Critique de The World’s End – Le Dernier pub avant la fin du monde

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The World’s End

d’Edgar Wright

Avec Simon Pegg, Nick Frost, Martin Freeman, Paddy Considine, Eddie Marsan, Rosamund Pike et Michael Smiley

Grande-Bretagne – 2013 – 1h49

Rating: ★★★★★

 

Voilà presque 10 ans déjà que sortait Shaun of the Dead, véritable bombe dans le paysage du cinéma horrifique. A l’origine de ce chamboulement, un sacré duo, Edgar Wright et Simon Pegg, co-auteurs du scénario,  réalisateur pour l’un et acteur principal pour l’autre, renforcé par un troisième larron en la personne de l’acteur Nick Frost. Non contents de leurs succès, les trois compères réitérèrent l’aventure en 2007 avec Hot Fuzz, buddy-movie/thriller/actionner. Bien que cela ne soit prévu à la base, nos joyeux lurons choisirent de faire un dernier volet pour constituer la trilogie Cornetto, appelée ainsi car un personnage mange un cornet de glace différent dans chaque film.

2013 sonne donc le retour en fanfare de nos trois fanboys britanniques préférés avec The World’s End (dont la traduction en VF est horriblement longue et ennuyeuse), où l’on suit Gary King, looser approchant de la quarantaine immature et un poil  junkie/ alcoolo sur les bords, persuade ses quatre potes de lycée de quitter le temps d’une soirée  leur vie bien tranquille et leur job valorisant pour retourner dans leur bourgade natale faire la tournée des pubs qu’ils n’étaient parvenus à finir il y a 20 ans.

Ce que Shaun of the Dead est aux films de zombies et ce que Hot Fuzz est aux buddy movies, The World’s End l’est aux films de science fiction des années 50, citant entre autre Le Jour où la Terre s’arrêta, Le Village des Damnés ou L’Invasion des profanateurs de sépultures, films emblématiques du genre et de l’époque. Mais loin de se contenter la redite, Wright se plait à y entremêler scènes de fight à la hong-kongaise et délires de comédie pure, tout en approfondissant toujours les thématiques développées tout au long de sa Blood and Ice Cream Trilogy et narrant brillament son histoire. La grande force du film, comme de chaque segment de la trilogie, réside dans la capacité de Wright et Pegg à faire vivre leurs personnages, même secondaires, sans jamais en faire des clichés. Ainsi, ce qui fonctionnait pour les duos des deux précédents films fonctione à merveille quand il est appliqué à une bande de cinq potes.


L’anticonformisme chez Edgar Wright n’est jamais un choix délibéré du héros, mais le résultat de son refus de  se plier aux normes que la société lui impose et le carcan dans lequel elle l’enferme. Shaun, qui est socialement considéré comme un raté se refuse à se limiter à cette image et deviendra malgré tout un héros. Nicholas Angel d’Hot Fuzz est quand à lui un super flic, l’incarnation parfaite de l’Ordre et de la Loi, qui, face à une communauté bien plus extrêmes que lui concernant le respect de l’Ordre et de la Loi, se retrouve à devoir devenir un bad cop pour pouvoir les arrêter. [SPOILER ALERT] A l’inverse, Gary King, leader charismatique de sa bande de pote quand il était ado, devient  pathétique une fois adulte car il a refusé de grandir. C’est son obstination à ne pas changer, à ne pas se plier aux conventions que l’on veut lui imposer qui le poussera à choisir la fin du monde, plutôt que l’asservissement. [FIN SPOILER ALERT]

Reposant toujours sur l’amitié et ses problématiques, The World’s End se démarque toutefois des précédents, peut-être parce qu’il traite de sujets plus sérieux (l’alcoolisme, la drogue), peut-être parce que ses personnages sont plus réalistes. Il n’en reste pas moins une comédie hilarante, doublée d’un film de SF catastrophe à la mode 50’s dont les scènes d’action demeurent épiques.

Une nouvelle fois, la mécanique fonctionne très bien et en résulte une bobine riche, maîtrisée, référencée sans être dans la copie, reposant sur un scenario  inventif et solide. Le casting tout entier est un régal, Pegg livrant probablement sa meilleure prestation de la trilogie. Les caméos sont toujours aussi plaisants, Wright étant aller chercher Michael Smiley, acteur fétiche de son compatriote Ben Wheatley, ou encore Pierce Brosnan, succédant ainsi à Timothy Dalton, présent dans Hot Fuzz.


En quatre films seulement, Edgar Wright s’est imposé comme l’un des meilleurs réalisateurs de sa génération, faisant preuve de la rigueur et du perfectionnisme d’un Spielberg, comme de la cinéphilie et de la fun attitude d’un Tarantino. Cette trilogie est d’ores et déjà culte et le restera un bon moment. Espérons seulement que cela ne sonne pas la fin de la collaboration géniale de ces trois gus. Et vivement Ant-Man.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.