Critique de The Lords of Salem

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The Lords of Salem


de Rob Zombie

avec Sheri Moon Zombie, Bruce Davison, Jeff Daniel Phillips, Meg Foster, DeeWallace, Patricia Quinn et Ken Foree.

Etats-Unis /Grande Bretagne /Canada –  2012 – 1h41

 

Rating: ★★★★★

 

Membre essentiel du Splat Pack des années 2000, Rob Zombie a marqué la décennie précédente avec le diptyque coup de poing House of 1000 Corpes/ The Devil’s Rejects. Fort d’un univers ultra violent inspiré des séries Z horrifiques qu’il affectionne, le réalisateur essuya cependant les accueils rageux reçus aux sorties respectives de ses Halloween 1 et 2. Alors forcément, The Lords of Salem, projet nourri depuis deux ans déjà par le leader de White Zombie ne pouvait que faire jaser d’avance les plus sceptiques d’entre nous.

Comme son nom l’indique, le film se déroule à Salem où vit Heidi, animatrice rocky à la radio locale qui voit son quotidien basculé dans l’horreur après l’écoute d’un disque d’un mystérieux groupe local, The Lords, qu’elle a reçu à la radio. .

Bien éloigné de la mise en scène à laquelle il nous avait habitué, Rob Zombie réalise avec Lords of Salem son film le plus abouti et le plus personnel. Dépouillé de ces séquences clippesques qui faisaient hurler ses détracteurs, Lords of Salem constitue l’oeuvre de la maturité  pour le réalisateur. Exit le montage epileptique, le grand guignol bourru et les mises en scène outrancières, Lord Zombie étoffe sa référence, délaissant les clowneries craspecs du vieil Herschell ou la brutalité sèche d’un Tobe Hooper, période Texas Chainsaw Massacre. Rob est un vrai fan de cinéma, mais c’est aussi un vrai cinéaste. Citant allègrement Kubrick, Bava, Polanski ou même Carpenter, la mise en scène de Lords of Salem évoque bien plus le baroque des films d’épouvante que l’aspect craspouille des années Splat Pack. Mais en réalité, au delà des cinéastes, ce sont les oeuvres de ces maitres auxquelles se réfèrent le film: Shining, Le Masque du Démon, Rosemary’s Baby et Les Vampires de Salem, pour la filiation King/ Hooper.

Du premier, Zombie garde cette ambiance pesante, cette personnalisation d’un lieu, ces hallucinations oppressantes et malsaines, laissant peser le doute de la folie ou de la possession. Du second, chef d’oeuvre de Bava, il garde la mythologie. Du Polanski, il empreinte cette horreur d’appartement, le voisinage inquiétant et étouffant. Quand à King et Hooper, c’est l’utilisation même du nom de la ville de Salem, du concept de ville au  passé encore vivace et en prise à des forces obscures qui exercent sur elle  une influence néfaste. Un pentacle dont la cinquième branche serait son Lords of Salem. Appuyé par un casting à faire palir tous les fanboys du genre, regroupant de véritables Screaming Queens cultes tels que Meg Foster, Dee Wallace ou l’inquiétante Patricia Quinn, le film ne s’enferme pas pour autant dans la redite ou la simple citation.

Dans son traitement même du motif de la sorcière, Zombie se démarque par rapport au traitement habituellement réservé au monstre. Alors qu’elle est souvent représentée comme manifestation de psychose collective ou comme motif horrifique, elle apparaît dans Lords of Salem comme une alternative à l’oppression chrétienne. Cher à l’inversion des valeurs qui jalonnent ses films, Zombie s’approprie la sorcellerie en l’imageant comme étant la religion des marginaux, des persécutés, idée déjà présente dans la Maison des 1000 morts.

Même si sa filmo compte certains écarts, Rob Zombie parvient à prouver avec The Lords of Salem qu’il ne se limite pas à un réalisateur de clips goreux. Bien au contraire, il livre son œuvre la plus mature et la plus aboutie. Un bijou d’horreur baroque, comme un au revoir magistral au genre qu’il chérit tant, le réalisateur ayant annoncé ne plus vouloir faire de films d’horreur. Prions qui vous savez pour qu’il revienne sur sa décision.

 

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.