Critique de Magic Magic

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

.

Magic Magic

De Sebastián Silva

Avec Juno Temple, Michael Cera, Emily Browning, Catalina Sandino Moreno et Agustín Silva

Chili/Etats-Unis – 2013 – 1h37

Rating: ★★★★★

Alicia est une jeune Américaine d’une timidité maladive qui part au Chili avec sa cousine Sarah pour un séjour avec les amis de cette dernière. Confrontée à des gens qu’elle ne connaît pas, Alicia panique quand Sarah est obligée de quitter le groupe pour des obligations médicales. Un vrai calvaire commence pour elle, d’autant plus accentué par la drague maladroite de Brink, un puceau bien lourd. Littéralement oppressée par la situation, Alicia sombre dans la paranoïa.

Petit miracle de cinéma indépendant porté par Juno Temple (Killer Joe, The Dark Knight Rises), Emily Browning (Sucker Punch) et Michael Cera (Scott Pilgrim quoi!), également coproducteur, Magic Magic est un film qui aime tromper son monde. Commençant comme un thriller horrifique dans la mouvance réaliste moderne des May, Wolf Creek et autres Mandy Lane, Magic Magic conditionne d’emblée son spectateur à quelque chose d’horrible. Cette finalité atroce, on l’aura. Pourtant, le film aura déjà bifurqué vers d’autres directions que celui d’un cinéma de genre pré-formaté, tentant de joindre l’oppression ordinaire d’un Claude Miller (La Meilleure façon de marcher) aux délires paranoïaques d’un Roman Polanski (Répulsion, Le Locataire) pour nous amener vers les rivages insolites de Jacques Tourneur (Vaudou).

Avec sa fin aussi exotique qu’ouverte, Magic Magic est une énigme déconcertante dont les clés sont à chercher dans la faille sur laquelle s’est bâtie la personnalité tourmentée d’Alicia. Le film pourrait agacer si son réalisateur Sebastián Silva ne construisait savamment son édifice dès ses premiers plans : une discussion où les corps sont cadrés en dessous du visage comme pour adopter le point de vue d’une enfant mutique, des chevaux majestueux annonciateurs de multiples symboliques (le sexe, l’eau, le shamanisme, le viol). Cette rigueur cinématographique, Silva la maintient constamment par une mise en scène économe qui repose sur le jeu ultra-réaliste des acteurs (tous excellents), n’utilisant les effets de style que s’ils sont porteurs de sens pour son histoire. Chaque plan de coupe servira à renforcer l’isolement de son héroïne qui, dans sa détresse permanente, va s’identifier au petit chiot abandonné au bord de la route, à l’oiseau dégommé au fusil par Michael Cera, à l’agneau qui se fait dévorer par des loups…

Comme Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert, Magic Magic est un film difficilement classable, maniant les codes du cinéma de genre pour un film qui ne relève pas à proprement parler du genre. Sans atténuer la dimension anxiogène de la folie qui a atteint son héroïne, le film est avant tout un drame humain poignant, une descente désespérée vers la mort comme une relecture mélancolique des histoires de Lewis Carroll (Alice aux pays des merveilles forcément mais aussi De l’autre côté du miroir). Audacieux et brillant.

The Vug

 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».