De l’Horreur française

 
 
 

Le cinéma de genre en France, voilà un problème des plus épineux. La comédie reste le plus exploité, le thriller/polar fait toujours des émules, tandis que la SF se limite à un modèle de films intellos. Ça semble un peu réducteur mais hors cas exceptionnel, la tendance se confirme depuis un bout de temps. Cas particulier, l’Horreur. Genre presque inexistant la décennie précédente, elle connut un regain étonnant dans les années 2000.

L’apogée bessonienne avait promis monts et merveilles à une génération entière de gamins,  fascinés comme Big Luc par l’inventivité technique et la qualité des grosses prods US des 80’s.  Forts de surcroit d’une culture genre pointue, entretenue par Starfix, Mad Movies, une presse spécialisée revendiquant un héritage aussi bien français qu’européen, pouvant égaler le modèle US, ces gamins nourrissaient ce rêve un peu fou de pouvoir revenir à cet âge d’or. S’appropriant les codes de leurs modèles, aussi bien européens qu’américains (Argento, Bava, Hooper, Carpenter, Craven, Romero, etc), ces jeunes réalisateurs sont parvenus à donner de jolis moments de genre que l’on ne rougirait pas de voir faire le tour des festivals dans le monde entier.

 

Mais voilà, ces premiers films inventifs, nourris par une gniak de fanboy et une volonté incroyable, ne sont devenus qu’un  nouveau tremplin dans la fuite incessante des cerveaux du cinéma de genre vers les États-Unis. Les premiers colons du genre proviennent pour la plupart de l’écurie Besson, Big Luc s’étant sans doute résigné à imposer la French Touch dans les salles obscures et préférant largement le lancement de poulains outre Atlantique.  Ainsi donc, les petites pépites made in France deviennent un passeport pour le festival de Toronto où les studios viennent moissonner leur lot de tâcherons doués pour la pelleté de franchise qui encombre les tiroirs du département scénario. Non loin que ce soit une mauvaise chose, Aja réalisant son rêve américain, pendant que l’agenda de Leterrier s’allonge, mais les places sont chères et il en coute parfois (comme Kassovitz sur Babylon AD). Rien n’est plus facile là bas, c’est même sans doute bien plus dur, le rôle même du/des producteur(s) étant bien différent qu’en France. Ici, le producteur est plus ou moins l’ami du réalisateur. Pour faire court, c’est presque un mécène. Là-bas, les producteurs sont une hiérarchie contre laquelle le réalisateur peut se battre pour imposer sa volonté mais avec  laquelle il aura rarement le dernier mot.

Alors pourquoi cette fuite ? Pourquoi l’herbe d’Hollywood paraît plus verte? Un film là-bas, ça veut dire plus de sous mais aussi plus de contraintes, moins de liberté. Peut-être parce qu’ici, les choses ne sont pas plus faciles. La réalité du cinéma d’Horreur en France est que par essence, il n’est pas rentable. Les chaines de télé ne sont pas intéressées car elles ne pourront le diffuser en prime time dans le peu de cases qu’elle accordent au cinéma. Pas de diffusion télé signifie que le film doit être rentable dès la sortie ciné. Et le cercle vicieux commence: on ne met pas beaucoup de sous dans la production, donc le résultat n’est pas optimal. On ne veut pas que la promo et la distribution coûtent cher, donc on le sort dans la confidentialité. On espère toujours un regain en sortie DVD/VOD mais en général, seuls les cartons ciné marchent réellement en sortie DVD.

Comble de la farce, cette semaine a été annoncé sur le web l’annonce d’un fait tristement paradoxal. Alexandre Bustillo et Julien Maury ont mis en ligne sur touscoprod (dont la page est ici) leur prochain projet, Aux Yeux des Vivants, sous l’impulsion de Metaluna Production.  Les mecs qui ont réalisé A l’intérieur, petite sensation en question, se retrouvent à présent sur une plateforme de financement participatif. Faire un film marquant ne suffit plus, se faire remarquer et adouber par la critique n’est plus une garantie d’avenir serein.

L’Horreur en France va mal. La distribution de ces films était déjà  compliquée, il devient désormais difficile de les produire.

Lullaby Firefly

 

 

 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.