Critique Le Congrès

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The Congress

D’Ari Folman

Avec Robin Wright, Harvey Keitel, Danny Huston

Etats-Unis – 2013 – 2h

Rating: ★★★★★

Robin Wright, actrice quadragénaire, promise à une grande carrière autrefois, se voit proposer un dernier contrat par le studio Miramount : la possibilité d’être scannée pour obtenir une version numérique d’elle-même. Réticente au départ, elle décide de franchir le pas…

Réflexion sur le cinéma, cela commence en comédie d’anticipation existentialiste rappelant l’univers des réalisateurs comme Michel Gondry ou Spike Jonze (le travail d’anticipation par les scénarios de Charlie Kaufman), le film nous rappelle l’interchangeabilité des actrices, voire l’interchangeabilité des artistes. Le cas Robin Wright, en parallèle du cas Joaquin Phoenix actuellement, démontre que face à la puissance des studios (eux-mêmes en déclin ?), il n’y a que les choix catégoriques des acteurs, la matière première, ou des réalisateurs, les artificiers, qui peuvent la contredire, quitte à être exclu ou isolé. La question du numérique, le premier caractère science-fictionnel du film, joue sur la qualité transcendantale qu’aurait le cinéma, qui peut à la fois faire allusion à tous les autres arts ainsi qu’une puissance psychanalytique. Pour le traitement du numérique, révèle-t-il le talent des stars et l’exploite-t-il au mieux ou est-ce toujours l’importance de l’histoire derrière ? En effet, dans la séquence du scannage, c’est l’agent qui devient metteur en scène car il connaît l’actrice mieux que personne (le rapport agent de star/star), qui se met à jouer aucun rôle, sinon celui de sa vie avec toutes les émotions qui ont été vécues, un moment de rire aux larmes extraordinaire.

Cela amène à une réflexion sur la dématérialisation, toujours science-fictionnel, où c’est maintenant l’ingénieur informaticien, qui devient metteur en scène, le geek. Mais ceci est montré comme la fin du progrès humain par la technologie (on ne peut manger la technologie) puis la chimie. L’ampoule de formule chimique est aussi une substance qui « désubstance ». De cette partie du film psychédélique, on entre dans une dimension  de film cerveau et l’animation semble se poser comme art ultime. Rappelez-vous que Jacques Lacan expliquait que les hommes ne peuvent dire ce qu’ils pensent car le langage ne le permet pas. Mais le langage de l’image ? Des interfaces avatars etc, ne seront-ils pas plus révélateurs de nous-mêmes ? Du moins de nos désirs qui se rapportent à nos pensées par les différentes prises de flacons, une drogue en continu, où ne substituerait plus notre ego-trip (âme et identité). Cela amène à la réflexion sur l’addiction (la drogue, le désir), le cognitivisme (l’hypothèse que la pensée est un processus de traitement de l’information, une approche computo-représentationnelle de l’esprit), le monde virtuel (la prochaine grande guerre des hommes) et la société de consommation (consommer l’essence des choses, des personnalités, des cultures). Mais de l’idée de l’animation, le jeu vidéo n’est pas évoqué, pourtant concurrent financier du cinéma réel ou d’animation. De plus, l’actrice réelle ne voulait pas faire de science-fiction ni de film sur le nazisme, elle se retrouve à être dans la situation complexe de la collaboratrice dans un contexte de science-fiction (mais tout ceci est illusoire non ?), prête à signer mais qui se rebiffe à la dernière minute comme dans sa vraie vie d’actrice lors du fameux congrès, où plane l’ombre du fascisme industriel, technologique et chimique dans un lieu à l’architecture complexe rappelant Le roi et l’oiseau ou l’univers Hayao Miyazaki. Les paroles prophétiques de sa fille sur ce genre de rôle : « tu es une des rares à pouvoir jouer cela » sont à noter. Mais il y aussi ce sentiment qu’un système, le star-system disparaît avec ses qualités et ses défauts (la fin des réalisateurs puis la fin des auteurs), puis le système dans son entier, la société démocratique, républicaine et libérale.

On pourrait citer d’autres films, en plus des deux cités au-dessus, d’Inception à Ghost in the shell en passant par Exsitenz (film cerveau), Solaris (Stanilas Lem, l’auteur du livre adapté par Tarkovski mais aussi de celui-ci) ou 2001 l’odyssée de l’espace (l’être et l’existence dans le temps, la boucle bouclée lors de la dernière image figée…), l’œuvre de Philip K. Dick (dont Stanilas Lem disait lui avait écrit qu’il était piètre écrivain mais l’unique auteur intéressant de science-fiction aux Etats-Unis) mais aussi des clins d’œil à Boulevard du crépuscule, Metropolis voire Tree of life. Finissons par nous questionner sur l’amour d’une mère à son enfant et vice versa, serait l’unique possibilité d’amour pur ? Une protection à l’ère humanoïde que nous vivons actuellement : les dérives de Facebook ou World Of Warcraft, la multiplication des écrans, l’omniprésence pour ne pas dire l’ubiquité de la publicité, l’ennui grand public de la jeunesse et son désir dévorant de célébrité. C’est un pamphlet, une satire, un brûlot sur l’Histoire avec un grand H qui s’écrit actuellement et dont on a conscience mais peut-être pas pris conscience. L’art est illusion, et notre vie alors, un très long film ?

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…