Critique de Piranha

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Piranha

De Joe Dante

Avec Bradford Dillman, Heather Menzies, Barbara Steele

Etats-Unis – 1978 – 1h34

Rating: ★★★★☆

 

Piranha a été conçu comme un plagiat des Dents de la Mer, et Joe Dante ne le nie pas, bien au contraire. Il est intéressant d’observer qu’avec son deuxième film Joe Dante démontrait déjà ce souhait de proposer avant toute chose du divertissement de qualité, honnête et où la modestie, ainsi que la gentillesse qui le caractérisent se ressentaient déjà. Comme de nombreux jeunes cinéastes à cette époque, Dante eut l’opportunité de travailler pour Roger Corman, qui à défaut d’allouer des budgets pharamineux, offrait une liberté créatrice à ses poulains qui serait aujourd’hui difficilement imaginable. Seul cahier des charges à respecter: de la violence et du nichon. Petit plus, Piranha se voit doté d’un budget quelque peu supérieur à la moyenne des productions Corman grâce à l’investissement fait par United Artist pour disposer des droits de distribution à l’étranger.

Sorti trois ans après Les Dents de la Mer, le réalisateur ne cherche jamais à cacher l’opportunisme du projet, choisissant même d’intégrer une référence dès les premières minutes, où l’on découvre le personnage de Maggie scotché à une borne d’arcade dans un aéroport, le titre du jeu: Jaws. Pour l’anecdote, et d’après l’aveu de Spielberg lui-même, les producteurs des Dents de la Mer tenteront vainement d’empêcher la sortie du film, qui davantage que d’être perçu comme une copie se présente alors comme un obstacle à la sortie des Dents de la mer 2 la même année, ou comment des intérêts financiers ont failli mettre à mal les débuts d’un metteur en scène de talent. Si le rapprochement entre les deux œuvres est aussi inévitable, c’est qu’au-delà de s’engouffrer dans la brèche commerciale lancée par le film culte de Spielberg, ce sous-genre que représente le film de prédateurs aquatiques demeure très cloisonné. Dans Piranha, l’infinité de l’océan laisse place à l’étroitesse de la rivière, et l’imposant requin blanc se transforme en une tripotée de poissons affamés. Finalement, tout ceci importe peu, le film étant l’occasion pour le jeune cinéaste de l’époque d’y faire un peu plus ses armes et d’y intégrer, comme à son habitude, maintes références au cinéma qu’il aime tant, que ce soit à travers un plan rendant hommage au Citizen Kane de Orson Welles, en introduisant des titres de films dans les dialogues ou même un extrait via un écran de télévision. Fanboy avant l’heure, Joe Dante va jusqu’à faire apparaitre à l’écran un monstre en stop-motion, créé par Phil Tippett, disciple du regretté Ray Harryhausen, dont l’apparition n’est autre qu’une declaration de son amour immodéré pour le fantastique, la créature n’ayant finalement aucun enjeux dans le récit et ne réapparait jamais par la suite.

L’un des autres aspects qui permet à Piranha de se démarquer aisément du vaste lot de nanars que comporte ce sous-genre, et que Joe Dante a souvent intégré dans ses films, est cette vision d’une Amérique où l’apparence lisse et gentillette n’est mise en scène que pour mieux s’offusquer de ses dérives, et bien souvent des dérives militaristes. Loin de vouloir pour autant privilégier une démarche politique, il choisit de ne jamais s’y attaquer frontalement, préférant conserver son esprit de sale gosse à travers une ironie toujours présente. Ainsi, parmi la multitude de personnages, nous retrouvons un colonel pour qui les pertes humaines semblent avoir peu d’importance, un chef de camp de vacances à l’amour immodéré pour l’autorité, ou encore ce directeur aveuglé par les billets verts, à qui sera adressé l’une des répliques les plus mordantes du film par l’un de ses collaborateurs, qui affolé s’écrit: “Mais ils mangent les clients !”.

Série B de qualité, Piranha sera la deuxième et dernière collaboration du cinéaste pour Roger Corman, ce dernier avouant lui-même avec cette gouaille qui le caractérise que quelqu’un qui travaille trois fois pour lui n’a pas de talent. La vision du film renvoie ce parfum typique des années 70, époque charnière pour de nombreux cinéastes. Une belle entrée en matière pour Joe Dante qui grâce au succès commercial du film, se retrouvera trois ans plus tard derrière la caméra pour un autre de ses films cultes, où la créature est toujours au coeur du récit, à savoir Hurlements.

 Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).