Critique de Room 237

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Room 237

De Rodney Ascher

Avec Bill Blakemore, Geoffrey Cocks, Julie Kearns et Jay Weidner

Etats-Unis – 2012 – 1h42

Rating: ★★★★☆

La sémiologie est l’étude des signes, quels qu’ils soient. Nous communiquons exclusivement à partir de signes, ceux-ci formant un grand tout référentiel dans lequel vous et moi sommes conditionnés pour pouvoir nous comprendre. Un signe renvoie forcément à une idée, explicite ou implicite. Par exemple, un panneau de signalisation est directement explicite. Si je suis en bagnole et que je vois un chiffre 90 entouré d’un cercle rouge, je comprends en une fraction de seconde que je ne dois pas rouler au-dessus de 90 km/h. Implicitement, un drapeau italien sur un paquet de spaghettis orienteront davantage mon choix d’achat qu’un autre paquet avec un étron dessiné dessus. Bon, la sémiologie ne se résume pas non plus en cinq lignes mais c’est histoire de déblayer vite zef’ le terrain (mais alors vite zef’ de chez vite zef’).

Appliquée au cinéma, la sémiologie permet de faire ressortir les intentions, conscientes ou inconscientes, de son auteur. Un film étant la somme des signes visuels et sonores qui le composent, c’est donc dans l’étude minutieuse des détails qui habillent l’histoire que l’on pourra trouver le contrepoint qui fait la pertinence d’une œuvre. S’il n’y a rien à tirer, c’est que le film n’est pas une œuvre mais juste un produit de divertissement. A l’inverse, plus un film recèle de niveaux de lecture, plus il témoigne du génie de son auteur. Si celui de Stanley Kubrick n’est plus à démontrer, le documentaire Room 237 vient mettre en évidence toute la complexité sémiologique de Shining.

Les intervenants de Room 237 viennent d’horizons variés (journalisme, cinéma, université, blog…). Chacun développe sa théorie, s’appuyant sur la concordance de détails précis du film pour livrer son interprétation du classique fantastique de Kubrick. Des étiquettes de boîtes de conserve aux motifs des moquettes, tout est passé au peigne fin. Certaines théories sont brillantes comme la première exposée dans le film, celle de la dénonciation d’une Amérique construite sur le génocide indien (ceci dit, Steven Spielberg avait déjà compris tout ça avec Poltergeist). D’autres laissent plus sceptique (la sémiologie et la numérologie font rarement bon ménage) en dépit de leur aspect troublant, notamment celle d’un intervenant qui voit en Shining l’aveu de Kubrick sur sa supposée participation aux fausses images de l’alunissage de 1969, une théorie du complot parmi les plus célèbres du XXe Siècle. Des plans de l’hôtel sont tracés et modélisés en 3D pour souligner la géométrie instable des lieux. La réversion étant un autre motif du film, une autre approche totalement expérimentale va se baser sur la projection simultanée du film à l’endroit et à l’envers puis de continuer à gloser sur le résultat. Bref, un joyeux délire analytique qui part dans tous les sens.

On ressort à la fois stimulé et désorienté de Room 237 qui, en entremêlant les explications diverses sur Shining, ne fait que mettre en évidence la faculté qu’a ce film labyrinthique à perdre celui qui cherche à en percer tous les secrets. Qu’importe donc si Julie Kearns, l’une des intervenantes, avoue d’elle-même que toute cette glose ne mène à rien. De la branlette intellectuelle rétorqueront en toute logique les mauvais langues. Moi je dis que faire bander son cerveau, ça ne fait jamais de mal.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».