Critique de Blue Ruin

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Rating: 3.0/5 (1 vote cast)

Blue Ruin

 

de Jeremy Saulnier

Avec Macon Blair, Devin Ratray, Amy Hargreaves et Kevin Kolack

Etats-Unis – 2013 – 1h32

Rating: ★★★☆☆

 

 

Deuxième long métrage de Jeremy Saulnier, Blue Ruin s’était déjà fait remarquer à la Quinzaine des réalisateurs cette année, avant de débuter une tournée des festivals, Deauville la semaine dernière et l’Étrange Festival cette semaine.

Blue Ruin suit Dwight, vagabond voyant son quotidien ébranlé lorsqu’il apprend que le meurtrier de ses parents va être relâché.

Quelque part entre Shotgun Stories et le film de genre type vigilante / film de vengeance, le film de Saulnier épouse le type de narration du premier et les codes habituels du second. Prenant un parti pris de mise en scène très auteurisante, alternant plans fixes et caméra à l’épaule, le film s’ouvre sur une superbe scène de vagabondage, d’une virtuosité et d’un réalisme poétique qui n’est pas sans rappeler Into The Wild de Sean Penn, avant de basculer dans l’engrenage d’une violence froide, à l’image du détachement dont fait preuve Dwight devant la besogne qui lui incombe. Dwight, interprété avec une grande justesse par Macon Blair, déjà présent au générique de Murder Party, le premier long de Saulnier.

 

 

 Reprenant des codes de genres tels que le thriller, le home invasion ou le vigilante, tout en conservant une réalisation très Sundance, Saulnier semble dresser volontairement une distanciation entre son héros et son audience, cherchant à rendre le plus anonyme possible son personnage, laissant ainsi au spectateur le soin de faire son propre jugement, de rester témoin distant de la scène ou de se mettre à la place de Dwight. Revers de la manœuvre, le personnage de Dwight est au final, comme la plupart des personnages du film, survolé et peu approfondi. La frontière entre l’anonymat et la transparence est mince et il faut un twist assez fort ou un message suffisamment profond pour contrebalancer ce manque. Malheureusement, le film ne parvient pas à faire la balance, les idées brillantes (l’album de famille, par exemple) n’étant alors pas autant exploitées qu’elles l’auraient dû et le twist s’avérant trop tardif, dont le terrain n’as pas au final été assez déblayé pour  lui conférer l’ampleur d’un vrai revirement de situation. Pourtant, Saulnier tient là de belles idées, comme celle de détourner sa scène la plus gore en scène comique, basculant le ton de son film du drame au tragi-comique, faisant de son héros un loser pathétique et faisant ainsi surgir des sursauts de comédie, alors que le ton varie du thriller/ horreur au drame le reste du film. Ou ce portrait de ces WASP fous d’armes à feu que Saulnier laisse en filigrane, alors qu’il aurait mérité d’être le noeud de son intrigue.

 

Très beau sur la forme, Blue Ruin garde cependant les défauts récurrents de ce genre de film, s’appuyant notamment sur un scenario qui aurait gagné à prendre le temps d’étoffer son personnage principal,  donnant plus d’impact encore à la résolution finale.  Même si on lui préfèrera Shotgun Stories de Jeff Nichols pour le côté vendetta, Blue Ruin témoigne tout de même du talent indéniable de Saulnier pour la réalisation,  poser une ambiance et maitriser le détournement de code.  Un nom à suivre.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.