Critique: Les Derniers Jours

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Les Derniers Jours


De Alex et David Pastor

Avec Quim Gutierrez, José Coronado, Marta Leticia Dolera

Espagne – 1h40 – 2013

 

Rating: ★★★☆☆

 

 

Alors qu’Infectés est sorti il y a déjà quatre ans, les frères Pastor ont décidé d’abandonner quelques temps les Etats-Unis pour revenir vers une production espagnole. Sur un pitch souvent accrédité à des productions pleines de thunes, les deux frères prennent le risque de s’en investir avec un maigre budget de 5 millions d’euros. Dans le cas présent cette restriction budgétaire est bien loin de causer du tort à un film dont l’une des approches est de s’éloigner du spectaculaire généralement mis en avant. Point de sensationnalisme donc, même pas lors d’une attaque de grizzly bien plus axée sur l’intéraction entre les deux personnages que sur l’animal féroce.

La touche d’originalité qui le différencie des causes d’épidémies ou de virus vues et revues est d’employer l’agoraphobie comme malaise général. Présentée sous ses plus gros traits, cette phobie n’est finalement employée que comme point de départ à l’intrigue (si les causes sont rapidements évoquées, la recherche d’un remède n’est jamais le thème) et surtout afin de symboliser l’enfermement. Le personnage principal nous est présenté comme un jeune homme dont le travail l’oblige à passer des journées les yeux rivés sur un écran, et dont l’investissement au niveau professionel cache une peur certaine de s’investir réellement dans sa vie privée, ici via la naissance d’un enfant. L’agoraphobie qui se répend exprime le désintérêt trop souvent apporté aux véritables enjeux d’une vie, où l’on préfère vivre reclus, enfermés dans notre propre monde plutôt que de s’ouvrir au monde extérieur.

Cette infection dépeint aussi un retour à un état primitif, à travers des épreuves telles que devoir employer le feu pour voir, récolter l’eau pour boire ou chasser pour manger. Les frères Pastor emploient le genre pour y faire résonner des pensées, à la manière de Romero sur Zombie. Cette comparaison n’est pas anodine puisque dans le film culte de Romero les survivants choisissaient un centre commercial, temple de la consommation, pour s’y réfugier. Dans Les Derniers jours un journal tv (présent dans les premières minutes du film de Romero lui aussi) indique aux habitants que malgré la propagation de l’épidémie il faut qu’ils continuent à travailler et consommer. Ainsi, lors de sa quête visant à retrouver sa femme, Marc sera conduit vers un centre commercial, qui au-delà d’être là aussi le siège d’un groupe de résistants, est le lieu où se tient la scène la plus violente du film, décrivant à nouveau un endroit où l’individualisme semble soudainement reprendre sa forme la plus agressive. Mais si ces symboliques sont intéressantes elles trahissent aussi l’un des points faibles du film, à savoir le manque de surprises de son scénario qui se révèle très linéaire malgré la bonne mise en place des flash-backs.

 

 

Au-delà de la catastrophe, de l’horreur ou de la violence, c’est bien l’émotion qui est le vecteur principal des Derniers Jours. Qu’il s’agisse de l’histoire de Enrique et de son père, de la récolte de pluie ou du final, tout y est fait pour que dans un monde cloisonné, en perdition, surnage et transparaisse toujours cette humanité. Pour prendre exemple, Les Derniers Jours réussi là où The Impossible de Juan Antonio Bayona échouait, c’est à dire en employant l’émotion pour faire progresser le film et la quête du héros, alors que The Impossible se contentait d’inonder l’écran de bons sentiments au point de se noyer lui-même. Le titre du film prend tous son sens dans ses dernières minutes, la conclusion se voulant en accord avec le ton résolumment optimiste qui grandit au fur et à mesure du récit, via la relation entre Marc et Enrique, la perspective pour le héros de retrouver sa femme ou la rencontre avec une famille dans ce qui fut auparavant son appartement. Dommage cependant que l’épilogue se fasse de manière trop abrupte, trop vite expédié là où quelques minutes supplémentaires auraient permises d’éviter ce sentiment de facilité. C’est tout autant dommage que le film verse trop souvent dans les passages obligés au point de perdre peu à peu l’originalité que lui accordait le choix de l’agoraphobie comme épidémie.

 

Les Derniers Jours ne révolutionne en rien un sous-genre usé jusqu’à la moelle, mais la sincerité et le travail de mise en scène des frères Pastor en font une oeuvre prenante. Bien que les deux réalisateurs réemploient peut-être trop facilement les poncifs habituels, ils prennent soin de donner une véritable identité à leur film à travers le propos abordé et l’économie de moyens qui place le métrage dans un cadre bien plus intimiste que ce qui nous est généralement proposé.

 

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).