dépeçant dans la joie et l’allégresse moult familles, ce dernier n’étant jamais vraiment à proprement parler mort (c’est le propre du bad guy increvable me direz-vous) ; nous pourrions même signaler que ce fameux revival a déjà eu lieu lors du premier virage pris par la série, entamé dans le Bride of Chucky de Ronny Yu puis poursuivi et radicalisé dans le Seed of Chucky du même Don Mancini. Ce Curse of Chucky constitue dès lors ce qui pourrait s’apparenter à un back to the origins d’un point de vue strictement formel puisqu’il revendique malgré tout, tu le découvriras bien assez tôt, mais ne spoilons pas trop, son statut de séquelle.

.

Nica est une jeune femme n’ayant jamais pu jouir de l’usage de ses jambes : handicapée à la naissance, elle se déplace en fauteuil roulant depuis toujours. Elle vit avec sa mère dans un immense manoir. Un matin, on vient leur livrer un étrange paquet contenant une poupée répondant au nom de Chucky. La mère de Nica est assassinée… En attendant l’enterrement, sa famille la rejoint au manoir. La nuit suivante, le sang va abondamment couler…

.

Que dire donc de ce sixième opus ? Mon cher lecteur, je sens que tu es impatient de connaître le verdict quand bien même le nombre d’étoiles scintillantes a certainement déjà grandement défloré le mystère. Eh bien, somme toute, nous sommes de prime abord définitivement en présence d’un très bon et très beau retour aux sources, et surtout au fantastique pur et dur. Voyons là encore une preuve manifeste que la saga narrant les aventures sanglantes de notre poupée psychopathe préférée en a sous le capot, et réussit, ce qui n’est pas une mince affaire (d’ailleurs, c’est suffisamment rare pour être souligné), à se renouveler constamment grâce à une remise en question régulière et hautement salvatrice de ses propres fondements. Il ne convient certainement pas de crier au chef-d’oeuvre ou à un quelconque génie, loin de là, il ne faut pas non plus pousser mémé dans le piège à ours (même si ce serait très rigolo tu en conviendras), mais, et c’est déjà beaucoup, louons un conte horrifique rondement mené et parfaitement maîtrisé, mâtiné de slasher inventif et ultra-référentiel ; autant dire que Don Mancini (scénariste depuis les tous débuts de la franchise), comme il avait su le montrer dans le précédent opus qui lui permettait d’enfin se frotter à la mise en scène de son bébé couché sur le papier, s’avère particulièrement doué lorsqu’il s’agit de s’adonner à des plaisirs de cinéma tantôt érudits tantôt décomplexés, et souvent les deux en même temps. L’exercice frôle d’ailleurs parfois le maniérisme jouissif, convoquant tour à tour Dario Argento et Brian De Palma, au cours notamment de séquences d’angoisseplutôt réussies et de meurtres particulièrement graphiques de haute-voltige (ce qui n’est pas encore une fois sans rappeler les délires et expérimentations qu’il avait pu déjà mettre en oeuvre dans l’hilarant et surprenant Seed of Chucky). Le choix donc de délaisser la comédie horrifique parodique et la mise en abîme ludique (qui marquait la première rupture de la saga, très intelligemment amenée au moment opportun) pour revenir aux origines, sans pour autant perdre de vue les précédents épisodes et donc les nombreux acquis de la mythologie, confère encore un nouveau souffle à la saga, anticipant de manière assez perspicace une lassitude qui aurait pu porter préjudice à l’avenir des aventures du sale bambin.

Mais, non content de cette proposition de base déjà courageuse (Bride of Chucky et Seed of Chucky ayant été justement largement adoubés par les fans parce qu’ils prenaient tous deux le parti de s’extirper de l’horreur premier degré pour choisir la voie de la pantalonnade trash et gore), Mancini se permet même quelques aménagements du meilleur goût : une ambiance aux petits oignons, à l’ancienne, proche du gothique anglais (la Hammer n’est pas si loin, elle rôde dans les parages sous les traits de cette vieille cage d’ascenseurs au mécanisme rouillé trônant au cœur d’un manoir à l’architecture quasi-victorienne), se permet de jouer subtilement le jeu de la suggestion pour mieux pouvoir, l’instant d’après, nous envoyer en pleine gueule quelques bons hectolitres d’hémoglobine. Les fulgurances gores sont à ce titre dosées avec parcimonie mais explosent brutalement, l’ultra-violence ne tardant pas à être désamorcée, Curse of Chucky restant fidèle à l’art du Grand-Guignol, à la gaudriole propre aux agissements meurtriers de Chucky se clôturant toujours, et ce pour notre plus grand plaisir, sur des geysers écarlates arrosant la caméra et sur des punchlines jubilatoires parce que totalement débiles, déclamés avec une conviction sans faille par le génial et inconditionnel au poste Brad Dourif.

.

De Jeu d’enfant sorti en 1988, écrit par Don Mancini et réalisé par Tom Holland, à cette Malédiction (ou Injure) de Chucky réalisé en 2013 par Don Mancini, il faut donc reconnaître une véritable constance de la saga ou tout du moins le respect d’un minimum toujours honorable, pas souvent génial mais jamais médiocre, elle demeure de la belle ouvrage. Je dirai même que 25 ans après, tout cela a progressé, s’est bonifié, a trouvé son ton et ses variations, trouve son temps, son époque et s’amuse à en prendre le contrepied. Ce dernier opus, qui ouvre bien sûr des possibilités plutôt réjouissantes pour de futurs essais, même si il est imparfait, tient office quasiment de meilleure copie rendue au public, et finalement peut-être découvrir, après avoir exploré deux extrémités chacune à leur manière toutes aussi intéressantes, son équilibre. Je finirai cet article en citant Chucky, une idée ma foi fort pertinente, à méditer et à diffuser au cœur de débats intellectuels passionnés, ou tout simplement en société, afin d’y briller au moins autant que lorsque tu déclamas solennellement en guise de conclusion à l’oraison funèbre de ta chère grand-mère décédée d’un cancer du colon cette magistrale pensée lapidaire incarnée par Robert Englund dans le superbement con 2001 Maniacs :  »Un jour j’ai voulu faire confiance à un pet, je me suis retrouvé recouvert de merde ! ». Mais ne nous perdons pas en digressions scatologiques et revenons-en à Chucky qui soutient la thèse suivante :  »Dieu n’existe pas ; la vie est à chier et nous mourrons en saignant comme un porc ».

.

Sur ce, mon ami, je te laisse réfléchir là-dessus… ou pas…

Naughty Bear

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

Ca peut également vous intéresser:

Critique de Hunger Games - L'embrasement
L'espoir est toujours présent...
Critique: We Are Four Lions
4 pingouins
Chips-movie: Something Weird" style=" background: transparent url(http://www.celluloidz.com/./wp-content/uploads/2015/11/Something-weird-150x115.jpg) no-repeat scroll 0% 0%; width: 150px; height: 150px; ">
Chips-movie: Something Weird
..un truc barré

About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.