Critique de Contre-enquête

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Q&A

 

de Sydney Lumet

Avec Timothy Hutton, Nick Nolte, Armand Assante, Luis Guzman et Jenny Lumet

Etats-Unis – 1990 – 2h07

 

Rating: ★★★★☆

CONTRE-ENQUÊTE © 1990 THE ODYSSEY / REGENCY COMPANY. Tous droits réservés.    © 2013 TWENTIETH CENTURY FOX HOME ENTERTAINMENT LLC. Tous droits réservés.

Al Reilly, jeune substitut du procureur ayant fait ses classes dans un district chaud de New York, se voit confier l’interrogatoire de Mike Brennan, flic bourru mais apprécié de ses collègues ayant descendu un gangster porto-ricain un soir devant une boite de nuit. Bien que les témoins attestent de la légitime défense, des preuves mettent en doute cette version des faits.

Sydney Lumet était un grand cinéaste, un de ces oubliés des bancs de la fac, à la filmographie fleuve et ayant traversé divers âges du Cinéma. Ses films portent cette rigueur dramaturgique propre aux classiques de l’âge d’or hollywoodien, tout en ayant conscience des enjeux sociologico-politique de son époque et du discours engagé qui va avec. Le grand cheval de bataille de Lumet, c’est la corruption, cette force invisible qui exerce son influence dans les moindres rouages du système, qu’il soit politique, judiciaire ou médiatique. Sorti en 1990, Contre-enquête constitue le troisième volet de sa trilogie sur la justice new-yorkaise, commencé en 1973 avec Serpico, suivi du Prince de New York en 1981, son film fleuve de 3h avec Treat Williams dans le premier rôle. Qu’ils soient flics ou substitut du procureur, les héros de ses trois films sont habités par le même sens de justice qui les poussent à vouloir dénoncer la corruption et de faire tomber ceux qui en profitent. Mais ils finissent toujours par comprendre que ceux qui tirent les ficelles sont bien trop puissants et bien trop hauts placés pour être inquiétés. En somme, aucune issue n’est possible, c’est comme ça que marche le système.

Contre-enquête s’inscrit donc dans cette lignée. Adapté du roman d’Edwin Torres, juge de la Cour Suprême à New York et auteur de Carlito’s Way et After Hours, romans ayant inspiré L’Impasse de De Palma, le film s’appuie à la fois sur un scenario solide et une réalisation classieuse dans son classicisme. Son sens de la mise en scène tenant autant de son expérience théâtrale que cinématographique, pourrait paraître académique, mais Lumet joue avec ces codes, donnant lieu à des scènes étonnantes, comme l’interrogatoire des mafieux italiens, caustique en ouverture, pour laisser place à une montée de tension qui se résout d’elle même en un instant, presque surréaliste. Le dialogue, voire le monologue, intervient souvent dans des moments clés de l’intrigue, devenant vecteur de l’action, permettant à Lumet de développer ses personnages secondaires, leur donnant un relief inattendu, au point qu’ils attirent bien souvent plus de sympathie que le personnage principal, comme le personnage de Bobby Tex. Ce mécanisme est mis en place dès la première apparition des personnages, aucun vrai doute n’est fait sur les vrais salauds, on prendra le temps par contre d’apprendre à connaître les enfoirés magnifiques.

 

CONTRE-ENQUÊTE © 1990 THE ODYSSEY / REGENCY COMPANY. Tous droits réservés.    © 2013 TWENTIETH CENTURY FOX HOME ENTERTAINMENT LLC. Tous droits réservés.

Au delà de la classe de sa réalisation, Contre-enquête marque surtout par son discours et la mise en place de ce discours. Tout dans le film se réfère au racisme, à cette idée qu’au final, ceux qui profitent le plus de la corruption qui gangrène le système, judiciaire dans le cas présent, ne sont ni les mafieux italiens, ni les gangsters porto-ricain, mais des dignitaires bien wasp, dignes héritiers des cow boys de Far West. Preuve en est, Brennan, interprété par Nick Nolte, est l’archétype du cow-boy, et cela transparaît dans son attitude, sa manière de raconter des anecdotes graveleuses, son côté bourrin et au dessus de la loi. Il divulgue aussi ce discours que tiennent plusieurs flics « blancs » dans le film: les gangsters étrangers s’enrichissent et paient grassement des avocats juifs pour les sortir des prises de la justice alors que les flics risquent leur peau pour une misère. Une idée banale de raciste de base, mais appliquée à la mentalité policière. La conclusion du film amène à penser que la hiérarchie au dessus de Brennan et de son supérieur est du même acabit.

La force de Contre-enquête réside dans le refus d’opposer totalement son héros à ces antagonistes. Même si son sens de la justice le pousse à vouloir faire tomber les corrompus comme un jeu de domino, Reilly reste au final ce que lui renvoie sa rupture avec Nancy, le regard qu’il a porté sur le père, noir de peau, de celle-ci la première fois qu’il l’a vu, le regard que son environnement lui a dicté, que son éducation lui a inculqué, lui, fils de flic récompensé pour courage, ancien flic lui même de quartiers chauds, d’origine irlandaise et catholique. Sans charisme, sans « la femme », sans la carrière glorieuse de son père, Reilly se voit investi d’une chance de briller, de gagner ses galons de héros en combattant la racine du Mal, les pontes invisibles et anonymes. Cette chance échoue, non par sa faute, mais parce qu’il ne peut aller contre le système. Lumet accorde quand même une fin ouverte, laissant au spectateur le choix de happy end ou non pour le héros.

Mésestimé, Contre-enquête méritait d’être rappelé à nos mémoires, comme un petit trésor des 90’s qui n’aurait pas pu traverser la vague Tarantino. Chose est faite aujourd’hui, vu que Carlotta l’édite en DVD et Blu-Ray. De quoi nous rappeler, deux ans après sa disparition, combien Sydney Lumet était un grand du Cinéma.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.