Critique de Mamá

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Mamá

D’Andrés Muschietti

Avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau et Megan Charpentier

Espagne/Canada – 2013 – 1h40

Rating: ★★★★☆

Gérardmer 2013. Au cœur d’une sélection en compétition, il faut l’admettre, tristement avare en à peu près tout ce qui nous fait kiffer le cinéma de genre, alors que nous nous étions presque totalement résolus à accepter notre condition de spectateurs blasés par des péloches tout juste médiocres, à l’exception tout de même de deux bonnes surprises fort sympathiques plutôt bienvenues : le cynique et putassier mais fichtrement fun You’re Next d’Adam Wingard et le found footage réjouissant The Bay de Barry Levinson ; et pourtant… notre attente du métrage qui allait mettre tout le monde d’accord, à grand coup de batte de baseball dans le crâne, fut oh joie bien largement récompensée. Je dois te l’avouer, très cher lecteur, que celui-là, je l’attendais sérieusement au tournant, une machette sanglante brandie d’une main et un trophée en or massif dans l’autre ! Et ma foi, j’ai du me résoudre, comme je l’espérais de tout cœur, à déposer ma lame (même si, je te l’avoue, je ne suis jamais contre un bon charcutage de pellicule, dans les règles de l’art bien sûr) et à m’armer de multiples dithyrambes afin de louer la nouvelle petite perle produite par notre gros nounours geek préféré, Guillermo Del Toro. J’ai le privilège et le grand honneur de te présenter Mamá du jeune réalisateur argentin très prometteur Andres Muschietti.

Que nous narre-t-on donc ? Isabel et Lucas (Jessica Chastain et Nikolaj Coster-Waldau) sont à la recherche de leurs deux nièces disparues depuis cinq ans suite au décès de leur mère. Elles sont soudainement retrouvées vivantes dans une vieille cabane au cœur de la forêt, elles sont désormais devenues sauvages. Le jeune couple décide alors de les prendre en charge. La situation devient inquiétante dès lors que celles-ci évoquent une étrange entité : Mamá

Honnêtement n’allons pas crier au chef-d’œuvre, l’effort de Muschietti est perfectible je dois te l’accorder, cependant, rares sont les films qui témoignent d’une telle générosité, débordent de toutes parts d’un pareil amour du genre, sont à ce point un objet si puissamment fédérateur. Formellement, difficile de faire la fine bouche, certes Muschietti ne se met pas réellement en danger, mais se permet ça et là quelques séquences vertigineuses et violemment poétiques (on notera à ce sujet une scène de flashback monochrome de toute beauté). La maîtrise visuelle est manifeste, tout semble couler de source, le schéma narratif quoique ultra-galvaudé réserve son (petit) lot de surprises et surtout, au cœur du récit, la créature est somptueuse et terrifiante, mise en valeur par un réel point de vue de mise en scène devenu tellement rare dans un cinéma se réclamant grand public. L’écriture de même est d’une grande précision (le scénario ayant au passage été co-écrit par Muschietti et sa sœur, tous deux présents lors de la projection du film à Gérardmer), ne présente  aucun bout de gras, et le fond tout comme ce qui l’habille traduit une réelle envie de toucher le plus large public qui soit, le terme encore une fois qui résume à merveille l’œuvre étant, tu l’auras de nouveau compris, fédérateur.

Cependant, c’est là où se trouve la plus belle, grande et louable qualité de Mamá que réside tapie dans l’ombre sa plus grande faiblesse : cette monstrueuse maman ne surprend finalement jamais ! Tout est calibré à un point tel (excepté le final pour le coup, lui, réellement étonnant mais que je ne déflorerai certainement pas ici) que le spectateur initié anticipera systématiquement le récit cela brisant quelque peu la magie. Muschietti ne prend à proprement parler que peu de risques, comme un élève sage, méticuleux et souvent brillant, récitant une leçon à sa manière certes, mais sans aucune réelle volonté de surprendre son professeur et producteur, dispersant ça et là au gré d’un récit somme toute archétypale quelques fulgurances profondément magiques car tellement personnelles. A noter que le film sans concession dans son introduction va progressivement malheureusement s’assagir un brin pour se révéler finalement, ne manquant pas de nous tirer la larmichette, bien moins inoffensif qu’il n’en a l’air lors de l’ultime tour de bobine.

Mais encore une fois, je mériterais de finir sur l’échafaud à subir une bonne centaine de coups de fouet pour le pinaillage et la mauvaise foi évidente dont je fais preuve ici. Mon jugement semble nuancé, et il l’est, mais en même temps pourquoi bouder l’immense plaisir ressenti devant pareil petit bonheur cinématographique qui servirait de réponse idéale à la question que l’on t’a mille-et-une fois rabâchée  »Mais dis-moi, pourquoi aimes-tu le cinéma fantastique ? » Plutôt que de se perdre en conjecture, répondre  »Mamá ! » éviterait de nombreuses palabres inutiles et autres arguments abstraits.

 Alors oui mon ami, tout cela n’est pas parfait ! En même temps l’imperfection n’est-elle finalement pas bien plus belle et passionnante que la perfection qui n’est autre chose qu’un moteur pour l’artiste. Les défauts d’une œuvre ne sont-ils pas la marque de notre humanité dans toute sa singularité, ne nous indiquent-ils pas que nous pouvons toujours aller plus loin, tendre vers un idéal sans jamais pouvoir l’atteindre ? Mamá est profondément touchant dans tous ses paradoxes : formellement extrêmement maîtrisé mais sage, fédérateur mais trop calibré, cruel mais mesuré,… Muschietti a cette immense qualité de vouloir s’adresser au plus grand nombre avec une simplicité qui force le respect, et, justement, avec un respect total vis à vis de son public. Il s’agit définitivement du genre d’œuvre qui justifie pleinement notre cinéphilie, s’adresse à nous sans condescendance, nous divertit furieusement en même temps qu’elle nous parle sans prétention mais avec une justesse rare et étonnante de ce que nous sommes (par l’intermédiaire d’ailleurs d’un casting qui tout bonnement majoritairement déchire). Mamá a été triplement couronné au festival de Gérardmer 2013 et le méritait amplement ; souhaitons lui un avenir tout aussi radieux en salle, auquel, cher lecteur et ami, je t’intime profondément de contribuer, tu ne seras pas déçu !

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.