Critique de Confession of Murder

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Nae-ga sal-in-beom-i-da

De Jeong Byeong-gil 

Avec Choi Won-yeong Gwang Jang Jeong Jae-yeong

Corée du Sud – 2012 – 2h

Rating: ★★★★★

 

Une nuit de pluie dans une ville sud-coréenne, un détective de police poursuit un criminel masqué, auteur d’une dizaine de meurtres de femmes, avec qui il s’est battu pour l’appréhender. Malheureusement l’arrestation échoue et laisse une cicatrice au policier. Quinze ans ont passé, durée de prescription dans le pays, le policier est devenu désœuvré et alcoolique et perd un ami dont la mère a été victime du tueur. Mais étrangement, deux ans plus tard l’auteur dit des crimes publie un livre sur cette période…

Après Memories of Murder, la trilogie de la vengeance, The Chaser et J’ai rencontré le diable, on peut affirmer qu’il y a un style du thriller sud-coréen. Souvent sur une base d’un récit sophistiqué avec un ambigu tueur en série de femmes, un antihéros (ancien flic ou paria), le thriller sud-coréen propose les thèmes de la vengeance, de la justice, du poids du passé et de la violence qui sont des éléments indispensables, au vu des différents films cités. L’ambiguïté du « méchant » est cette fois-ci dans l’apparence du tueur : un beau gosse, élégant et soigneux qui contraste avec les crimes qu’il aurait commis. Du statut de criminel, il gagne le statut d’écrivain de best-seller, pourtant en un claquement de doigt il crée facilement l’instabilité, le déséquilibre. Et Jim Morrison qui disait qu’ « il faut être maintenant un tueur en série ou un politicien pour être une rock star », le film le montre bien. Et nous sommes par conséquent dans une critique des médias et de la célébrité. Entre le patron de chaîne despotique prêt à tout pour de l’audience et les groupies au mégaphone, le long-métrage porte un regard aigre-doux sur la société sud-coréenne « occidentalisée », le fameux concept du « quart d’heure de célébrité ».

 

 

Et du récit complexe, c’est surtout la place des familles des victimes qui est travaillé. Prêts à appliquer leur vengeance, ces agents en herbe montent à plusieurs reprises des opérations pour abattre le tueur. Cela nous rappelle les situations acides et cocasses du chef d’œuvre de Kim Jee-woon (le contexte de la forêt, les armes blanches) ainsi que l’humour noir. D’ailleurs une séquence de cours-poursuite en véhicule fait écho à la course-poursuite à pied du début du film, où différents types d’image et de caméra sont utilisés : la haute définition, la steadycam, la grue panoramique, la pellicule à grain, ralentis… Et la complexité du récit ne s’arrête pas là. En effet on vit au temps présent une enquête qui n’a été résolue il y a quinze ans, avec une nouvelle enquête : la confirmation que celui se présentant comme l’auteur des crimes est bien l’auteur des crimes. C’est alors un jeu des apparences, des faux-semblants, où le flic devient le miroir du meurtrier, que ce soit l’attitude ou le look, transcendé par le prisme de la télévision. D’aileurs que peut-elle révéler ? La vérité. C’est la vérité, par le biais de la vitesse de la libération selon Paul Virillo : avoir le même sentiment au même moment par la synchronisation des émotions dû au trop grand flux d’information continue de la technologie (télévision, internet, téléphonie…).

On espère une sortie prochaine en salles mais cela s’annonce mal engagée, les distributeurs et exploitants français sont devenus frileux par rapport à un certain cinéma asiatique, Confession of Murder n’en est pas moins du grand cinéma, à la fois osé et brute, profond et interrogatif (sommes-nous dans l’ère de l’humanité humanoïde ?). Que le cinéma de genre sud-coréen perdure !

Hamburger Pimp

 

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…