Critique de Dark Skies

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.5/5 (2 votes cast)

.

Dark Skies

De Scott Charles Stewart

Avec Keri Russell, Josh Hamilton et Dakota Goyo

Etats-Unis – 2013 – 1h37

Rating: ★★★☆☆

 »Par les producteurs de Paranormal Activity » est une caution qui fait toujours un chouilla froid dans le dos. Autant être honnête, tout cela n’est jamais très rassurant… cinématographiquement parlant j’entends… et pourtant ! Arrêtons-nous un instant, si tu le veux bien, et constatons les résultats : contre toute attente, force est de constater que jusqu’alors, la filmographie du producteur Jason Blum s’avère plutôt surprenante : le très bon Insidious de James Wan, l’intéressant quoique classique Sinister de Scott Derrickson, l’excellent The Bay de Barry Levinson, et surtout dernièrement le nouveau chef-d’œuvre de Rob Zombie The Lords of Salem, sont autant d’efforts qui témoignent d’une fournée de péloches fantastiques et horrifiques loin, très loin d’être catastrophiques, atteignant parfois même l’orgasme cinématographique, mais demeurant le plus souvent, n’est pas Robert Bartleh Cummings qui veut, malgré tout, pour notre plus grand plaisir, des efforts diablement savoureux, bien plus recommandables que le found footage analphabète d’Oren Peli. C’est aussi le cas de ce Dark Skies, orchestré par Scott Charles Stewart, metteur en scène de triste, mais alors de très triste mémoire, car ayant jusqu’alors dirigé deux beaux étrons cinématographiques innommables, que je m’efforcerais tout de même de nommer, même si leur souvenir est encore douloureux, afin de vous éviter, je l’espère, une séance de torture oculaire insupportable assénée à grands coups de CGI répugnants : le désastreux Légions et la honteuse adaptation de l’excellent Manwa éponyme, Priest. Certes, au vue de ces anciens travaux, tout cela ne sent guère la rose je te l’accorde. Mais, après visionnage, on est obligé d’admettre que le résultat fait vraiment plaisir à voir, est même plutôt réjouissant, et réserve, contre toute attente, quelques beaux moments de trouille, quand bien même ceux-ci ne sortent absolument jamais des sentiers battus, mais évitent cependant soigneusement, et c’est tout à son honneur, l’écueil des jumpscares faciles et embarrassants à grand renfort d’agressions sonores insupportables (bon, il le fait parfois, ma chère et tendre, dans un sursaut, ayant manqué de me déverser sur le visage sa tisane aux fruits rouges bouillantes).

Sur un canevas de film de maison hantée ultra-galvaudé, soit une famille en proie à des phénomènes étranges dans leur nouvelle demeure, sombrant peu à peu dans un cauchemar duquel elle ne sortira pas indemne, Scott Charles Stewart ne prétend nullement dynamiter les codes du genre. Bien au contraire, il s’y installe confortablement, enchaînant les passages obligés avec une aisance plutôt bienvenue, mais s’amuse peu à peu à nous mener sur une toute autre piste, la menace extraterrestre, certes attendue, car annoncée par le titre faisant ouvertement référence à la fameuse théorie du complot, mais il le fait de manière plutôt habile.

Dark Skies est mis en scène très sagement mais soigneusement, réservant tout de même son lot de séquences angoissantes parfois inspirées. Scott Charles Stewart ne contourne pourtant jamais nos attentes, nous sommes constamment en terrain connu, peut-être trop connu. Il est studieux, récite sa leçon sans accroc, mais n’y appose pas réellement une patte singulière à tel point que le film eut pu être l’effort de n’importe quel autre technicien, nous n’aurions pas vraiment été en mesure de noter une quelconque différence. L’ouvrage est honnête, mais sans réelle personnalité, il faut l’admettre. Je pinaille, tu commences à me connaître, mais n’est-ce pas justement en reconnaissant les limites d’un travail, d’un métrage, que nous pouvons mieux apprécier ce qui se trouve cercler par ses limites ? Du reste, Dark Skies est ultra-calibré certes, mais fait parfaitement son taf : tout fonctionne à merveille, s’enchaîne de manière cohérente et efficace, jouant la corde de la théorie complotiste. Le tout apparaît comme un maelstrom d’influences, tantôt purement fantastiques, tantôt plus science-fictives, bien digérées et correctement régurgitées. Le scénario, de manière certes très convenue donc encore une fois attendue, s’amuse du jeu des apparences, de la dissolution d’un verni, verni de l’American Way of Life gangrené, verni d’un premier acte jouant sur les codes de la ghost story à base de sales gosses parlant avec leur ami imaginaire, qui peu à peu laisse poindre une nouvelle menace pesant sur la famille, celle annoncée par le titre. Alors oui, tout cela n’est certainement pas à la hauteur d’un Insidious ou même d’un Sinister, mais se laisse regarder avec intérêt et plaisir. Comme nous le disions plus haut, Dark Skies ne surprend jamais, mais suscite l’angoisse de manière ma foi fort agréable, le tout culminant en un final relativement palpitant imposant un crescendo inattendu et un twist qui, même s’il sent le bricolage de dernière minute et n’apporte finalement strictement rien à la narration, fait mouche d’un point de vue purement émotionnel. Difficile donc de faire la fine bouche devant un divertissement honnête à la fabrication soignée, mais il faut tout de même noter que quelques tripes de Stewart posées sur la table, cela aurait été nettement plus appréciable, cela aurait permis à l’œuvre de prendre une toute autre dimension, cela aurait évité que Dark Skies ne demeure qu’un ride rondement mené certes, mais aussitôt vu… finalement assez vite oublié.

 

Naughty Bear

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.