Critique de Dead Man Down

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Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

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Dead Man Down

De Niels Arden Oplev

Avec Colin Farrell, Noomi Rapace et Terrence Howard

Etats-Unis – 2013 – 1h58

Rating: ★★★☆☆

 

Alors là, attelons nous, si tu le veux bien, à l’un de mes sous-genres de prédilection parce qu’aussi ultra-violent sur la forme que profondément ambiguë sur le fond : tu l’auras compris, je veux bien sûr parler du bien nommé revenge movie ! Donc autant te dire qu’il ne faut définitivement pas déconner avec ça, sous peine de subir un châtiment corporel exemplaire ! En réalité, j’aurais pu écorcher vive la présente œuvre eu égard à mon fanatisme irraisonné pour le genre, cependant à ma grande surprise, je n’en ferai rien, car même si force est de constater que Dead Man Down lorgne dans des contrés quelque part pas trop loin du vigilante, il n’assume à aucun moment cette filiation, la nie presque et préfère s’enfuir vers d’autres horizons plus paisibles… Autant te prévenir immédiatement, si tu kiffes la loi du Talion, les règlements de compte au fusil à pompe, les marches funèbres hardcore d’individus brisés devenus de véritables machines à tuer n’ayant plus rien à perdre, tu peux toujours attendre une fusillade dantesque et brut de décoffrage ou un final qui questionnera de manière vicelarde ta morale mise à rude épreuve… mais ne déguerpis peut-être pas tout de suite ! Comme moi, tu as sûrement un petit cœur qui bat sous cette carapace badass : Niels Arden Oplev n’en a en effet pas grand chose à carrer de sa pourtant belle intrigue de genre, cependant il orchestre, ce qui semble bien plus l’inspirer, de la plus belle manière qui soit, une histoire d’amour extrêmement touchante méritant amplement que tu t’attardes sur le métrage aussi fragile s’avère-t-il lorsqu’il est contraint et forcé par son scénario de mettre en image des passages obligés.

 Alphonse est un petit caïd new-yorkais responsable d’arnaques immobilières. Son gang est décimé par un tueur mystérieux… Victor, un de ses hommes de main, discret et mélancolique mais implacable vit seul et semble dissimulé une profonde blessure… tout comme sa voisine, Béatrice, défigurée lors d’un accident de voiture, vivant avec sa mère dans l’appartement de l’autre côté de la rue. Entre les deux âmes torturées, une curieuse relation se tisse, cependant, elle, en sait bien plus qu’il n’y paraît sur notre héros taciturne…

Difficile d’émettre, je te l’avoue, un jugement contrasté étant donné que l’on s’attaque à quelque chose qui me tient particulièrement à cœur. En même temps, contrairement à toutes mes attentes c’est finalement la partie à laquelle je m’attendais le moins qui phagocyte littéralement et avec une facilité déconcertante le pure mise en scène du genre. L’intrigue générale, généreuse en rebondissements donc certainement pas dénuée d’intérêt à l’écrit, se trouve profondément affaiblie par un traitement sans aucun investissement de la part du réalisateur. Les scènes d’action manquent cruellement de lisibilité et quand bien même elles s’améliorent le métrage progressant, elles restent d’une fragilité certes attachantes mais bien souvent tristement embarrassantes et ne dégagent surtout pas la moindre intensité. Bien sûr tout cela n’est pas fondamentalement dégueulasse loin de là, mais peine vraiment à insuffler un quelconque rythme et une quelconque force au récit de vengeance. Mais autant dire encore une fois que ce n’est pas ce qui semble réellement attirer l’attention de Niels Arden Oplev qui se contente sans aucune inventivité de suivre le cahier des charges, pompant allègrement, sans vergogne mais souvent avec soin, reconnaissons lui au moins cela, les idées des autres pour tenter de dynamiser ce qu’il n’arrive définitivement pas à manipuler. Jusqu’à l’ultime fusillade, pourtant la moins pire, il semble constamment tâtonner et subir sans jamais réussir à prendre le contrôle, à maîtriser son sujet. Heureusement et pour notre plus grand bonheur quelque chose va soudainement venir tirer vers le haut de manière inattendue un métrage qui jusque là alignait les mauvais voire très mauvais points.

Étrangement, l’histoire d’amour entre l’homme de main et sa voisine va, et c’est une prouesse, conférer un putain de rythme à l’ensemble de la narration. Ce qui apparaît réellement fascinant, c’est la manière qu’il a d’aborder ces deux personnages dans leur timide et tellement touchante attirance. Toutes proportions gardées, Niels Arden Oplev n’est pas non plus Nicholas Winding Refn, on est relativement proche du travail de ce dernier dans son fichtrement brillant exercice de style Drive qui décrivait une rencontre entre un homme et une femme presque mutique d’une beauté à couper le souffle. Bien sûr ici, sans atteindre le niveau de perfection et d’abstraction de son collègue danois, Niels Arden Oplev arrive à véritablement créer une sorte de monde à part, presque déconnecté de l’univers dépeint, du reste du film, mais qui en même temps le nourrit richement, lui conférant un magnétisme, une force émotionnelle, une immersion dont le pur revenge movie ne faisait jusqu’à maintenant et ne fera à aucun moment preuve. C’est notamment par un travail précis sur les cadres et la photo, au plus près des deux âmes sœurs, par une écriture fine et juste de deux personnages profondément mutilés par les injustices, assoiffés de haine et de vengeance, que l’ensemble se met peu à peu enfin à briller d’un éclat tout particulier car si personnel, et encore une fois, là est la preuve d’un effort sincère et accompli, tout ce qui jusque là ressemblait à un pur échec se trouve progressivement éclairé d’une toute autre manière.

J’avoue volontiers, quand bien même la romance ne sombre jamais dans une quelconque niaiserie, qu’il faille certainement être un brin fleur bleue pour se satisfaire de celle-ci et oublier autant que faire se peut le récit de vengeance peu inspiré et surtout désespérément édulcoré sur lequel pourtant la pelloche repose : comme quoi, oui je peux être touché autrement que par un bon déchaussage de dent au marteau ou une amputation au shotgun… Sous cette carapace se trouve bien un être sensible, même si je te l’accorde il faut bien le chercher ! Un petit peu à la manière du Ne le dis à personne de Guillaume Canet, Dead Man Down est une œuvre hybride dont le pendant thriller s’avère être un foirage total, se plantant dans les grandes largeurs, énervant même carrément parfois par son manque absolue d’ambition et d’originalité, mais le tout est heureusement sauvé du naufrage par une réelle sensibilité, un amour inconditionnel porté à ses personnages, un traitement de la love story heureusement touchant. En l’état, l’objet est un divertissement honnête, inoffensif mais truffé de fulgurances amoureuses bouleversantes et finalement ce n’est déjà pas si mal !

Naughty Bear

 

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.