Critique de Massacre à la Tronçonneuse 3D

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Texas Chainsaw 3D

De John Luessenhop

Avec Alexandra Daddario, Trey Songz, Scott Eastwood et Bill Moseley

Etats-Unis – 2013 – 1h32

Rating: ★☆☆☆☆

Aujourd’hui, cher lecteur, je te propose de nous intéresser à une chose qui, je te l’avoue, ne me déplaît pas totalement. Eh oui, il est temps que tu découvres mon penchant de cinéphage déviant, parfois douteux je te l’accorde, pour quelques purges indéfendables et autres plaisirs coupables foireux mis en chantier entre la poire et le fromage. Mais, tout d’abord, avant d’entrer pleinement dans notre sujet, il semble nécessaire d’opérer un rapide retour en arrière.

Tobe Hooper en 1974, bouleverse toutes les conventions et crée, dans la précipitation, une œuvre traumatisante, expérimentale, cauchemardesque. Le tournage de son mythique Texas Chainsaw Massacre aka Massacre à la Tronçonneuse  est assuré presque totalement en extérieur, de jour, sous un soleil de plomb. L’image est à chaque seconde torturée, c’est la pellicule même qui souffre le martyre : saturation de la lumière, grain dégueulasse, décors déliquescents suintant la pourriture et le sang, où le métal rouillé côtoie les chairs en décomposition ; et pourtant, il se dégage de cet environnement nauséeux, quasi-apocalyptique, une beauté de chaque instant, un travail à l’instinct d’une puissance stupéfiante, jouant sur les contrastes aussi extrêmes soient-ils, les cadrages et décadrages parfois approximatifs, se laissant aller à aux débordements les plus enragés, à une mise en scène viscérale et hargneuse. Des entrailles d’une vieille bâtisse habitée par une famille de cannibales dégénérés jaillit une créature aussi grotesque que terrifiante, aussi absurde que totalement charismatique, aussi profondément anxiogène que définitivement fascinante et mythique : je veux bien sûr parler de Leatherface, géant taré cachant son visage difforme sous le cuir de ses victimes, entamant une danse infernale avec sa tronçonneuse sous le lourd soleil couchant écrasant les contrées les plus paumées du fin fond du Texas. Œuvre fondatrice et matrice de tout un pan du cinéma d’horreur, Massacre à la Tronçonneuse, reste à ce jour, à mes yeux, et j’espère aux tiens, l’un des films de genre les plus brutaux, un pur chef-d’œuvre ultra-contestataire, emprunt d’une folie nécessaire qui, aujourd’hui encore, fait écho en vomissant des flots de haine implacables sur ce qu’il considère déjà comme les vestiges de nos sociétés ultra-industrialisées courant irrémédiablement à leur perte. En 1987, Tobe Hooper, sous l’impulsion de la Canon, grosse boîte de production opportuniste, se lancera dans une séquelle, Massacre à la Tronçonneuse 2 avec Dennis Hopper et Bill Moseley, ou comment créer une alternative délicieusement ironique et bariolée, très freakshow, à l’univers du premier épisode : il en résulte une vraie petite perle de grand-guignol avec, aux effets spéciaux, un Tom Savini survolté. C’est cette séquelle qui inspirera profondément Rob Zombie pour son brillant diptyque La Maison des 1000 morts en 2003, et surtout son chef-d’œuvre, The Devil’s Rejects tourné en 2005 avec le même Bill Moseley. Parler de tout cela n’est pas anodin, nous y reviendrons en temps voulu.

La suite de l’histoire est bien moins réjouissante, en véritables montagnes russes : entre des suites d’une connerie abyssale, un remake de l’original plutôt intéressant car proposant un final relativement barbare (Massacre à la Tronçonneuse de Marcus Nispel), une crypto-préquelle honteuse et désastreuse (Massacre à la Tronçonneuse : le commencement de Jonathan Liebesman, ce dernier passible d’une castration à la tronçonneuse rouillée), et, aujourd’hui, ce truc improbable, brandissant, et là naît immédiatement la suspicion de foutage de gueule, sa troisième dimension faute de mieux, comme dans bon nombre de cas témoignant d’une démarche bassement mercantile (je n’ai d’ailleurs pas pris la peine de me pencher sur la 3D, autant te prévenir tout de suite, puisque celle-ci est littéralement inexistante, sinon pour nous balancer quelques effets de jaillissement gadget qui sentent bon le boulot fait à l’arrache en post-production). Bref, pour tout cela, Texas Chainsaw 3D aka Massacre à la Tronçonneuse 3D avait peu, mais alors très peu de chance de trouver grâce à mes yeux, le précédent opus des aventures de Leatherface étant, tu l’auras compris, l’incarnation du résidu de fond de pellicule dont les seuls arguments de vente résidaient dans une narration des origines expédiée en dix minutes chrono avec un jemenfoutisme absolu du mythe cinématographique investi, le reste se posant comme un pur décalque analphabète du remake de Nispel, et quelques scènes gores débiles et inoffensives, histoire de se caser de justesse dans la mouvance torture porn à la mode depuis quelque temps. Massacre à la Tronçonneuse 3D est un ratage total, une purge inutile et opportuniste mais, malgré cela, force est de constater que le métrage se laisse regarder avec un certain plaisir, coupable certes, mais, finalement, au vue de ce qui précède, ce n’est déjà pas mal.

Après cette longue introduction, venons-en aux faits : en 1974, après le massacre de ses quatre amis, Sally, héroïne de l’original d’Hooper, était parvenue à échapper à la famille Sawyer. Les habitants de la petite ville de Newt, trou perdu du Texas, décident de faire justice eux-mêmes, ils prennent d’assaut leur maison et la brûlent, décimant la vilaine bande dégénérée de rednecks cannibales. Les années passent, à des centaines de kilomètres de là, une jeune femme, Heather, apprend qu’elle vient d’hériter d’un somptueux manoir victorien, légué par une grand-mère dont elle n’avait jamais entendu parler. Ses parents lui avouent son adoption. Accompagnée de ses meilleurs amis, elle part découvrir la propriété isolée dont elle est désormais propriétaire, et ses origines. Heather va vite comprendre que dans les entrailles de la maison quelque chose attend l’heure de sa vengeance…

John Luessenhop, réalisateur que, je te l’avoue humblement, je ne connaissais ni d’Adam ni d’Eve, et duquel, je le confesse, je ne découvrirai certainement pas la filmographie, est, et je lui reconnais bien cela, un homme de goût : il apprécie Rob Zombie… et il le montre… peut-être un peu trop… C’est bien beau de bricoler une sorte de mixture à la limite du plagiat entre The Devil’s Rejects et Halloween II version 2009, mais encore faut-il avoir le talent de régurgiter la chose de manière convenable. La scène d’ouverture, qui voit la maison des Sawyer prise d’assaut par une bande de rednecks en pleine expédition punitive, est un copié/collé indigne, privé de tout souffle épique, de l’introduction de The Devil’s Rejects mettant en scène le siège de la ferme du clan Firefly par William Forsythe incarnant un shérif psychopathe vengeur : le métrage de John  Luessenhop souffre constamment de la comparaison qu’il s’impose lui-même, sa démarche est à ce titre complètement suicidaire puisqu’en plus de se mesurer à Zombie, il se pose comme une suite directe du chef-d’œuvre de Tobe Hooper, le générique en compilant un certains nombres de séquences de meurtre. Le scénario lorgne du côté d’Halloween II, la découverte de ses origines par Heather l’amenant peu à peu à se ranger du côté de sa famille biologique de tarés consanguins, et de Leatherface, tout comme chez Zombie, Laurie prenait progressivement le parti de Micheal Myers, son frère… la subtilité en moins. L’idée est tout à fait louable, la structure linéaire du slasher s’en retrouve quelque peu modifiée, mais tout cela est amené sans aucune réelle compréhension des enjeux narratifs, et avec une indigence qui force le respect, les incohérences pleuvent. En ce qui concerne la violence, elle n’est jamais percutante ou choquante, les scènes gores, relativement rares, suscitent plus un amusement passager qui parfois nous extirpe d’une légère torpeur, mais en aucune manière elles n’atteignent des sommets de brutalité, ou de barbarie, comparable aux fulgurances insupportables de l’original, à tel point que l’inversion finale des valeurs qui atteignaient des sommets dans The Devil’s Rejects, s’avère ici totalement référentielle et donc purement artificielle et ne produit dès lors nullement le malaise. Leatherface est réduit à l’état de bouffon agitant sa tronçonneuse n’importe comment, et découpant de temps à autre quelques jeunes tombant sous sa lame mécanique.

Du reste, comme je le disais plus tôt, tout cela reste bien sympathique, se vautre mais dans la joie et la bonne humeur, charcute mais pas trop pour ne pas faire fuir l’adolescent sensible, est un film d’horreur qui revendique un certain héritage ultra-violent et subversif mais ne l’assume jamais, bien au contraire, il est un travail parfaitement calibré, tout beau, tout propre, aussitôt vu, aussitôt oublié, à un point tel que finalement de Massacre à la Tronçonneuse, le film ne possède que le titre, les personnages et les prétentions, prétentions qu’il plante lamentablement dès les premières images. On assiste dès lors à un slasher basique mais parfois fun, souvent ennuyeux mais jamais détestable, complètement à la ramasse mais recommandable pour un dimanche soir pluvieux.

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.