Critique de Stoker

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Stoker

De Park Chan-wook

Avec Mia Wasikowska, Nicole Kidman et Matthew Goode

Etats-Unis/Royaume-Uni – 2013 – 1h39

Rating: ★★★☆☆

Park Chan Wook, figure de proue de la vague de cinéastes coréens contemporains apparus à la fin des années 90, en est l’un de ses plus illustres et talentueux représentants. Reconnu sur la place internationale depuis le succès de Old Boy, deuxième volet d’une trilogie consacrée au thème de la vengeance, il finit par céder aux chants des sirènes d’Hollywood. Pour son premier film en terre et langue étrangère, il répond aux avances de Wenworth Miller, acteur de la série TV Prison break qui voit en lui le réalisateur idéal pour mettre en images son scénario, un thriller construit comme une variation du célèbre film à suspens d’Alfred Hitchcock L’Ombre d’un doute.

A l’aube de ses 18 ans la jeune India Stoker apprend la mort accidentelle de son père. Aux funérailles elle fait la découverte du mystérieux oncle Charlie qui vient s’installer dans la demeure familiale désireux d’apporter son soutient et réconfort. Le frère du défunt, soucieux de remplacer non sans une certaine hâte la place du père, sème le trouble et la suspicion auprès de la jeune femme, et cache derrière son sourire carnassier de bien sombres desseins.

On retrouve dans l’histoire de Stoker bons nombres de thèmes familiers chers au cinéma de Park Chan Wook : l’origine du mal , le désir incestueux, la morale corrompue, la perte de l’innocence et la vengeance. A chaque plan une idée de mise en scène. Maniériste il construit son film tel une succession de tableaux dont les compositions des cadres, le choix des teintes lumineuses, les motifs, les valeurs de plans aux effets de transitions, les moindres mouvements d’appareil sont travaillés avec minutie et un goût du détail qui révèle un sens graphique et une maîtrise de l’espace hors du commun. Le cinéaste aime jouer du caractère équivoque de certaines scènes et créé ainsi une sensation de confusion au détours desquelles survient un érotisme dont la nature dérangeante accentue l’idée de transgression.

On retiendra notamment les performances des deux comédiens principaux dont les compositions sont d’une subtilité et d’une complexité saisissante. Matthew Goode joue un oncle Charlie très différent de son homologue interprété par Joseph Cotten. A la fois élégant, séduisant et sophistiqué, il aime jouer de son ambiguïté, il camoufle sous d’apparentes bonne manières sa véritable nature de prédateur. Quant à la jeune Mia Wasikowska, elle incarne avec raffinement une jeune femme introvertie, au seuil de sa vie d’adulte qui va découvrir qu’elle n’est pas la jolie oie blanche qu’elle paraît. Seule Nicole Kidman ne semble pas être à sa place dans le film, la plastique figée par ses excès de chirurgie, elle dénote totalement avec le décors très naturel et organique du métrage, et son interprétation glacée tempère la mélancolie éthylique du personnage.

Le film souffre d’un scénario paresseux qui a beau partir d’une idée passionnante ne répond que trop rarement aux attentes du spectateur. Trop content de jouer les petits malins, Wenworth Miller n’apporte pas de point de vue convaincant, plus soucieux de créer un malaise artificiel et jeter le doute sur les hypothétiques pistes que va suivre son histoire. Le film se vautre dans un final bâclé qui fait un tort considérable à ses personnages, et laisse un arrière goût un peu rance sur l’idée douteuse de transmission du mal développée dans le script.

De ce premier coup d’essai à Hollywood, Park Chan Wook s’en tire avec les honneurs, il livre un exercice de style virtuose, d’une richesse picturale étourdissante et d’un goût de la narration qui n’a que peu d’égal aujourd’hui. On regrette cependant le déséquilibre créé par un scénario faiblard dont le talent de mise en scène du cinéaste coréen ne parvient pas à combler toutes las carences. Il serait cependant injuste de comparer Stoker au classique indémodable de Sir Alfred Hitchcock, et de le réduire à sa simple fonction cosmétique. En attendant Park Chan Wook prépare un nouveau long métrage dans son pays d’origine, une nouvelle adaptation de l’excellent roman de Donald Westlake, Le Couperet. On piaffe d’impatience!

Mart1

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