Critique de The Grandmaster

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Yi dai zong shi

De Wong Kar-Wai

Avec Tony Leung Chiu Wai, Ziyi Zhang et Chen Chang

Hong-Kong/Chine/France – 2013 – 2h10

Rating: ★★★★★

Le cinéma, deux mots: images et sons. Celui qui les maîtrise gagnera le cœur des spectateurs. Wong Kar Wai grand maître et auteur de cinéma populaire de Hong-Kong exerce son 7ème art depuis plus de 25 ans déjà. Après huit années de gestations et 3 ans de tournages, il revient enfin sur les écrans pour nous faire la démonstration des dernières arcanes de son talent. Cette nouvelle œuvre s’appelle The Gransmaster, elle narre les destins de quatre combattants qui vont s’affronter physiquement et spirituellement, et confronter leurs points de vues idéologiques tout au long de l’Histoire afin de déterminer qui sera le digne successeur du «grand maître». De l’héritière filiale, au disciple rongé par son ambition, et un mystérieux espion communiste, tous ces parcours gravitent autours de la figure populaire de Ip Man,  maître de la boxe Win Chun, qui aura traversé au terme d’une vie bien remplie la fin de la monarchie de Qinq, le passage à la République, puis de la guerre civile à la guerre sino-japonaise, pour enfin s’achever à Hong Kong, une colonie britannique.

On reconnaît ici tous les enchaînements stylistiques chers à l’école de Wong Kar Wai : L’écrin brut d’une œuvre cinématographique encore inachevée dont la beauté des images et le cachet de la mise scène contraste avec la liberté du récit dont les ellipses narratives trahissent souvent  le caractère intuitif et improvisé de sa fabrication. D’une richesse picturale renversante, la réalisation de l’auteur de 2046 se distingue d’une part pour son  élégance et son raffinement, et de l’autre pour la manière qu’elle a de transcender à l’écran le charisme et la prestances de ses comédiens. Fidèle disciple de Wong Kar Wai, Tony Leug Chiu Wai a commencé son entraînement au kung fu à l’age de 40 ans, dès  l’annonce de la mise en route du projet, et s’est achevé à la fin des prises de vue, une décennie plus tard. Sa performance physique dans le rôle de Ip Man est des plus convaincantes, derrière la figure noble et paternaliste de son personnage. Il laisse planer un sentiment de mélancolie, cicatrice d’une blessure affligée par les affres d’un destin bien cruel. Face à  lui on trouve la ravissante Zhang Yiyi, la silhouette gracile et  aérienne, qui  cache sous airs de petites fille gâtée  une jeune femme ambitieuse, indépendante, profondément attachée aux valeurs de traditions défendues par son père. Douée de talents martiaux redoutables, elle laisse entrevoir une émouvante fragilité.

Afin de conférer une certaine crédibilité aux réglages des combats, Wong Kar Wai a fait appel aux talents du  génial Yuen Woo Ping, célèbre en occident pour ses participations aux films Matrix et Tigres et dragons. Ce dernier prodigue ses connaissances encyclopédiques des arts martiaux chinois et s’évertue à restituer les gestes authentiques des écoles pratiquées par les protagonistes. Il choisit de  mettre en valeur les mouvements, les postures et l’impact des coups plutôt que de concentrer l’attention sur les enchaînements chorégraphiques. Chaque scène de combat est traitée de manière allégoriques et tend à souligner les différents enjeux qu’ils soient amoureux, vengeur, ou pédagogique et met au même niveau: la puissances des coups et les valeurs enseignées  au cours de ses échanges. Il orchestre une joute philosophique telle une succession de prises qui cache en fait le conflit intime des traditions face aux aspirations modernistes.

The Grandmaster ne peut être en aucun cas considéré comme un film de kung fu dans le sens traditionnel du terme mais comme un film sur les arts martiaux. Wong Kar Wai à pris le pari de s’écarter de la réalité  et propose  une vision romantique toute personnelle de la légende Ip Man. Il confère ainsi à son récit une dimension mythologique et traite au travers des arts martiaux de tout un pan de la culture chinoise, des notions de transmissions et d’héritage pour livrer une œuvre profonde, riche, et d’une grandeur mélancolique, loin des canons habituels du genre. The Grandmaster est un film traversé par un sentiment de nostalgie qui contamine tout le métrage, et semble annoncer la dernière œuvre cinématographique du maître filmée de façon traditionnelle, en 35 mm.

 

Mart1

 

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