Critique d’Elysium

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Elysium

De Neill Blomkamp

Avec Matt Damon, Jodie Foster et Sharlto Copley

Etats-Unis – 2013 – 1h49

Rating: ★★★★☆

2154. Les élites vivent dans l’opulence et l’immortalité sur Elysium, une gigantesque station orbitale. Sur Terre, en revanche, c’est plus galère. La misère tiers-mondiste s’est propagée sur toute la surface du globe et la population est contenue par des robots appliquant une loi des plus répressives. Exposé à des rayons mortels par négligence durant son travail, un ouvrier n’a plus d’autre alternative que d’aller sur Elysium pour trouver les soins qui lui sauveront la vie.

Avec District 9 en 2009, le jeune réalisateur sud-africain Neill Blomkamp faisait une entrée fracassante dans le cinéma de science-fiction en s’appropriant la rigueur technique de James Cameron, l’acidité dystopique de Paul Verhoeven et le délire Nouvelle Chair de David Cronenberg. Le résultat relevait d’une SF particulièrement burnée où Blomkamp puisait dans les souvenirs de son pays, celui de l’Apartheid et du District 6 en particulier, pour dénoncer les déportations unilatérales des populations noires au profit des Blancs qui dirigent le pays. Quatre ans plus tard, le réalisateur revient avec Elysium, un blockbuster de 100 millions de dollars qui lui permet de poursuivre ses réflexions sur la ghettoïsation des différentes strates de la population mondiale tout en posant maintenant la question de l’accès aux soins pour tous.

Au ghetto de réfugiés de District 9 succède donc le ghetto de riches d’Elysium. Dans un monde cosmopolite, globalisé et surpeuplé (je parle du notre), les véritables frontières entre les individus sont désormais déterminées par leur classe sociale. On vit entre riches ou on vit entre pauvres. Les premiers se replient sur eux-mêmes, les seconds sont ghettoïsés par abandon. Bref, on en a toujours pas fini avec l’Apartheid (une société prônant le développement séparé sur des critères purement ethniques) qui ne fait que s’installer progressivement à une échelle encore plus grande alors qu’on le pensait mort depuis 1991. Comme de coutume, Blomkamp excelle un nouvelle fois à décrire un futur en décrépitude, transposant les bantoustans d’Afrique du Sud au cœur même d’un Los Angeles en ruine. Avec des méchants riches en haut et des gentils pauvres en bas, on pourrait trouver le dispositif aussi simpliste et manichéen que Titanic, comme si le tiers Cameron avait dévoré le tiers Verhoeven dans la cinématographie de Blomkamp. Pourtant, tout comme dans District 9, le héros d’Elysium n’en est à la base pas un puisqu’il agit par pure motivation personnelle (vaincre la contamination qui ronge son corps). Il le deviendra une nouvelle fois par la voie des choses, sacrifiant son but pour une cause plus noble et universelle.

Un blockbuster à 100 millions implique forcément une tonalité plus mainstream. Elysium perd ainsi la rage jouissive de District 9 et prend quelques partis-pris narratifs un peu hasardeux (la petite fille leucémique, les flashbacks sur l’enfance du héros) qui ajoutent une légère couche de sensiblerie dont on se serait bien passé. Entre Jodie Foster qui parvient à en faire trop en esquissant un demi-sourire et Matt Damon qui n’en fournit pas assez alors qu’il donne paradoxalement tout ce qu’il a, Blomkamp peine également à canaliser l’énergie de ses deux stars hollywoodienne. Seul Sharlto Copley (qui tenait le rôle principal de District 9) irradie l’écran dans son rôle de mercenaire increvable au cœur des moments les plus majestueux du film (la sphère de protection, le combat au sabre). Une cerise sur le gâteau équivalente au final mecha de District 9 qui rappelle aussi que Neill Blomkamp est le seul cinéaste geek à faire une œuvre engagée au sein des gros studios hollywoodiens. Imparfait mais mené sans temps mort, raisonnablement gore, cyberpunk sans être nihiliste, Elysium est, en cette année 2013 qui s’annonçait comme l’année de la SF, l’unique blockbuster du genre à délivrer un message sur le monde dans lequel on vit. Attendons maintenant de voir si Le Transperceneige du sud-Coréen Bong Joon-ho saura faire mieux sur le thème de la lutte des classes.

The Vug

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Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».