Critique de World War Z

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World War Z

de Marc Forster

Avec Brad Pitt, Mireille Enos, Daniella Kertesz

Etats-Unis – 2013 – 1h56

Rating: ★★★★☆

 

Mon très cher lecteur, celui-là, je l’attendais de pied ferme, ce qui, autant l’admettre, n’est pas forcément une bonne chose pour l’œuvre qui se présente, puisque celle-ci se trouve potentiellement en proie à mes foudres ultra-violentes si jamais, au grand jamais, elle se plante dans les grandes largeurs. Autant dire que les zombies, on en bouffe depuis quelques temps à toutes les sauces, des plus savoureuses aux plus écœurantes. En tant que grand adepte du genre, je me suis farci, je te l’avoue, pléthore de péloches mettant en scène des morts-vivants anthropophages, quand bien même le résultat n’était pas au rendez-vous, des trucs parfois improbables frisant la bonne grosse purge indéfendable pas toujours drôle.


Bizarrement, à y voir de plus près, World War Z n’avait pas grand chose pour me séduire : des légions de zombies numériques, quelques money shot qui fleurent bon l’union crapuleuse et loin d’être heureuse entre Michael Bay et Roland Emmerich, un traitement PG-13 tout sauf coutumier du genre, et surtout, Marc Forster aux commandes, réalisateur du naufrage Quantum of Solace, à ce jour avant-dernier opus chaotique et expérimental à la ramasse de la saga James Bond. Et pourtant, j’avais espoir en la chose ! Fort heureusement, rien ne reste à jamais gravé dans le marbre, sortons de nos certitudes et de nos attentes de fanatiques inconditionnels du genre, et osons prendre notre pied devant une œuvre certes imparfaite, peut-être trop grand public pour nous satisfaire pleinement, mais putain, clamons le haut et fort : quel bon film tout de même !

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Gerry Lane, ancien enquêteur des Nations Unies reconverti, se retrouve coincé avec sa famille au cœur d’un monstrueux embouteillage lors d’un de leurs trajets quotidiens. Les hélicoptères de la police sillonnent le ciel, les motards quadrillent le secteur, quelque chose d’inhabituel semble se produire. Soudain, la ville bascule dans le chaos le plus total, les gens commencent à s’en prendre violemment les uns aux autres : un virus mortel semble se propager à vitesse exponentielle. Les autorités parlent désormais de pandémie. Les hordes d’humains contaminés écrasent une à une les armées de la planète et renversent brutalement les gouvernements. Lane se voit contraint pour protéger sa famille de reprendre du service, il se lance dans une quête effrénée à travers le monde pour identifier l’origine de ce mal étrange et fulgurant, et trouver un moyen d’endiguer son irrémédiable propagation…

 

 

Ayant pour base un scénario ultra-basique (adapté de l’œuvre littéraire éponyme de Max Brooks) dont la conception fut malgré tout un véritable parcours du combattant, nous pourrions effectivement reprocher à World War Z des ficelles narratives d’une grosseur qui force le respect, nous demandant parfois un effort de suspension d’incrédulité quelque peu titanesque, mais passons. A ce titre, rappelons qu’à mes yeux, le meilleur film de zombie de ces dix dernières années, 28 semaines plus tard de Juan Carlos Fresnadillo, surpasse de loin en terme d’indigence narrative ce dont il est question dans cette critique : il te suffit mon ami de te souvenir simplement du ressort scénaristique visant à relancer la contagion, il me semble, et dis moi si je me trompe, qu’il est l’un des pires et des plus incohérents auquel il m’ait été donné d’assister dans une salle obscure, et pourtant le résultat final fait de la séquelle de 28 jours plus tard de Danny Boyle, un pur chef-d’œuvre, absolu et définitif. Peut-être est-il encore besoin de le rappeler, le cinéma de genre se doit de transcender par la mise en scène uniquement des structures narratives extrêmement codées, des récits galvaudés, parfois d’une simplicité déconcertante.


La mise en scène de Forster d’ailleurs, cherchant bien moins la virtuosité forcée et embarrassante, donc fragile de Quantum of Solace, se veut ici bien plus solide, ne se perd pas dans des digressions maniéristes : le style est percutant, spectaculaire, tantôt au plus près de ses personnages, au cœur de l’action, tantôt optant pour des plans larges et aériens à la profondeur de champ vertigineuse (la 3D propose une immersion totale, ne se limite pas à n’être, comme souvent, qu’un simple argument de vente), nous laissant contempler la chute de l’humanité tombant peu à peu sous les coups d’une masse informe et grouillante de cadavres enragées.

Le dernier acte est, je te l’accorde, contestable (cela sent effectivement bon la réécriture et la seconde équipe), et nourrit grandement les critiques criant à l’hérésie, mais, pour ma part, il constitue une relance plutôt maline de l’intérêt, se rapproche d’un héritage plus adulte, quasi-romérien, mais, et là est sa faiblesse, il ne l’assume pas vraiment (s’attirant donc au passage les foudres de certains puristes) eu égard à un cahier des charges encore une fois plus grand public : les effusions de sang, toutes numériques de surcroît, peuvent se compter sur les doigts d’une main, la violence est presque constamment expulsée hors-champ, tout cela est parfois tristement propre… Je me dois, tu le comprendras aisément, de tenter un certain effort d’objectivité, en reconnaissant les quelques points noirs qui sont le fruit d’une réflexion de quelques jours, du reste World War Z est, et ne te fourvoie certainement pas sur mes intentions, une réussite pleine et entière, un pur trip de cinéma de genre, un roller coaster d’une puissance visuelle rare, d’une efficacité redoutable, un furieux ascenseur émotionnel interprété avec talent et passion (Brad Pitt en premier, qui reste, à mon humble avis, un des acteurs hollywoodiens les plus doués de sa génération) qui, quand bien même je te l’avoue volontiers, je ne le considère pas réellement comme un véritable film de zombie, témoigne, dans ses meilleurs instants (et Dieu sait qu’ils sont nombreux), d’une réjouissante vision démesurée et anxiogène de l’apocalypse en 3D, nous en met plein la gueule avec maîtrise et générosité, mais n’oublie en aucune manière la dimension humaine de son sujet, renvoyant Roland Emmerich, Michael Bay et autre Rob Cohen se tripoter sur leurs portnawaks de fin du monde, souvent funs et parfois spectaculaires certes, mais totalement inoffensifs.

 

Tout casser demande un sacré putain de talent, nous le verrons dans peu de temps avec, je l’espère, la leçon Mekaïju (si tu me permets l’expression) de Guillermo Del Toro, Pacific Rim, dont World War Z constitue une fort belle mise en bouche, une introduction qui fait sacrément plaisir, ouvrant de la plus jouissive des manières la vague de blockbusters estivale.

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.