Critique de Only God Forgives

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 3.7/5 (3 votes cast)

 

Only God Forgives

De Nicolas Winding Refn

Avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm

Danemark, France – 2013 – 1h30

Rating: ★★★★★

Julian, expatrié américain, vit à Bangkok et dirige un club de boxe thaï avec son frère Billy. Mais c’est une couverture, pour pouvoir vendre de la drogue. Billy, borderline lors d’une nuit, viole et assassine une prostituée mineure et se fait tuer à son tour par le père de cette dernière, suite à une discussion avec un mystérieux policier…

Nicolas Winding Refn a pensé ce film comme « un western asiatique car c’est le dernier endroit où on penserait en tourner un ». Il a même appris pour le coup le muay thaï. Pourtant il imagine ce long-métrage « comme un film de combat sans combat ». On retrouve toutes les figures du style NWR. En effet, il y a à nouveau l’utilisation de filtres de couleur rouge et bleu, dans une alternance de chaud/froid ou tendu/relâché. La violence y est  extrême, aussi insoutenable que dans Valhalla Rising, tout en étant très psychologique, par le biais du personnage de la mère dominatrice. À nouveau c’est un rôle de héros asexué pour Ryan Gosling, amouraché d’une belle prostituée qui se fait passer lors d’une soirée pour sa fiancée, et le désir sexuel est aussi inassouvi pour la mère lors d’un verre dans un club. Nerveux et mutique, le personnage de Julian participe à un tout mais n’est pas le héros et pas vraiment un anti-héros non plus. Et les corps sont toujours importants, que ce soient le jeu des silhouettes longilignes des femmes (la mère de Julian ou la prostituée Maï) ou les corps lourds des hommes (Julian, Billy ou le flic), mis à part dans la grâce des arts martiaux, au muay thaï ou au maniement du sabre.

Par contre, il n’y a de chance de rédemption pour les personnages car ni veuve et orphelin à défendre et cette fois-ci c’est la mère qui perturbe la filiation (une ombre d’inceste et une attitude imbuvable). Le récit filmique s’oriente plutôt vers une dualité entre le flic thaïlandais hautement respecté mais peu vertueux (on lui colle même une fillette) et Julian, l’apogée étant le combat qui les opposera (une des plus belles scènes de combat du cinéma). De plus le thème de la vengeance est récurrent dans le cinéma asiatique actuel, particulièrement en Corée du Sud (Old Boy, J’ai rencontré le Diable, The Murderer…) mais Refn ne se montre pas en alter ego de Kim Jee-woon ou Park Chan-wook, mais travaille dans la même intensité de violence. Finissons par traiter l’exotisme de la ville asiatique : Bangkok ville fantasmagorique avec ses ladyboys, ses prostituées, sa drogue pas chère mais passible de la peine de mort. De cette sensation, impression de faune/jungle urbaine, on comprend la noirceur et la profondeur qui  peut gangrener cette ville. À cela il faudra remarquer les nombreux motifs sur les murs tapissés des immeubles (des êtres chimériques ou animaux légendaires et antiques, notamment ce serpent-dragon), surtout sur fond rouge et la tête de diable : c’est plus qu’une faune ou jungle urbaine, ce sont les ténèbres ou les enfers qui nous sont donné à voir entre images mentales de Julian devenant des images réelles (procédé déjà utilisé dans Valhalla Rising pour une dimension de trip onirique). Alors, la prostituée Maï, Julian ou le flic sont des anges déchus, sauf que l’un d’eux est du côté de la « justice ».

Certains se plaindront de la durée (90 minutes, c’est trop court selon moi mais pour d’autres, cela paraîtra interminable), du peu de scénario (pourtant c’est très romanesque) ou de la violence (normalement vous êtes prévenu quand vous allez voir un Nicolas Winding Refn), mais ce serait bien de remarquer la continuité de Valhalla Rising : Only God Forgives est aussi un film expérience, ou on peut dire film d’auteur de genre, sous couvert d’être une œuvre d’art et d’essai. Alors seul Dieu pardonne ?

Hamburger Pimp

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…