Critique d’Iron Man 3

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Iron Man 3

de Shane Black

avec Robert Downey Jr, Gwyneth Paltrow, Guy Pearce, Don Cheadle

Etats-Unis – 2013 – 2h10

 Rating: ★☆☆☆☆

Les adaptations Marvel sont toutes traitées sous le même angle depuis plus de dix ans, dix années pendant lesquelles les producteurs n’auront cessés de s’en mettre plein les poches en ne proposant que des copies uniformes à chaque film, simplement masquées par le voile du gros blockbuster qui promet de t’en mettre plein les mirettes. La nouvelle donne lancée par le rachat de Marvel par Disney en 2009 ne modifie en rien cette démarche si ce n’est le choix de produire des franchises à tout va pour soi-disant justifier l’arrivée du film choral que représente The Avengers. Ce choix, les studios le calculent bien évidemment dans une démarche pécuniaire, loin de toute sensibilité artistique. Logique me dira-t-on au vu des budgets allongés, sauf que j’ose encore croire que les spectateurs vont finir par se rendre compte de la soupe qui leur est servie au lieu de réelles propositions de cinéma. Les productions de qualité estampillées Marvel sont occasionnelles, les rares à être parvenus à offrir de bons films sont Sam Raimi avec sa trilogie Spider-Man, Guillermo Del Toro avec Blade 2 (le premier étant sorti à une époque où les super-héros n’avaient pas la même place au sein des productions cinématographiques), ainsi que Bryan Singer avec les deux premiers X-Men. D’autres titres ne sont pas exempts de qualités, mais ne s’avèrent jamais aussi bons que ce que leur permette le matériau de base. Certains fans et cinéphiles auront toujours beau se rebeller face à des produits qu’ils reconnaissent comme aseptisés, les chiffres au box-office crient bien plus fort et il reste hélas à penser que ce genre de réalisations à la coquille alléchante mais à l’intérieur complètement creux va continuer d’envahir les écrans durant de nombreuses années encore. Sans vouloir faire de l’élitisme de bas étage ou descendre le film sur son simple processus d’acheminement, le marketing englobant le film reste bien significatif du triste carcan réservé à ces projets. Iron Man 3 c’est le film du moment, celui dont la bande-annonce passe en boucle sur tous les écrans, dont les radios te martèlent l’arrivée à chaque encart publicitaire, celui dont les émissions TV en disent le plus grand bien avant même de l’avoir vu, le tout à coup de léchages de bottes savamment bien orchestrés où les facéties de Robert Downey Jr prévalent sur le moindre argument qualitatif. Cette remarque peux sembler naïve tant la globalité des blockbusters, des plus mauvais aux plus réussis, se fondent dans cette généralité, mais au vu du résultat final le film est l’exemple type de la machine de guerre promotionnelle ne se reposant que sur ses notes d’intentions, elles-mêmes bridées à tous les niveaux. Iron man 3 c’est un peu le Gangnam Style du septième art, et forcément ça rapporte.

Le premier Iron Man était déjà l’exacte représentation de ces blockbusters mercantiles, pas forcément le plus mauvais d’entre eux (quitte à devoir faire des distinctions), puisque ce sera davantage le deuxième opus qui parviendra à enterrer les quelques bribes d’héroïsme qui restaient à l’homme de fer, ceci à travers une avalanche de scènettes en l’honneur de Robert Downey Jr, poussant la superficialité de ces films à son apogée aux côtés de titres tels que Les 4 fantastiques et le Surfeur d’Argent ou Elektra. Pour ce troisième opus, les espoirs résidaient en la présence de Shane Black au scénario et à la réalisation. La différence notable, qui engendrait une certaine attente, tenait au fait que ce dernier avait déjà fait ses preuves en terme d’écriture sur des œuvres comme Le Dernier Samaritain, l’un des meilleurs Tony Scott, ou Last Action Hero, un des métrages trop souvent oublié de John McTiernan, ainsi qu’avec sa première réalisation, le très apprécié Kiss Kiss Bang Bang. Cela n’aura hélas pas suffi à remettre sur les rails une franchise déjà sévèrement touchée. Après réfléxion, Shane Black n’était peut-être pas la personne à contacter, le réalisateur/scénariste ayant prouvé que son talent collait avant tout sur des métrages où l’approche décomplexée était le point d’orgue. Ici, plutôt que de retravailler le personnage à la base (ce qui aurait été impossible vu la mise financière d’un tel projet et le contrôle des producteurs), il ne fait que reprendre la formule proposée par Jon Favreau à sa sauce, et ça ne prend pas.

 

La scène d’introduction nous annonce déjà tout ce qui adviendra dans le reste du film, à savoir une vaste pantalonnade où les quelques enjeux seront régulièrement mis à mal par un foutage de gueule constant. On débute avec Eiffel 65 en fond sonore, puis apparait Tony Stark qui reprend instantanément les défauts qui le caractérisait déjà dans les films précédents, continuant de ringardiser toutes les situations et d’enrayer ainsi toute tentative de mise en place d’une intrigue. Apparaît ensuite Guy Pearce qui semble tout droit sorti de Wayne’s World, pour qui le canevas principal est installé et bâclé en quelques secondes. Car oui, au niveau des personnages le film fait là encore très fort dans la médiocrité. Le Mandarin, personnage perçu comme l’ennemi ultime et soi-disante incarnation du terrorisme est balancé aux ordures en cours de métrage (les quelques rebondissements étant d’ailleurs des plus anecdotiques) à travers un procédé scénaristique qui fera office de schéma type durant toute la durée du film. Ce schéma se résume à constamment désamorcer toutes les scènes impliquant un soupçon de tension, d’intrigue ou d’enjeu par une vanne lourdingue. Pire, le personnage de Pepper Pots incarné par Gwyneth Paltrow, dont le rôle aurait dû être majeur et déterminant dans son rapport avec Tony Stark, représente parfaitement le néant qui frappe la caractérisation générale des personnages. Pour faire court, son implication est aussi intense que celle de la princesse Peach dans un Super Mario. Le scénario fait le choix de s’attacher davantage à l’homme derrière l’armure qu’à Iron Man lui-même, choix qui aurait pu s’avérer intéressant s’il n’avait pas été traité par dessus la jambe, se contentant d’essayer de créer un sentiment d’empathie à son égard entre deux punchlines. Hélas, là encore les ficelles sont grosses et se limitent à aborder superficiellement le héros à travers sa mythologie, ses introspections ou ses traumas, ce qui ne se résume qu’à des petites crises d’angoisse et à une légère baisse de moral quand il se retrouve seul, dans la neige, à devoir trimballer son armure comme symbole du héros déchu n’ayant d’autre choix que de reprendre en main son destin. Ces intentions ne sont pas mauvaises, mais la grossièreté avec laquelle elles sont instaurées ne permettent jamais de transformer l’essai. Finalement, ce qui ressort au bout de ces deux longues heures, c’est l’absence de tout sentiment épique. Le cynisme mal agencé et l’accumulation de vannes au détriment d’une véritable trame ne permettent jamais d’instaurer un quelconque sentiment d’implication au regard des personnages creusés à la truelle et des scènes d’action certes explosives mais manquant cruellement d’intensité.

Si assister à un one man show de Robert Downey Jr durant près de deux heures ne vous dérange pas, que ses punchlines vous font réellement marrer, le tout soupoudré de quelques scènes d’apparence spectaculaires au sein d’un métrage ultra calibré, alors vous prendrez peut-être votre pied. Par contre, si vous souhaitez voir un bon film à la mesure du personnage d’Iron Man et à l’ampleur qui le caractérise, passez votre chemin au risque d’avoir le triste sentiment d’avoir été sacrement berné, qui plus est en ayant la désagréable impression d’avoir déjà payé plusieurs fois votre ticket pour voir le même film.

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).