Critique d’Evil Dead

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Rating: 4.0/5 (1 vote cast)

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The Evil Dead

De Sam Raimi

Avec Bruce Campbell, Ellen Sandweiss et Richard DeManincor

Etats-Unis – 1981 – 1h25

Rating: ★★★★★

Il y a des films qui sont définitivement fondateurs de notre cinéphilie : des œuvres qui s’adressent autant à notre amour inconditionnel de spectateur de genre qu’à notre fantasme innavoué  d’un jour peut-être passer derrière la caméra, des métrages certes perfectibles mais dont la fragilité se révèle être la plus grande force, des chef-d’oeuvres absolus et définitifs qui nous en mettent plein les mirettes à chaque visionnage, gorgés d’une folie nécessaire, qui, quand bien même nous les regardons pour la centième fois demeurent toujours une découverte pleine et entière, qui nous fait nous esclaffer à chaque morceaux de bravoure sanglants et jubilatoires : Putain ! C’est énorme ! Rares sont les métrages qui ne prennent pas une ride même avec plus de trente années au compteur, qui, mine de rien, nous font toujours autant flipper comme des gosses en même temps qu’ils nous musclent les zygomatiques ! Evil Dead réalisé en 1981 par Sam Raimi fait partie de ceux-ci. Alors même que le très bon remake du talentueux Fede Alvarez produit par Sam Raimi et Bruce Campbell a pointé le bout de son nez il y a quelques semaines de cela (remake que j’attendais pour ma part de pied ferme Winchester chargée et tronçonneuse au poing prêt pour du démasticage hardcore, mais qui au final, s’est avéré  être une vraie belle surprise gorasse décomplexée, je vous convie d’ailleurs à la lecture de la critique par Mart1 qui vous convaincra j’en suis certain), revenons ensemble l’espace de quelques lignes sur l’oeuvre originale génialissime ouvrant une saga culte et jouissive sur laquelle, cher lecteur, si tu ne t’es pas encore penché, il faudrait y remédier rapidement ! Coup de chance une bien belle édition nous a été concoctée il y a peu, alors mon ami, n’hésite pas à vendre toute ta progéniture et court chez ton dealer favori te procurer ta dose, cet objet de culte, ce classique instantané sous peine de te voir refuser les portes de l’Enfer, et ça, tu en conviendras, c’est très moche !

Un groupe d’amis part passer quelques jours dans une vieille bicoque en bois abandonnée  perdue au cœur d’une épaisse forêt. Dans la cave plongée dans la pénombre, ils trouvent un étrange livre et un magnétophone. Intrigués, ils mettent en route la bande qui leur révèle que l’endroit appartenait à un archéologue ayant décidé de se retirer au milieu de nulle part afin d’étudier le Livre des Morts ou Nécronomicon, relié avec de la peau humaine et écrit avec du sang. Les incantations qui y figurent, sont censées réveiller un esprit maléfique, la suite de l’enregistrement consiste dans la lecture de celles-ci… Dans la forêt quelque chose rôde, le cauchemar commence.

Tout cela est avant tout fondateur, une toute petite œuvre qui va avoir d’énormes répercutions. C’est tout un pan du cinéma de genre qui va naître avec Evil Dead quand bien même celui-ci n’a aucune réelle prétention sinon celle d’être un film de potes en roue libre, un essai de mise en scène et de montage délirant totalement expérimental (la fameuse Shaky cam nous donnant à explorer la forêt, et poursuivant les protagonistes du point de vue du démon) où Raimi constitue déjà son style excessif mais extrêmement rigoureux, réellement pensé en amont afin d’assurer une efficacité maximale, de passer outre ses contraintes budgétaires ; il explore son imaginaire débridé,  le teste avant de littéralement le faire exploser dans un feu d’artifice gore cartoonesque, ne lui fixant plus aucune limite, avec les deuxième et troisième opus de la saga, Evil Dead 2, remake et alternative ultra caustique à l’univers du premier qui l’était déjà en partie, et Evil Dead 3, Army of Darkness folie ultime quasi monty-pythonienne. Evil Dead pour sa part est un véritable film d’horreur au sens où il instaure une ambiance oppressante, ses personnages vont vivre un véritable calvaire, un cauchemar inextricable qui ne semble jamais s’achever, ils sont prisonniers d’une situation de laquelle il ne semble pas y avoir d’échappatoire, il n’y a aucune issue. Mais, au sein de ce récit somme toute assez sommaire mais qui offre son lot de frissons voire même parfois de malaises, Raimi s’attelle à rendre un hommage véritable et tonitruant au Grand-Guignol, orchestrant (ce terme rappelant évidemment l’un des titres français donné au film, l’Opéra de la Terreur) des envolés gores irrésistiblement hilarantes où l’hémoglobine coule à flot. Ca démembre dans tous les sens, et pour cause, le Nécronomicon pose la libération du possédé dans son taillage en pièces, mais toujours dans la joie et la bonne humeur et ça, tu en conviendras, ça fait plaisir ! Et puis il y a Bruce Campbell : interprétant Ash, héros définitif et immortel du bis, passant du statut de jeune adulte timide et maladroit se battant contre des forces maléfiques qui auront à plusieurs reprises raison de lui, à celui de messie frimeur (mais toujours aussi maladroit) prêchant la bonne punchline badass une tronçonneuse greffée au bras dans Evil Dead 3, Army of Darkness. C’est une icône immédiate et absolue qui va se révéler dans Evil Dead, une légende du cinéma d’horreur qui ne figure pas au générique du nouvel opus quand bien même le final du reboot de Fede Alvarez nous propose d’assister à la naissance un peu soudaine certes mais foutrement jubilatoire d’une sorte d’alter-ego de Ash, mais n’en révèlons pas plus.

Evil Dead c’est un petit peu le métrage qui résiste à toute analyse, en réalité, d’une analyse il ne peut être vraiment question. Encore une fois, l’effort est perfectible, son maigre budget limite son champ d’action effectif pourtant cela ne transparait jamais véritablement, Raimi le transcende par une inventivité constante, par une mise en scène qui multiplie les morceaux de bravoure. Il ne va jamais là où on l’attend, il s’amuse comme un petit fou et c’est là que s’exprime toute la puissance de ce premier travail, véritable concentré émotionnel pour ses commanditaires mais aussi pour ses spectateurs, dans une sincérité totale et dans une générosité absolue qui font oublier toutes les maladresses qui ne sont en définitive nullement des erreurs, elles participent même à la pleine réussite de l’oeuvre, à une certaine idée de la perfection si tant est que l’on considère que celle-ci existe et qu’elle réside au cœur même de l’imperfection.

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.